Le président français Emmanuel Macron lors d'un discours prononcé au palais de l'Elysée, le 20 février 2023. Photo Michel Euler / POOL / AFP
"Il faut travailler un peu plus longtemps, sinon on ne pourra pas financer nos retraites": le président français Emmanuel Macron a défendu mardi dans les travées de Rungis, l'un des plus grands marchés de produits frais au monde, sa réforme des retraites, qui suscite l'hostilité dans la rue comme au Parlement.
Emmanuel Macron a été interpellé à ce propos dès son arrivée aux aurores à Rungis, dans la banlieue sud de Paris, lors de sa première sortie au contact direct de ses concitoyens depuis le lancement du projet au début de l'année.
Le président joue une part importante de son crédit politique sur cette réforme, mesure phare de son deuxième quinquennat et symbole de sa volonté affichée de réformer la France.
La réforme, qui prévoit de relever l'âge minimal de départ de 62 à 64 ans, a fait descendre des millions de Français la jugeant "injuste" dans les rues depuis la première journée de grèves et manifestation le 19 janvier. "On sait tous que, vivant plus âgés, il n'y a pas de miracle: si on veut préserver un système par répartition, il faut qu'on travaille plus longtemps. Je ne dis pas que ça nous fait plaisir, ça ne fait plaisir à personne", a déclaré M. Macron mardi devant la presse.
"Tout le monde a du bon sens", a-t-il plaidé. "Dans l'ensemble, les gens savent qu'il faut travailler un peu plus longtemps en moyenne, tous, car sinon on ne pourra pas bien financer nos retraites", a-t-il ajouté.
"Plus de richesses pour le pays"
Il a défendu le report de 62 à 64 ans de l'âge de départ au nom de la défense d'un système qui est un "trésor" et constitue "le patrimoine de ceux qui n'en ont pas". Ce report, a-t-il dit, "permet de créer plus de richesses pour le pays".
La France est l'un des pays européens où l'âge légal de départ à la retraite est le plus bas, sans que les systèmes de retraite ne soient complètement comparables. Le gouvernement a fait le choix d'allonger la durée de travail pour répondre à une dégradation financière des caisses de retraite et à un vieillissement de la population.
Depuis le lancement de la réforme, Emmanuel Macron ne s'était quasiment pas exposé sur le sujet, hormis par de sobres et laconiques messages lors de déplacements à l'étranger. "Il y a un objectif de court terme qui est d'envoyer un signal à la droite pour favoriser le vote de la réforme des retraites", analyse auprès de l'AFP Brice Teinturier, directeur général délégué de l'institut de sondage Ipsos en France.
Cette thématique du travail, "c'est une allusion évidente à un thème qui est cher à la droite depuis maintenant de nombreuses années", poursuit l'analyste. Cela permet à Emmanuel Macron d'appuyer "sur la réforme des retraites sans rentrer dans le détail du projet lui même en étant sur des valeurs plus larges".
Après une mobilisation en baisse pour la cinquième journée de protestation du 16 février, les syndicats ont affirmé leur détermination à faire échouer ce projet de réforme et promis "de mettre la France à l'arrêt" le 7 mars si le gouvernement ne renonce pas à reporter l'âge minimal de départ à la retraite.
"Rapport au travail"
Jusque-là prudemment en retrait, Emmanuel Macron a sobrement appelé mardi au "calme" et au "respect" avant cette "mobilisation légitime" du 7 mars.
Il a expliqué vouloir transmettre, en se déplaçant à Rungis, "un message de reconnaissance devant toutes celles et ceux qui permettent à notre pays de tourner, de vivre".
A la recherche d'une sortie par le haut des tensions autour des retraites, le président a aussi amorcé un "débat sur le travail" qu'il souhaite plus rémunérateur et évolutif.
Selon l'analyste Brice Teinturier, les déclarations de M. Macron mardi visent "à moyen terme à donner un début de message sur +oui il y a un sujet autour du travail qui dépasse la simple quantité de travail dans ce pays+", notamment sur les questions d'une "meilleure insertion des jeunes sur le marché du travail mais aussi des seniors en entreprise".
"Je pense qu'il a bien entendu qu'il n'y avait pas que le sujet en soi des 64 ans qui s'était exprimé dans la contestation" mais "qu'il y avait en réalité beaucoup de choses qui sont remontées sur le rapport au travail", relève M. Teinturier.

