Entrée payante et très controversée à Sainte-Sophie. Ozan Kose/AFP
Turquie : Sainte-Sophie impose 25 euros de droit d’entrée aux étrangers
L’ex-basiliquebyzantineSainte-Sophie, l’un des monuments emblématiques d’Istanbul transformé en mosquée en juillet 2020, impose depuis lundi un droit d’entrée de 25 euros aux visiteurs étrangers, même aux fidèles désireux d’y prier. Les nouveaux droits d’entrée sont clairement exposés sur l’esplanade devant l’entrée principale, réservée aux seuls citoyens turcs : une pancarte orange renvoie les étrangers vers une entrée latérale et huit guichets alignés. Cette entrée, comparée dans la presse turque à « une entrée de garage » avec son volet roulant et ses portiques de sécurité, donne accès à un tunnel ouvert sous le minaret de Beyazit, grâce auquel les visiteurs peuvent admirer Sainte-Sophie sans troubler les prières. Sans doute pris de court, rares sont les visiteurs qui se présentaient lundi pour acquitter les 25 euros de droit d’entrée : « c’était gratuit hier... ils sont surpris », reconnaît un jeune officiel chargé d’orienter les passants, sous couvert d’anonymat. Le jeune homme confirme que les pèlerins musulmans, s’ils sont de nationalité étrangère mais désireux de prier à Sainte-Sophie, doivent s’acquitter des droits d’entrée comme les simples touristes. Le billet d’entrée donne accès à la galerie à l’étage et à son musée, souligne-t-il en faisant valoir la nécessité d’entreprendre de lourds travaux dans la basilique construite au IVe siècle, puis rebâtie par l’empereur byzantin justinien au VIe. Cette décision correspond à un nouveau plan de gestion des visiteurs, sur recommandation de l’Unesco, avait prévenu cet automne le ministre de la Culture et du Tourisme, Mehmet Nuri Ersoy. Transformée une première fois en mosquée lors de la prise de Constantinople, Sainte-Sophie, classée au patrimoine de l’humanité, était devenue un musée par la volonté du fondateur de la République turque, Mustafa Kemal Ataturk, en 1934 avant de redevenir une mosquée le 10 juillet 2020 sur décision du président islamo-conservateur Recep Tayyip Erdogan. Depuis, les longues files d’attente qui s’enroulent devant le monument témoignent de son attrait croissant. Un succès rendu responsable d’avoir causé des dégradations et même du vandalisme sur la porte impériale en bois, de 7 mètres de haut, faute de mesures de protection adéquates.
Des historiens ont estimé que le monument est moins respecté en tant que basilique qu’il ne l’était comme musée. Mais sans que la fréquentation n’y soit pour rien, Sainte-Sophie et son dôme principal sont également victimes des innombrables séismes subis par Constantinople et Istanbul, et des secousses fréquentes qui continuent d’ébranler le vénérable édifice.
Des visiteurs font la queue devant l’entrée du mythique musée du Louvre. Alain Jocard/AFP
Au Louvre, les touristes pas refroidis par la hausse du prix du billet
« Je serais prête à payer le double du prix » : entrer au Louvre coûte 22 euros en plein tarif depuis lundi matin, une hausse de cinq euros qui ne semble pas repousser les touristes étrangers. Vers 10h, dans le froid ambiant, Janelle Manders et sa fille patientent, comme une centaine de personnes, devant la pyramide avant l’ouverture du musée. Cette touriste australienne de 59 ans n’a pas fait attention à cette augmentation, attribuée à l’inflation et à l’ouverture élargie du musée six mois avant les Jeux olympiques de Paris (du 26 juillet au 11 août).
