Toute l’approche du dossier présidentiel par le Hezbollah repose (voir l’article publié le lundi 24 juillet sous le titre : « Pour le Hezbollah, les Libanais doivent cesser d’attendre des solutions venues de l’extérieur ») sur ce qui, à ses yeux, correspond à la nécessité d’élire au plus tôt un nouveau président, même s’il ne répond pas aux aspirations des différentes parties, pour préserver ce qui peut l’être des institutions étatiques, car rien n’indique que les solutions attendues de l’étranger seront rapides et respecteront l’entité libanaise.
Tous les dirigeants du parti, le secrétaire général Hassan Nasrallah en tête, le répètent : « Nous voulons un président qui ne poignarde pas la résistance dans le dos. » La phrase a même fait sourire, car que peut craindre le Hezbollah, devenu un acteur régional avec toute sa puissance, d’un président aux prérogatives limitées ? Qu’est-ce qui lui fait donc aussi peur pour s’accrocher de cette façon à la candidature de Sleiman Frangié ? La question mérite d’être posée, surtout au moment où on accuse le Hezbollah d’exploiter politiquement sa force militaire, alors que les développements régionaux vont selon lui dans le sens de ses paris. Des sources proches de la formation précisent à ce sujet que même s’il ne le reconnaît pas ouvertement, le Hezbollah a des craintes pour l’avenir de l’entité libanaise. Il est conscient que toute sa puissance ne peut pas être utilisée au Liban via ce système qui, notamment depuis Taëf, repose sur le consensus entre les différentes composantes du pays. D’ailleurs, depuis la publication de son dernier document politique, en 2009, le Hezbollah reconnaît la structure libanaise et le régime en place, et il s’est engagé à ne pas y toucher, rappellent ses proches.
Aujourd’hui, le parti chiite a le sentiment que la préservation du Liban en tant que pays de coexistence entre toutes les communautés n’est plus une priorité internationale. L’existence même du Liban en tant que havre de dialogue islamo-chrétien ne semble plus être une nécessité ni pour la région ni pour le monde en général. Sinon, demandent les sources du Hezbollah, comment expliquer l’insistance de la communauté internationale à pousser les Libanais à intégrer les réfugiés syriens dans leur tissu social ? La dernière décision du Parlement européen de refuser le retour des Syriens réfugiés au Liban chez eux (en l’absence de solution politique en Syrie) est venue augmenter encore ces appréhensions. Certes, les responsables du parti évoquent très rarement cette question délicate en public, car ils ne veulent ni susciter la colère des Syriens ni risquer d’être qualifiés de racistes. Mais dans leurs réunions internes, ce sujet suscite l’inquiétude. Selon les sources proches de la formation, l’insistance de la communauté internationale à garder les réfugiés syriens au Liban, en dépit des multiples crises à la fois économique, sociale, financière et même identitaire que traverse le pays, ne peut pas être fortuite. Elle ne peut pas être due à la seule volonté de punir le régime syrien, qui est resté en place en dépit de tous les pronostics contraires faits aux cours des dix précédentes années, ni au refus de le reconnaître et de traiter avec lui. Selon ces mêmes sources, la communauté internationale en général et l’Europe en particulier ne peuvent pas ignorer la fragilité des équilibres confessionnels sur lesquels est basé le système libanais et le fait que la crise qui a éclaté en 2019 et se poursuit jusqu’à ce jour ait provoqué une nouvelle vague d’émigration, notamment chez les jeunes. Cette vague, qui touche tous les Libanais, est particulièrement ressentie au sein de la communauté chrétienne qui sent déjà que son influence se réduit. Les chrétiens sont en effet très sensibles à cette question et ne cessent de clamer leur attachement à la parité entre chrétiens et musulmans en rappelant une déclaration célèbre de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri : « On a cessé de compter. » Les différentes parties libanaises ont accepté cette idée et ont adopté la parité. De temps en temps, on accuse les chiites de vouloir changer ce principe en adoptant un partage du pouvoir en trois parts, déplorent les sources du Hezbollah, mais dans son dernier discours, tiennent-elles à rappeler, Hassan Nasrallah a été très clair sur ce point, assurant que les chiites ne veulent pas changer le système ni toucher à la parité.
