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Politique - Décryptage

Riyad se désintéresse du Liban ? Pas si sûr !

De nombreux indices le montrent, même s’il n’y a encore rien d’officiel ou de décisif. L’Arabie saoudite s’implique un peu plus au Liban, après des années de « désintérêt », comme le disaient les différentes parties politiques. De fait, depuis l’épisode de la détention du président du Conseil en exercice Saad Hariri à Riyad en novembre 2017 et son retour à Beyrouth le 22 novembre de la même année à son poste, les Libanais ont commencé à dire que le royaume se désintéresse désormais du Liban. Cette idée s’est confortée deux ans plus tard, lorsque le gouvernement de Saad Hariri a été contraint à la démission, (en principe) sous la pression de la révolte populaire. Hariri avait alors présenté la démission de son gouvernement à la fin du mois d’octobre, sans prévenir ni le président de la République de l’époque ni celui de la Chambre, mais il a continué à postuler pour former le nouveau cabinet avant de se rendre à l’évidence et d’accepter l’idée qu’il ne pourra pas le faire, faute d’appui saoudien. D’ailleurs, Hassane Diab, qui a pris le relais au Grand Sérail, ainsi que son successeur Nagib Mikati ont tout fait pour tenter d’obtenir l’appui des autorités saoudiennes, en vain. C’est pourquoi la tendance générale a été de dire que Riyad se désintéresse du Liban, ayant d’autres dossiers plus importants à gérer. Aujourd’hui, toutefois, cette approche est en train d’être revue. Le Liban est redevenu un dossier qui intéresse les Saoudiens, à supposer qu’il a cessé un jour de l’être. En tout cas, l’intérêt saoudien à l’égard du Liban a sans doute changé de forme et de concrétisation, mais il demeure.

Les partisans de cette thèse rappellent que, même au plus fort de ce qu’on a appelé le désintérêt saoudien à l’égard du Liban, les moindres déclarations, même sur les réseaux sociaux, de l’ambassadeur saoudien à Beyrouth, Walid Boukhari, faisaient l’objet de commentaires et d’analyses de la part des différentes parties libanaises. Chaque invitation qu’il adressait à un homme politique ou à un bloc parlementaire était ainsi interprétée comme une attention politique particulière.

Même si elle l’a donc voulu, l’Arabie saoudite n’a jamais vraiment pu s’éloigner du Liban, d’une part parce que les Libanais eux-mêmes ne peuvent pas concevoir leur pays sans l’appui saoudien et, d’autre part, parce que dans les grandes négociations qui se déroulent actuellement dans la région, le Liban reste une carte maîtresse entre les mains du royaume, face notamment à l’Iran. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le ministre iranien des Affaires étrangères a déclaré la semaine dernière – pour la première fois depuis l’annonce de l’entente entre Riyad et Téhéran sous le parrainage de Pékin en mars dernier – avoir entendu du prince héritier saoudien Mohammad ben Salmane (MBS) « des propos positifs sur les dossiers de la région, dont le Liban ». Cette petite phrase a d’ailleurs été retenue tant par les Libanais que par les milieux diplomatiques au Liban. Sans donner de détails, elle marque la place importante qu’occupe le dossier libanais dans les négociations entre l’Iran et l’Arabie et surtout elle confirme l’idée qu’en dépit d’un désintérêt apparent, Riyad conserve son influence au Liban.

Certes, au fil des ans et des modifications au sein de la hiérarchie saoudienne, les approches ont changé. Après la période de rejet saoudienne du chef du courant du Futur, Saad Hariri, qui a d’ailleurs poussé celui-ci à se retirer de la vie politique, Riyad a maintenu ses contacts avec plusieurs autres parties, notamment les Forces libanaises, les Kataëb, le bloc démocratique de Walid Joumblatt et d’autres groupes, ainsi qu’avec Dar el-Fatwa représentée par le mufti Abdellatif Deriane. L’ambassadeur Boukhari a même essayé de réunir chez lui les députés sunnites élus lors des dernières législatives en mai 2022, mais il n’est pas parvenu à les regrouper dans un seul cadre sous la houlette de son pays. Ce qui l’a poussé à changer de tactique en nouant avec eux des dialogues séparés sur des questions précises. Selon une source proche de l’ambassade, avant la séance parlementaire du 14 juin destinée à l’élection d’un nouveau président, celle-ci a reçu de nombreux coups de fil de députés, soucieux de sonder l’opinion de Riyad au sujet de cette échéance.

