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Culture - Musée

Art et psychanalyse : Lacan dans une expo inédite à Metz

Art et psychanalyse : Lacan dans une expo inédite à Metz

« Le faux miroir » (1928) de René Magritte (1898-1967) exposé dans le cadre de « Lacan, l’exposition. Quand l’art rencontre la psychanalyse » au Centre Pompidou-Metz. Photo AFP

« L’artiste précède la psychanalyse », affirmait Jacques Lacan : des paroles qui prennent sens dans la toute première rétrospective consacrée au psychanalyste « visionnaire » du XXe siècle, au Centre Pompidou-Metz.

Avec pour tête d’affiche le tableau L’Origine du monde de Courbet (1866), qu’il a possédé, l’exposition retrace le parcours de ce « penseur visionnaire » qui était un « grand curieux, ami de l’art », selon Paz Corona, psychanalyste associée aux commissaires de l’exposition.

Durant le parcours, organisé par thématiques, des œuvres anciennes que Lacan a pu commenter lors de séminaires côtoient des créations contemporaines qui peuvent « faire écho » à sa pensée, comme Le Stade du miroir, Le Nom-du-Père ou encore Il n’y a pas de rapport sexuel, des thématiques encore d’actualité au XXIe siècle.

La question que les organisateurs se sont posée, dès 2021 et le 40e anniversaire de la mort de Jacques Lacan (1901-1981), était de savoir « comment montrer » le psychanalyste « fascinant et très controversé », explique Marie-Laure Bernadac, commissaire.

« La relation très forte » qu’il a entretenue avec l’art, dont il commentait de nombreuses œuvres, a permis de trouver la bonne équation. Étudiant en psychiatrie, Jacques Lacan étudiera en parallèle les lettres dès 1925 et écrira des poèmes.

« L’Origine du monde »

En 1938, il tombe amoureux de l’actrice Sylvia Bataille, épouse séparée de l’écrivain Georges Bataille et belle-sœur du peintre André Masson. Treize ans plus tard, ils achèteront ensemble L’Origine du monde de Courbet, tandis que Masson peindra le Panneau-masque, permettant de cacher « ce sexe que l’on ne doit pas voir, mais qui nous regarde », explique Marie-Laure Bernadac. « C’est assez normal que (Lacan) ait acheté ce tableau », estime-t-elle.

Longtemps cachée, cette œuvre représentant le sexe d’une femme est désormais dévoilée aux yeux de tous au musée d’Orsay, à Paris... Et pour quelques mois, au Centre Pompidou-Metz.

Mais l’exposition regorge d’autres œuvres. D’entrée de jeu, le psychanalyste accueille le visiteur dans la vidéo de sa seule intervention télévisée, filmée en 1974, avant de le laisser pénétrer dans son cabinet, à la moquette rouge, reconstitué.

Ses relations avec des artistes phares de l’avant-garde, Salvador Dalí, André Masson, Georges Bataille, Pablo Picasso ou Dora Maar, sont aussi retracées.

Le psychanalyste a interprété les œuvres « comme des objets-regards éblouissants, dardés sur les spectateurs », selon les commissaires de l’exposition. « Sa pensée est imprégnée par la culture visuelle et artistique de son temps », insiste l’un d’eux, Bernard Marcadé.

Débats actuels

Après avoir retracé sa vie et son œuvre, permettant de connaître le personnage avant sa pensée, l’exposition propose d’étudier et d’apprécier librement plusieurs notions lacaniennes, comme le regard, le corps morcelé... « L’art sert à Lacan à faire voir ses concepts », résume Paz Corona.

Une « palissade rossignolesque », fabriquée par Raymond Hains en 1997, composée de skis de la marque Rossignol et qui veut représenter « le langage des oiseaux », illustre les « jeux de mots et d’esprit » glissés tout au long de l’exposition.

Lacan abordait déjà, il y a un siècle, de nombreuses thématiques aujourd’hui ancrées dans le débat public, comme la place de la femme, la « mère-veille » ou « Le Nom-du-Père », notion dans laquelle il rompt avec l’ordre patriarcal.

Un œuvre, Sans titre, de Maurizio Cattelan, réalisée en 2007, y montre, en guise d’illustration, une femme allongée sur un lit et retenue par des planches de bois l’empêchant de se mouvoir. On y voit aussi l’œuvre d’artistes, comme Niki de Saint Phalle qui a regretté d’hériter du patronyme de son père et fondera son œuvre sur sa destruction.

Le corps morcelé, le phallus, les excréments, le regard... De nombreux autres concepts lacaniens sont représentés, tout comme l’une de ses formules les plus célèbres : « Il n’y a pas de rapport sexuel », un concept présenté de manière explicite dans la sculpture The Impossible III de Maria Martins en 1946.

« Lacan, l’exposition. Quand l’art rencontre la psychanalyse » sera visible jusqu’au 27 mai 2024.

Marine LEDOUX/AFP

« L’artiste précède la psychanalyse », affirmait Jacques Lacan : des paroles qui prennent sens dans la toute première rétrospective consacrée au psychanalyste « visionnaire » du XXe siècle, au Centre Pompidou-Metz.Avec pour tête d’affiche le tableau L’Origine du monde de Courbet (1866), qu’il a possédé, l’exposition retrace le parcours de ce « penseur visionnaire » qui était un « grand curieux, ami de l’art », selon Paz Corona, psychanalyste associée aux commissaires de l’exposition.Durant le parcours, organisé par thématiques, des œuvres anciennes que Lacan a pu commenter lors de séminaires côtoient des créations contemporaines qui peuvent « faire écho » à sa pensée, comme Le Stade du miroir, Le Nom-du-Père ou encore Il n’y a pas de...
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