Un marché local détruit par une frappe russe sur la ville de Kharkiv, le 23 janvier 2024. Sergey Bobok/AFP
La Russie a démenti mardi à l’ONU toute « déportation » sur son sol de milliers d’enfants ukrainiens depuis l’invasion de l’Ukraine, dont l’accusent Kiev, la justice internationale et des ONG.
Le Comité des droits de l’enfant des Nations unies, qui examine le dossier russe dans le cadre d’un
rendez-vous régulier, avait appelé lundi Moscou à s’expliquer sur les « allégations de déportation ». « Depuis février 2022, la Fédération de Russie n’a pas été impliquée dans la déportation de citoyens ukrainiens sur son territoire », lui a répondu mardi le chef de la délégation russe, Alexeï Vovtchenko, vice-ministre russe du Travail et de la Protection sociale. « Environ 3 millions de résidents de l’Ukraine, dont un certain nombre d’enfants, ont été acceptés dans la Fédération de Russie. La plupart des enfants sont venus avec leur famille ou leurs tuteurs, ils ont été placés dans des abris temporaires ou chez des proches », a-t-il affirmé. Mais il a indiqué que des vérifications sont en cours concernant la situation de « plus de 5 000 enfants ».
L’Ukraine estime à 20 000 le nombre d’enfants ukrainiens envoyés de force en Russie. Seuls environ 400 ont été rapatriés par les autorités à ce stade.
La Russie qui a envahi sa voisine en février 2022 revendique l’annexion de cinq régions ukrainiennes : la Crimée en 2014, suivi en 2022 des régions de Lougansk, Donetsk, Zaporijjia et Kherson.
La Cour pénale internationale a, elle, émis l’an dernier des mandats d’arrêt contre le président russe Vladimir Poutine et la commissaire russe à l’Enfance, Maria Lvova-Belova, pour la « déportation » de milliers d’enfants ukrainiens. Moscou rejette fermement ces accusations et affirme que « la réinstallation des enfants évacués se fait avant tout à leur demande et avec leur accord », selon un document que la Russie avait envoyé au Comité des droits de l’enfant l’année dernière.
Nouvelles frappes russes
Sur le terrain, au moins sept civils ont été tués et près de quatre-vingts ont été blessés au cours de frappes aériennes russes nocturnes visant notamment la capitale ukrainienne Kiev et Kharkiv (Est), ont annoncé mardi les autorités locales.
Ces dernières semaines, Kiev et Moscou se sont accusés de multiplier les frappes sur les zones civiles, au bilan parfois très lourd, tandis que la situation sur le front est quasiment gelée.
« Au total, six personnes ont été tuées dans les bombardements matinaux à Kharkiv », a indiqué le gouverneur régional, Oleg Synegoubov, qui avait affirmé plus tôt que 51 personnes avaient aussi été blessées. À Pavlograd, dans la région de Dnipropetrovsk (centre), « une personne a été tuée et une autre blessée », selon le dirigeant régional, Serguiï Lyssak. À Kiev, 22 personnes ont été blessées, a indiqué de son côté le maire de la capitale, Vitali Klitschko. En parallèle de ces attaques nocturnes, une frappe russe a tué un homme de 70 ans dans la ville méridionale de Kherson, a indiqué Oleksandre Prokoudine, le gouverneur régional.
Attaques en Russie
Selon le commandant en chef de l’armée ukrainienne, Valery Zaloujny, la Russie a visé l’Ukraine avec 41 missiles, dont 21 ont été abattus.
L’Ukraine réclame d’urgence à ses alliés occidentaux plus de moyens de défense antiaérienne, et s’est fixé pour objectif en 2024 de reprendre le contrôle du ciel au-dessus de son territoire.
Elle a aussi multiplié cet hiver ses propres attaques de missiles et de drones en territoire russe, visant en particulier la ville de Belgorod.
La Douma, Chambre basse du Parlement russe, a annoncé avoir voté mardi un texte faisant appel à l’ONU et aux parlements du monde entier concernant les « attaques criminelles » de l’Ukraine « contre des civils sur le territoire russe ».
Ces frappes interviennent alors que le Kremlin s’efforce de convaincre les Russes que leurs vies ne sont pas affectées par la guerre et qu’il a le contrôle de la situation.
Moscou a en outre de nouveau nié avoir touché des civils dans les bombardements de mardi, affirmant, comme toujours depuis deux ans, ne frapper que des objectifs militaires. « Notre armée ne frappe pas (...) les civils », a insisté mardi le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.
La diplomatie française a néanmoins condamné ces frappes « avec la plus grande fermeté », accusant Moscou de commettre des « crimes de guerre » en visant les infrastructures civiles « de manière délibérée ».
Depuis le début de son offensive, en février 2022, des villes ukrainiennes comme Marioupol ou Bakhmout ont pourtant été dévastées.
Des centaines de milliers de militaires et de civils ont été tués depuis le début de l’invasion russe de l’Ukraine en février 2022.
Il n’existe cependant aucun bilan fiable, aucun des deux camps ne publiant de données détaillées et aucune organisation indépendante, y compris l’ONU, n’étant en mesure de fournir un décompte exhaustif des morts et des blessés.
Source : AFP