La grande crainte pour le Hezbollah ne vient donc pas des Libanais, mais bien des Syriens qui seraient plus d’un million et demi au Liban et qui sont déployés sur l’ensemble du territoire. La volonté de la communauté internationale de les garder au Liban, dans un pays à la composition déjà si complexe, ne peut que susciter l’étonnement, estiment les proches du parti. Car il s’agit selon eux d’injecter dans le pays un grand nombre de sunnites (les Syriens au Liban sont en grande majorité de cette communauté), ce qui va changer les équilibres communautaires actuels. De plus, s’il est vrai que, jusqu’à présent, il n’y a pas eu d’incidents inquiétants et que les services de sécurité sont en train de faire leur travail en arrêtant aussi vite que possible ceux qui commettent des crimes ou des délits, cela ne change rien au fait que cette présence massive constitue une bombe à retardement. Toujours selon les mêmes sources, le Hezbollah craint en effet que, face à la multiplicité des dossiers explosifs sur les scènes internationale et régionale, la présence chrétienne dans la région ne soit plus considérée comme prioritaire, le souci principal de certaines forces internationales étant plutôt de créer un contrepoids sunnite à la puissance chiite au Liban et dans la région pour servir les intérêts d’Israël. Indirectement, la communauté internationale n’aurait donc pas de problème à ce que le Liban devienne comme les autres pays arabes, composé d’une majorité de sunnites avec une minorité chiite plus ou moins importante. D’une part, cela maintiendrait ce pays dans une certaine instabilité, car le spectre d’une discorde entre sunnites et chiites est l’une des grandes obsessions du Moyen-Orient, même si, pour l’instant, l’Arabie saoudite a fait un grand pas pour éloigner un tel scénario en faisant une entente avec l’Iran. D’autre part, et c’est là aussi une des obsessions du Hezbollah, c’est qu’avec une puissante majorité sunnite, le Liban serait amené à suivre la tendance générale dans la région à normaliser les relations avec Israël. Même si ces scénarios sont à ce stade virtuels, le Hezbollah, selon ses proches, ne peut pas les ignorer. Les raisons de son appui à la candidature de Sleiman Frangié seraient donc liées au fait que celui-ci ne céderait pas aux pressions internationales, ensuite parce qu’en raison de ses relations avec le président syrien, il devrait commencer son mandat, s’il était élu, par un dialogue sérieux et concret pour le retour progressif des Syriens chez eux. Pour le Hezbollah, ces raisons devraient être suffisantes pour convaincre les chrétiens qui sont concernés par le dossier des réfugiés syriens.
Nasrallah estime qu’Israël est sur la voie de l’effondrement
Le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a affirmé lundi soir qu’Israël était sur la « voie de l’effondrement et de la fragmentation », faisant référence aux divisions de la société israélienne au sujet d’une réforme contestée de son système judiciaire.
Ces propos sont intervenus alors que le Parlement israélien a voté lundi le premier projet de loi d’une réforme voulue par le Premier ministre Benjamin Netanyahu, après l’échec d’un compromis de dernière minute qui n’a pas permis d’atténuer la crise constitutionnelle qui secoue le pays depuis des mois. « Aujourd’hui, en particulier, est le pire jour de l’histoire de l’entité, comme le disent certains de ses membres », a déclaré le chef du parti chiite, Hassan Nasrallah, dans un discours télévisé, en faisant référence à Israël. « C’est ce qui le met sur la voie de l’effondrement, de la fragmentation et de la disparition, si Dieu le veut », a-t-il ajouté.
M. Netanyahu a déclaré lundi qu’il espérait que sa coalition religieuse-nationaliste parviendrait à un accord avec l’opposition sur le projet contesté de réforme du système judiciaire d’ici à la fin du mois de novembre. La crise en Israël a provoqué une profonde fracture dans la société et s’est infiltrée dans l’armée, les leaders de la contestation affirmant que des milliers de réservistes volontaires ne se présenteraient pas au travail si le gouvernement poursuivait ses plans et d’anciens hauts gradés avertissant que l’état de préparation à la guerre d’Israël pourrait être mis en péril.


Le Hezbollah n'a qu'une seule peur: que le Liban se relève et se dote d'un Etat digne de ce nom. Qu'il se rassure: ce n'est pas pour demain!
07 h 32, le 27 juillet 2023