« Les collections sont inestimables, c’est une opportunité assez rare pour nous (...) et je comprends que ce soit cher de faire fonctionner une telle institution », réagit cette comptable, déjà venue cinq fois à Paris et impatiente de revoir la statue de la Vénus de Milo. C’est le premier changement de tarif en sept ans pour le plus grand musée de France et le plus visité au monde, avec 86 000 m² d’espaces ouverts au public et 8,9 millions de visiteurs en 2023, dont 68 % de touristes étrangers. Cette hausse ne bouleverse pas le budget de vacances de Janelle, déjà de plusieurs milliers d’euros, dont 5 000 pour l’aller-retour en avion. Même son de cloche pour Benjamin Boudaud, Français d’Australie venu avec sa femme et son fils. « Une augmentation de cinq euros, ça ne chamboule pas nos plans », indique ce cadre dans un centre des congrès, âgé de de 33 ans. D’autant qu’en Australie, les activités culturelles sont plus onéreuses qu’en France, avance-t-il avant de nuancer : « Si le Louvre était aussi payant pour les enfants, ce serait déjà plus difficile. » Dans un communiqué de décembre, le musée soulignait qu’en 2023, 40 % de la totalité des visiteurs et 60 % des visiteurs français étaient entrés gratuitement au Louvre. Sont concernés les moins de 25 ans, les chômeurs, bénéficiaires des minima sociaux, handicapés et accompagnants, enseignants, professionnels de la culture et journalistes. Campé devant la pyramide dès 9h, Ross ne s’offusque pas non plus de cette hausse, « pas vraiment importante » ni décourageante pour aller voir la Joconde de Léonard de Vinci. « C’est le premier musée que je voulais voir dans Paris », se réjouit cet Américain de 61 ans, qui travaille dans la philanthropie. En revanche, Andrea grince des dents. Cet Italien de 70 ans se dit surpris par le prix du billet qu’il a réservé la semaine précédente. « C’est l’augmentation de trop pour moi. Je trouve ça trop cher pour un bien culturel », boude cet employé dans le monde du théâtre, qui doute déjà de revenir un jour au Louvre malgré ses voyages réguliers dans la capitale française. La hausse des coûts de l’énergie de 88 % entre 2021 et 2022 et le projet d’étendre les horaires d’ouverture (avec une seconde nocturne potentielle chaque mercredi à partir d’avril) justifient un prix d’entrée plus cher, se défendait l’établissement dans un communiqué en décembre.
L’institution, qui maintiendra sa jauge quotidienne de 30 000 personnes pendant les JO, disait en janvier « moins tabler sur des records de fréquentation » (10,2 millions en 2018) que sur « l’amélioration de l’accueil du public et de la qualité des visites » de ses collections. D’autres grandes institutions culturelles ont elles aussi récemment revu leurs tarifs. Début janvier, la visite du Château de Versailles est passée de 19,50 à 21 euros et, dans les établissements du Centre des monuments nationaux, le tarif a augmenté d’un euro. Au MoMa et au musée Guggenheim à New York, il faut dépenser 30 dollars au lieu de 25 depuis fin 2023.
Venise ouvre l’achat de billets pour lutter contre le surtourisme
La municipalité de Venise a commencé mardi à mettre en vente des billets d’entrée de cinq euros, une taxe appliquée au printemps et en été aux touristes ne venant qu’une journée dans la Cité des Doges, victime du tourisme de masse. Pendant 29 jours au total sur une période allant du 25 avril au 14 juillet, la haute saison touristique, les touristes journaliers devront acheter ce billet pour entrer dans la vieille ville entre 8h30 et 16h00 locales. Le site d’achat de billets a été mis en ligne mardi sur https://cda.ve.it/en/, en anglais et en italien. De nombreuses exemptions sont cependant prévues, notamment pour les moins de 14 ans, les étudiants ou les membres des forces de l’ordre. Aucun nombre limite de visiteurs n’est prévu dans le cadre de ce programme approuvé l’année dernière. Ce projet, annoncé en septembre 2023, a pour objectif principal de dissuader les visiteurs à la journée qui contribuent à engorger la ville, célèbre dans le monde pour ses œuvres d’art, ses ponts et ses canaux, et qui fait partie depuis 1987 du patrimoine mondial de l’Unesco. « Venise est la première ville au monde à mettre en place ce système, qui pourra servir d’exemple pour d’autres villes fragiles (...) qui doivent être sauvegardées », avait déclaré en novembre son maire, Luigi Brugnaro, quand la municipalité a rendu publiques les dates d’application de cette taxe. « Ce n’est pas une révolution mais le premier pas d’un système qui règlemente l’accès des visiteurs à la journée », avait expliqué M. Brugnaro en précisant que l’objectif était « la qualité de la vie dans la ville ». Mi-septembre, la ville de Venise avait échappé de justesse à l’inscription au patrimoine mondial en péril de l’Unesco. Les experts de l’Unesco avaient pourtant recommandé fin juillet le classement « en péril » de Venise, un joyau menacé par un tourisme trop important et le réchauffement climatique, du fait de mesures « insuffisantes » prises en Italie pour lutter contre la détérioration de ce site. Quelque 3,2 millions de touristes ont passé la nuit dans le centre historique de Venise en 2022, selon les données officielles, un chiffre qui n’inclut pas les milliers de visiteurs qui s’y rendent seulement pour la journée.
Source : AFP


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