Des manifestants se sont rassemblés à Paris pour la cinquième journée de mobilisation contre la réforme des retraites, le 16 février 2023. Emmanuel Dunand/AFP
Grèves et manifestations ont marqué hier la cinquième journée de mobilisation en france contre une réforme des retraites décriée, mais le mouvement a été moins suivi et les rangs des manifestations plus clairsemés, les syndicats mettant l’accent sur la mobilisation du 7 mars, où ils menacent de mettre le pays « à l’arrêt ». Ces syndicats souhaitent aussi avec cette cinquième journée maintenir la pression sur les députés, dont les débats houleux sur ce projet de réforme se terminent aujourd’hui à minuit, avant la transmission du texte au Sénat, la chambre haute du Parlement. Le front intersyndical souhaite surtout mettre toutes ses forces dans la balance le 7 mars, date à laquelle il menace de mettre le pays « à l’arrêt » si le gouvernement ne renonce pas à reporter l’âge de la retraite à 64 ans, contre 62 aujourd’hui. « Le 7 mars, on bloque tout, tout doit s’arrêter partout », a lancé en marge de la manifestation à Montpellier le chef de file du parti La France insoumise (gauche radicale) Jean-Luc Mélenchon.
En pleine période de vacances scolaires, à l’exception de la région parisienne et de l’Occitanie (Sud-Ouest), la participation aux grèves hier s’annonçait en nette baisse. À Paris, le syndicat CGT a annoncé le chiffre de quelque 300 000 manifestants. C’est moins que lors de la dernière journée de mobilisation samedi, où la CGT avait recensé 500 000 manifestants dans la capitale et les autorités 93 000. Le chiffre des autorités pour hier n’était pas disponible à l’heure de mettre sous presse. À Montpellier, les rangs étaient beaucoup plus clairsemés que pour la quatrième journée de mobilisation samedi (7 200 participants, contre 20 000 selon les autorités). Même chose à Toulouse, où les organisateurs ont compté 65 000 manifestants, et la police 14 000 (contre 100 000 et 25 000 samedi). Au Havre, ils étaient 5 800 selon la préfecture, 20 000 selon les syndicats (7 800 et 20 000 samedi). Dans le cortège de la manifestation à Marseille, Isabelle Marilier, retraitée de 75 ans, a dénoncé une « tromperie » du gouvernement sur la pension minimale à 1 200 euros : « On nous prend pour des quiches ! » a-t-elle estimé.
Détermination
Les perturbations étaient limitées dans les transports, avec 14 % de grévistes à la compagnie nationale ferroviaire SNCF et un trafic normal dans le métro parisien. Néanmoins, des vols ont été annulés et des agents de l’entreprise publique d’électricité EDF ont baissé la production d’électricité, sans provoquer toutefois de coupures de courant. À l’Éducation nationale, le ministère a fait état de 7,67 % d’enseignants en grève (contre 14,17 % le 7 février), avec deux zones sur trois en vacances.
Les dirigeants des huit principaux syndicats se sont réunis pour manifester dans la ville d’Albi (Sud – 50 000 habitants), symbole de cette France des villes moyennes très mobilisée contre la réforme.
« Je crois que la journée est réussie déjà », avec « beaucoup de participants », a jugé le secrétaire général du syndicat réformiste CFDT, Laurent Berger. « Le mécontentement, la détermination et la combativité sont intacts », a-t-il assuré depuis Albi. Dans ces villes moyennes, « la question des retraites, c’est un peu la goutte d’eau qui fait déborder le vase », en plus des problèmes de pouvoir d’achat et du sentiment d’un déclin des services publics, a affirmé de son côté Philippe Martinez, son homologue du syndicat CGT.
De leur côté, les députés ferraillent depuis le 6 février à l’Assemblée nationale, où le camp du gouvernement d’Élisabeth Borne n’a qu’une majorité relative, sur l’examen du texte et où l’opposition, notamment de gauche, mène une bataille d’obstruction. Le président Emmanuel Macron joue une part importante de son crédit politique sur cette réforme des retraites, mesure-phare de son second quinquennat et symbole de sa volonté affichée de réformer la France. La France est l’un des pays européens où l’âge légal de départ à la retraite est le plus bas, sans que les systèmes de retraite ne soient complètement comparables. Le gouvernement a fait le choix d’allonger la durée de travail pour répondre à une dégradation financière des caisses de retraite et à un vieillissement de la population.
Source : AFP

