Ils sont nombreux les livres sur le Liban dont les premières de couverture arborent un cèdre majestueux sur fond de soleil couchant. Le dernier ouvrage de la journaliste suisse Gilberte Favre, Liban j’écris ton nom (éditions de l’Aire, 2023), ne déroge pas à cette tendance, tout en faisant entendre un témoignage authentique et émouvant.
Dans son récit, l’auteure revient sur sa rencontre avec le pays du Cèdre, en 1967, et les nombreux voyages qui ont suivi, jusqu’en 2015. « En relisant mes récits, j’ai constaté que les prémices des différents drames du Liban y étaient déjà contenus bien des années avant le début de la guerre. J’ai eu envie et le besoin de partager mes souvenirs », confie l’écrivaine avec ferveur.
Le texte se présente sous la forme d’une chronique, dont les étapes évoquent à la fois la fascination d’une jeune femme pour un pays enchanteur et la terreur de celle qui découvre les ravages de la guerre sur les enfants. Les lecteurs retrouveront notamment des épisodes qui ont marqué les années 80 : récits terribles des massacres communautaires, angoisse des bombardements ou départs par la mer, dans la crainte d’être pris pour cible.
Le livre de l’enfance et de l’amitié
En tant que journaliste, Gilberte Favre s’est fréquemment rendue au Liban pour des reportages, et pour échanger au sujet de son livre documentaire L’hirondelle de la vie, chronique des enfants du Liban (préface d’Andrée Chédid, L’Aire, 1988). « C’est Françoise Dolto qui m’a donné l’idée de parler des enfants du Liban ; j’en ai rencontré beaucoup, et ils m’ont bouleversée. Ce qui m’a marqué, c’est qu’ils exprimaient à la fois une grande joie et une grande tristesse, et il y avait en eux cette énergie incroyable des Libanais. En 1987, j’ai passé une semaine dans un village SOS, en particulier avec deux fratries, Charbel et Rima d’une part, Milo, Alexis et Bramia d’autre part. Tous avaient vu leurs parents se faire exécuter sous leurs yeux. Cela fait longtemps que je n’ai pas eu de leurs nouvelles, mais je pense souvent à eux », poursuit Gilberte Favre, qui évoque ces rencontres avec émotion dans son récit.
La journaliste reconnaît que ses entretiens avec Kamal Joumblatt l’ont particulièrement marquée. « Je l’ai rencontré pour la première fois en 1974, on a parlé de philosophie et de la religion druze. Il m’avait confié que, selon lui, vivre modestement était nécessaire, et que l’argent était un microbe s’il ne permettait pas d’aider les autres, car seule l’entraide permettait la joie », se souvient l’auteure, dont les souvenirs ont ému le Prix Nobel Annie Ernaux, notamment les passages sur l’enfance et la nature.
« J’ai voulu partager mon émotion devant la beauté des paysages, et particulièrement celle de la réserve du Chouf. Liban j’écris ton nom est aussi le livre de l’amitié. La journaliste et avocate Jacqueline Massabki a été pour moi une grande sœur, et j’ai trouvé au Liban une famille plus importante que celle du sang. Mon livre est notamment dédié à deux grandes dames du Liban, Chadia Tuéni et Nora Joumblatt », conclut l’écrivaine valaisanne qui a offert ses archives libanaises (livres, vidéos…) à la bibliothèque de l’Université Saint-Joseph de Beyrouth.


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Apparemment ce microbe a eu raison de lui. Sérieusement, il ne faut pas se faire berner par les propos de nos politiciens. La seule doctrine qui leur va comme un gant est la suivante: faites ce que je dis mais pas ce que je fais. Il prêchent l’honnêteté, l’humilité et la liberté alors qu’ils nous montrent tous les jours qu’ils ignorent même le sens de ces trois vertus. Malhonnêtes, arrogants et soumis. Merci quand même de parler de notre pays en ces termes et de s’intéresser à ses enfants qui ne cessent pas de souffrir. L’apocalypse du port restera gravée à jamais dans leur chair et leur mémoire. Le monde s’en est ému, et puis plus rien. Les assassins continuent d’assassiner et les pilleurs de piller.
12 h 05, le 08 juillet 2023