Dans un jeu virtuel sinistre, un homme manipulateur terrorise une adolescente : Daddy, pièce de Marion Siéfert au théâtre de l’Odéon, transforme le virtuel en cauchemar pour les femmes, tout en brouillant le rapport avec le réel.
Théâtre dans le théâtre, les acteurs jouent d’abord des personnages réels puis leurs avatars, propulsés dans un jeu où des jeunes filles qui rêvent de gloire sont parrainées par des hommes riches. Leur tout-puissant « Daddy » leur achète tenues et compétences. Dans cette compétition de popularité, elles sont cotées comme en Bourse et « vendues » à leurs fans.
Cette perspective originale permet d’outrepasser toutes les limites : insultes, meurtres, viols... Les avatars des jeunes femmes à la merci des hommes subissent le pire.
Après avoir montré l’écran d’un jeu vidéo commenté par ses joueurs, Marion Siéfert expose toutes les facettes des risques virtuels. Négligée par sa mère, infirmière épuisée par son travail, la jeune Mara (Lila Houel), 13 ans, découvre que son sympathique partenaire de jeux en ligne a deux fois son âge.
Un peu de flatterie, un peu d’autorité, « je t’envoie un lien »... Puis, lors d’une rencontre en visio particulièrement crédible, il la convainc d’entrer dans un jeu qui ressemble au réel. En effet, on va dans Daddy avec l’avatar de son vrai corps. Ou son corps réel, qui sait ? Le mystère ne sera pas levé.
Amoureuse de son « Daddy » qui abuse d’elle, Mara garde une sincérité qui ramène toujours le spectateur à la nécessité du réel. Avec des niveaux à tiroirs lorsque son avatar lui-même joue la comédie.
Pour défendre les femmes, la metteuse en scène montre aussi comment le pervers narcissique emprisonne sa victime dans les filets de ses arguments terrifiants.
Ce spectacle de 3h30 est émaillé de scènes qui évoquent les mondes du cabaret et du cinéma, l’univers du jeu permettant toutes les fantaisies. Avant de retourner au propos central : le virtuel et ses dangers pour les adolescentes.
Le texte se moque aussi des manuels de développement personnel, de la « parentalité positive », de l’incompréhension des parents et du narcissisme des jeunes.
Une trouvaille étonnante à la fin abolit une dernière fois la frontière entre théâtre et réalité.
En portant le métavers sur scène, comme Le samouraï virtuel de Neal Stephenson l’avait transporté dans un roman culte qui inventait ce mot au passage, Marion Siéfert explore de nouveau le gouffre du numérique.
Source : AFP


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