Durant les funérailles de Nohad Naufal, le 26 février dernier, une grande affiche avec le slogan : « Souris, tu es près du Seigneur », en référence à son fameux slogan pour sa ville « Souriez, vous êtes à Zouk Mikaël ». Photo DR
Le Liban a perdu, le 22 février dernier, l’un de ses élus les plus emblématiques. Président du conseil municipal de Zouk Mikaël durant 50 ans, Nohad Naufal s’est forgé une renommée qui a dépassé de loin sa jolie petite localité du Kesrouan. Tant et si bien que son nom ainsi que celui de sa ville sont étroitement liés à la préservation du patrimoine bâti et naturel depuis les années 80. « Il a été avant-gardiste dans la préservation du patrimoine et de l’environnement, affirme Élias Beaïno, président actuel du conseil municipal de Zouk Mikaël et longtemps vice-président de Nohad Naufal. Notre ville a eu le premier jardin public, le premier souk traditionnel rénové… »
Nohad Naufal, né en 1936, était diplômé en droit et en économie, et a commencé sa carrière comme avocat, écrivant occasionnellement des articles dans le quotidien an-Nahar. Il a été élu une première fois à la tête de la municipalité de Zouk Mikaël en 1963, et il est resté en poste jusqu’en 1998, étant donné qu’aucune élection n’a été organisée entre ces deux dates, en raison notamment de la guerre. Il a été reconduit à son poste en 1998, 2004 et 2010, et ne s’est pas porté candidat en 2016 pour des raisons de santé.
« La ville a connu un développement extraordinaire durant ses mandats, et elle continue sur sa lancée depuis ce temps-là, affirme Élias Beaïno. Il faisait tout avec goût, et c’était le premier à avoir concrétisé le concept de ville fleurie. » Selon son ami de longue date, le succès de Nohad Naufal tenait en grande partie au fait qu’il était un homme de vision mais aussi d’action, qui travaillait plus qu’il ne parlait. C’était aussi un homme qui avait le sens des institutions : preuve en est, c’est lui qui a créé la première fédération de municipalités au Liban, celle du Kesrouan, qu’il a longtemps présidée. Les autres régions ont suivi cet exemple.
Cet amoureux de l’environnement et du patrimoine a souffert de la présence d’une centrale électrique vétuste et polluante sur le littoral de Zouk. « Il n’a jamais pu combattre ce fléau efficacement en raison d’un manque de coopération de la part des gouvernements successifs, reconnaît Élias Beaïno. C’est peut-être pour cette raison qu’il mettait d’autant plus d’énergie à planter sa région, pour compenser quelque peu la pollution qui en résultait. »
Nohad Naufal a reçu un nombre impressionnant de médailles et de prix durant sa longue carrière. Sa ville a également été honorée à plusieurs reprises. Pour le président actuel de la municipalité, le plus marquant est celui qui a été décerné à Zouk Mikaël par l’Unesco en 1998, celui de « la ville de la paix ».
Sur le plan personnel, Nohad Naufal s’est marié en 1966 avec Mona Rustom, décédée précocement, et ils ont eu un fils et deux filles. La mort de son fils Élie des suites de blessures subies lors de l’explosion de Beyrouth en août 2020 ont assombri les dernières années de l’homme, déjà malade. « C’est comme si Nohad Naufal était mort en même temps que son fils, en octobre 2020, constate tristement Élias Beaïno. Depuis cette date, il s’est éteint peu à peu. »
Nohad Naufal laisse le souvenir d’un homme qui aura privilégié le développement à la politique, même en pleine guerre et durant toutes les crises qui se sont succédé. Son héritage est d’autant plus précieux dans un pays qui n’en finit pas de s’effondrer.


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine