Just Fontaine (au centre) porté en triomphe par ses coéquipiers Yvon Douis, André Lerond et Jean Vincent, après son quadruplé inscrit contre l’Allemagne lors du match pour la 3e place du Mondial de football 1958, à Göteborg. Photo d’archives AFP
De son vivant, personne ne l’aura égalé. Près de soixante-cinq ans après avoir établi son record qui le fit entrer dans la légende du ballon rond, Just Fontaine s’est éteint ce mercredi 1er mars à l’âge de 89 ans, a-t-on appris mercredi auprès de sa famille.
International français à 21 reprises, Fontaine avait été l’un des héros du Mondial 58 en Suède où les Bleus avaient atteint les demi-finales pour la première fois de leur histoire, battus par le Brésil de Pelé. Avec le décès de Fontaine, il ne reste plus que trois rescapés de l’épopée de 1958 (Dominique Colonna, Robert Mouynet, Bernard Chiarelli).
Treize buts en une seule phase finale de Coupe du monde : Just Fontaine restera à jamais associé à ce record mythique et quasiment imbattable, point d’orgue d’une carrière essentiellement marquée par son passage à Reims.
Le Mondial 1958 en Suède constitue le chef-d’œuvre de « Justo » et sera pendant longtemps la référence absolue du football français avant l’avènement des générations Platini, Zidane et Mbappé.
Dernier représentant du trident d’attaque qu’il formait avec Raymond Kopa et Roger Piantoni, disparus en 2017 et 2018, Fontaine, aux côtés des deux autres stars de Reims, avait emmené les Bleus jusqu’en demi-finale où un certain Pelé, âgé de 17 ans, avait brisé leur rêve avec un triplé.
Le Brésil, futur vainqueur du tournoi, l’emporte 5-2 alors que la légende du « Roi » n’en était qu’à son préambule. Mais la France se consolera avec une troisième place, portée par un Fontaine en état de grâce et auteur d’un fabuleux quadruplé face à l’Allemagne (6-3). Les Bleus tiennent leur premier fait d’armes sur la scène internationale et le natif de Marrakech, le 18 août 1933, entre dans l’histoire.
Si les Tricolores ont depuis réussi à faire beaucoup mieux en s’installant sur le toit du monde en 1998 puis 2018, l’exploit de Fontaine paraît aujourd’hui totalement irréel et inaccessible.
Palmarès de choix
Lui-même, jamais avare de bons mots avec son accent du Sud-Ouest, s’amusait de la longévité de son record en 2014 auprès du Télégramme de Brest : « C’est une petite histoire que m’a soufflée Mario Zatelli (ancien joueur et entraîneur de l’OM, NDLR). Elle se passe en 3015. Des égyptologues découvrent une momie dans un triste état. En la nettoyant un peu, la momie s’agite. Elle n’est en fait pas morte, se réveille et pose alors cette question : “Et le record de buts en une seule Coupe du monde, c’est toujours Just Fontaine qui l’a ?” »
Et pourtant, cet attaquant plutôt trapu (1,74 m), à la fois renard des surfaces avant l’heure et canonnier, n’était pas destiné à disputer l’épreuve, devancé dans la hiérarchie en bleu par Thadée Cisowski. Mais ce dernier se blesse au dernier moment.
« Ce n’est qu’à l’aéroport avant de partir en Suède que Paul Nicolas (responsable de l’équipe de France, NDLR) et Albert Batteux (l’un des entraîneurs, NDLR), qui ne voulait pas vraiment de moi, m’ont dit que je jouerais avant-centre », avait raconté Fontaine à l’AFP, en 2013.
Outre ses 13 buts et la première médaille internationale de l’équipe de France glanée en Suède, Fontaine s’est également bâti un palmarès de choix en clubs avec quatre titres de champion de France (un avec Nice, trois avec Reims), deux Coupes de France et une finale de Coupe d’Europe des clubs champions perdue avec Reims en 1959 (2-0) contre le grand Real Madrid de Di Stefano, Puskas et l’ami Kopa.
Un « frère aîné » confiait « Justo » à l’AFP au moment de la disparition de l’illustre meneur de jeu des Bleus en 2017. « Raymond avait du caractère, moi aussi et ça a fait un duo magique. »
Le parcours de joueur de Fontaine prend cependant brutalement fin en 1962 à seulement 28 ans après deux doubles fractures d’une jambe.
Deux matchs à la tête des Bleus
« On parle beaucoup de mon record mais je l’aurais bien échangé contre cinq ou six ans de plus, car le foot était ma passion. J’étais au sommet, je gagnais beaucoup d’argent pour l’époque. Ce n’était pas les sommes actuelles, je gagnais cinq fois le Smic, maintenant ce serait plutôt cent fois », avait-il expliqué en 2013.
Retiré des terrains, Fontaine devient entraîneur, mais son passage sur le banc sera assez mitigé. Son nom est gravé dans les annales pour une performance bien moins glorieuse que ses 13 buts en Coupe du monde : il n’a tenu que deux rencontres à la tête de l’équipe de France en 1967, avant d’être éjecté après deux défaites en amical.
Son expérience au PSG (1973-1976) est plus réussie avec une montée en première division en 1974. Porté en triomphe par les supporters, il avait eu un malaise resté dans la légende du club parisien. Il boucle sa vie de technicien sur sa terre natale marocaine, offrant une troisième place à la CAN 1980 aux Lions de l’Atlas.
Paisible retraité, l’ex-attaquant avait gardé un œil avisé sur l’actualité du football, affirmant regarder tous les matchs à la télévision, même s’il était diminué par la maladie lors des dernières années de sa vie. En 2011, il avait été convié par le sélectionneur de l’époque Laurent Blanc à Clairefontaine, en tant que glorieux ancien, pour prêcher la bonne parole aux Bleus, un an après le fiasco de Knysna.
Source : AFP


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