De même, dans le cadre des réunions du groupe des cinq (France, États-Unis, Qatar, Égypte et Arabie), Riyad a joué un rôle déterminant, gelant d’abord un accord potentiel, en refusant d’entrer dans les noms des candidats, puis imposant un dialogue strictement limité au dossier présidentiel. D’ailleurs, actuellement, les progrès dans ce dossier seront tributaires de la rencontre prévue aujourd’hui entre le président français Emmanuel Macron et MBS en marge du G20 qui se tient en Inde.

C’est dire que les dirigeants saoudiens continuent de s’intéresser au Liban, mais différemment. Il n’est plus question d’accorder des fonds au gouvernement et aux différentes parties sans condition et sans contrepartie. Cette nouvelle politique est d’ailleurs appliquée dans tous les dossiers auxquels s’intéresse Riyad, comme par exemple la reprise des relations avec la Syrie, ainsi qu’avec l’Iran. Mais elle ne signifie nullement que l’Arabie se désintéresse de ces dossiers. Au contraire. Au Liban, par exemple, après avoir constaté que les forces sunnites restent divisées et incapables de s’unifier sous la houlette d’une partie dominante comme c’était le cas avec Hariri, les Saoudiens s’intéressent aux élections dans les institutions religieuses sunnites. De même, ils ont accueilli avec des marques d’appréciation particulières le gouverneur de la Banque centrale par intérim Wassim Manssouri, récemment à Riyad, sans toutefois modifier leur politique financière avec le Liban.

Mais l’élément le plus important dans l’approche saoudienne, c’est qu’en lançant de grands projets dans le cadre de Vision 2030, l’Arabie a besoin de stabilité dans la région et celle-ci passe aussi par le Liban. D’autant plus que ce pays revêt une importance particulière pour l’Iran, mais aussi pour d’autres composantes dans la région. Il n’est donc pas question pour Riyad de s’en désintéresser, même si les conditions de l’intérêt ont changé.

De nombreux indices le montrent, même s’il n’y a encore rien d’officiel ou de décisif. L’Arabie saoudite s’implique un peu plus au Liban, après des années de « désintérêt », comme le disaient les différentes parties politiques. De fait, depuis l’épisode de la détention du président du Conseil en exercice Saad Hariri à Riyad en novembre 2017 et son retour à Beyrouth le 22 novembre de la même année à son poste, les Libanais ont commencé à dire que le royaume se désintéresse désormais du Liban. Cette idée s’est confortée deux ans plus tard, lorsque le gouvernement de Saad Hariri a été contraint à la démission, (en principe) sous la pression de la révolte populaire. Hariri avait alors présenté la démission de son gouvernement à la fin du mois d’octobre, sans prévenir ni le...
commentaires (2)

Mâme Scarlett, tu pourrais nous expliquer pourquoi le Liban devrait se soucier du soutien d’un pays qui trucide ses citoyens et le découpe en morceaux dans ses consulats?

Gros Gnon

14 h 38, le 10 septembre 2023

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Commentaires (2)

  • Mâme Scarlett, tu pourrais nous expliquer pourquoi le Liban devrait se soucier du soutien d’un pays qui trucide ses citoyens et le découpe en morceaux dans ses consulats?

    Gros Gnon

    14 h 38, le 10 septembre 2023

  • Eh alors ? Les saoudiens caught red handed ? Les souhaits d’un Liban abandonné ont échoué? Ô rage ô désespoir..

    Khazzaka May

    23 h 05, le 09 septembre 2023

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