Le ministre iranien des Affaires étrangères, Hossein Amir-Abdollahian, au cours d’une conférence de presse à Beyrouth, le 14 octobre 2023. Khaled Desouki/AFP
Après un week-end angoissant où toute la région semblait retenir son souffle dans l’attente du déclenchement d’une offensive israélienne terrestre d’envergure contre Gaza, celle-ci n’a pas eu lieu. On parle aujourd’hui plutôt d’une trêve, même courte, humanitaire entre les belligérants. Les émissaires internationaux sont désormais sur place et même si les combats se poursuivent ainsi que les bombardements israéliens contre Gaza, il y a une impression générale que la grande explosion généralisée a été, au moins, reportée. Des observateurs occidentaux disent même que les deux camps semblent craindre de passer à ce scénario, tant il y a de facteurs inconnus qui pourraient alors créer la surprise... D’ailleurs, un des principaux objectifs de la visite du ministre iranien des Affaires étrangères, Hossein Amir-Abdollahian, dans la région au cours des derniers jours consistait justement à dissuader les Israéliens et ceux qui les appuient d’aller trop loin... De Bagdad à Beyrouth, Damas et Doha, M. Abdollahian était ainsi chargé de transmettre au camp adverse un message ferme qui disait : si les Israéliens décident de lancer une offensive de grande envergure contre Gaza, d’autres fronts seront ouverts. Même si les Israéliens s’intéressent surtout au front avec le Hezbollah au Liban, le ministre iranien a aussi mentionné le front du Golan en Syrie et le lancement de missiles des houthis yéménites vers le sud d’Israël. De même, les parties irakiennes proches de la mouvance iranienne ont annoncé qu’elles sont prêtes à participer au combat, à partir de la Syrie. D’où l’importance d’ailleurs pour M. Abdollahian de se rendre à Damas et d’affirmer de là-bas que les différentes parties de « l’axe de la résistance » sont prêtes à participer aux combats. C’était d’autant plus important que le régime syrien traverse actuellement une période critique avec l’amplification des problèmes sociaux. De plus, il a certes récemment rétabli à contrecœur ses relations avec le Hamas qui s’était battu aux côtés des groupes révolutionnaires au début de la guerre en Syrie, mais de là à ce qu’il se batte pour cette formation, il y avait un grand problème... C’est d’ailleurs parce qu’ils connaissent la fragilité interne syrienne et le contentieux entre Damas et le Hamas que les Israéliens ont bombardé ces derniers jours plusieurs aéroports en Syrie. M. Abdollahian a donc réussi, à en croire les milieux pro-iraniens, à mettre de côté ces conflits pour que l’axe de la résistance puisse se présenter en rangs unis face à la grande confrontation avec les Israéliens. La présence des représentants du Hamas et d’autres organisations palestiniennes à l’Aéroport Rafic Hariri de Beyrouth pour accueillir le ministre iranien était aussi un message clair en ce sens. Ce message s’adressait principalement aux Américains, dont le ministre des Affaires étrangères Antony Blinken est toujours dans la région. Les Iraniens considèrent en effet que, dans ce grand conflit, les Américains sont le principal interlocuteur et ce sont eux qui peuvent faire pression sur les Israéliens. Dans ce dialogue indirect, les efforts se concentraient donc sur le fait d’empêcher une extension du conflit à d’autres fronts, non sur la conclusion d’un cessez-le-feu, procédure jugée encore prématurée. Dans ce contexte, on considère dans les milieux pro-iraniens que les signaux envoyés par l’axe de la résistance en direction des Américains et des Israéliens ont porté leurs fruits. Mais rien n’est encore définitivement joué. Ainsi, après avoir annoncé à travers les médias israéliens le début de l’offensive terrestre dans la nuit de vendredi à samedi puis dans celle de samedi à dimanche, les Israéliens semblent avoir reporté ce plan. D’abord, les conditions météorologiques ont été invoquées pour le report de l’offensive, et ensuite il a été dit qu’il fallait donner aux habitants du nord de Gaza plus de temps pour fuir vers le sud. Quelles que soient les raisons réelles à l’origine de ce report, celui-ci ouvre en tout cas la voie à des négociations plus profondes sur une solution de ce conflit, qui était ces derniers temps oublié. Des sources diplomatiques proches de l’axe de la résistance considèrent que les Israéliens ont profité des multiples dossiers internationaux conflictuels en cours pour commencer à exécuter un plan destiné à en finir avec les Palestiniens de Gaza et ceux de Cisjordanie. Ceux-ci représentent en effet de plus en plus pour eux une menace démographique réelle. Le Hamas était au courant de ce projet et préparait, avec l’aide des autres membres de « l’axe », son plan depuis longtemps. Il a voulu frapper un coup déterminant en misant sur le facteur de surprise. Mais après le choc des premières heures, les Israéliens ont réagi avec une grande violence. Aujourd’hui, l’axe de la résistance veut à tout prix éviter une victoire israélienne. Il estime que le conflit pourrait s’élargir dans deux cas de figure : s’il est question d’éliminer totalement le Hamas ou si les Israéliens exécutent le plan de « transférer » les habitants de Gaza vers d’autres lieux, en Égypte (au Sinaï) ou ailleurs. Même s’il s’agit dans un premier temps de pousser les habitants du nord de Gaza vers le sud, cela signifie, pour cet « axe », qu’à plus ou moins long terme, ils devront quitter cette bande qui ne peut pas abriter tous les Gazaouis dans le secteur du Sud. Si ce plan devait être exécuté, estiment les sources pro-iraniennes, cela signifierait qu’après Gaza, les Israéliens feront tout pour pousser les habitants de Cisjordanie vers l’exode. C’est pour cela que les Palestiniens et leurs alliés de l’« axe » veulent empêcher les Israéliens de marquer des points qui mèneraient à l’exécution de ce plan. Ils sont prêts à tout pour cela et ils l’ont fait comprendre aux Israéliens et aux Américains. Ceux-ci ont, à leur tour, multiplié par les canaux diplomatiques les menaces à l’égard des différents membres de l’axe de la résistance... Pour l’instant, la tactique de la dissuasion marque des points, mais il est encore trop tôt pour parler de véritable solution. Et M. Abdollahian a rappelé hier que le délai n’est pas ouvert. Sans donner d’autre précision.


Israël Katz assure que l’armée israélienne « conservera sa liberté d’action militaire » au Liban malgré la nouvelle trêve
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19 h 04, le 17 octobre 2023