Des manifestants contre le projet de réforme des retraites, le 19 janvier 2023, à Toulouse. Charly Triballeau/AFP
Après une première journée d’action réussie, jeudi, les syndicats se projettent vers une nouvelle mobilisation contre la réforme des retraites, le mardi 31 janvier, avec l’espoir que les manifestations et les grèves feront reculer l’exécutif. « On veut aller jusqu’au retrait de la réforme », qui prévoit le report de l’âge légal de départ à la retraite de 62 à 64 ans, a déclaré vendredi sur franceinfo Marie Buisson, secrétaire générale de la FERC (Éducation, recherche, culture) et candidate à la succession du secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez. Jeudi soir, à l’issue d’une journée qui a mobilisé au-delà de leurs espérances, les huit principaux syndicats français ont annoncé cette nouvelle date du 31 et appelé à « multiplier les actions », notamment autour du 23 janvier, jour de la présentation de la loi en Conseil des ministres. Secrétaire confédérale de la CGT, Catherine Perret a évoqué des rassemblements « devant les préfectures » lundi. Pour elle, « l’important, c’est qu’il y ait un feu roulant d’actions qui montre que tous les jours les salariés sont déterminés à ne pas laisser ce gouvernement tranquille ».
La CGT et d’autres organisations syndicales auraient préféré une date de mobilisation plus rapprochée, mais la CFDT a pesé pour le 31, selon des sources syndicales. Son secrétaire général Laurent Berger, interrogé sur LCI jeudi, a expliqué vouloir bien « cadencer » les dates de mobilisation afin de permettre aux « salariés qu’on n’avait pas l’habitude de voir dans les manifestations » d’y participer. D’ici là, les équipes de la CFDT vont aller à la rencontre des citoyens pour les inviter à signer la pétition de l’intersyndicale contre la réforme, qui rassemblait vendredi plus de 650 000 signatures. Certains représentants syndicaux regrettent une date trop tardive. « C’est la machine à perdre. Les militants me disent : “Ils ne veulent pas aller à la bagarre”! » s’indigne Fabrice Le Restif, secrétaire de l’Union départementale FO d’Ille-et-Vilaine. « On veut que le 31 soit encore plus réussi, et pour cela, il faut l’unité (syndicale) la plus large », concilie Simon Duteil, de Solidaires.
Grève reconductible
Pour Marie Buisson, l’enjeu sera d’abord d’« être aussi nombreux » que jeudi : au moins 1,12 million de personnes ont battu le pavé selon le ministère de l’Intérieur, « plus de deux millions » d’après les syndicats, très majoritairement dans le calme malgré quelques heurts, notamment à Paris. Un niveau de mobilisation supérieur à celui du 5 décembre 2019 : au démarrage de la contestation contre le précédent projet de réforme des retraites, la police avait compté 806 000 manifestants en France, la CGT 1,5 million.
« Travailler plus longtemps, il est évident que ça n’est pas très populaire », a reconnu vendredi Bruno Le Maire, sur BFM Business, défendant cependant un projet « juste » et « efficace ». Si le Parlement conserve « la possibilité d’améliorer la copie », le ministre de l’Économie a néanmoins fixé « une exigence, l’équilibre financier en 2030 ». Cette mobilisation a été « importante », a reconnu vendredi le porte-parole du gouvernement Olivier Véran, et « on la respecte », mais « cette réforme est indispensable et on doit la faire ».
Les yeux sont désormais rivés sur des secteurs stratégiques comme l’énergie et les transports, et leur capacité à engager, par la grève reconductible, un bras de fer avec l’exécutif. S’il n’y a pas selon M. Berger « de secteur professionnel où la CFDT appelle à des grèves reconductibles », la CGT espère, elle, des « grèves massives et fortes », selon Mme Buisson. Les fédérations CGT de la chimie, des ports et docks et mines-énergie devraient coordonner leurs efforts et publier lundi un communiqué commun, selon Emmanuel Lépine (FNIC). Sa fédération a d’ores et déjà appelé à faire grève le 26 janvier pour 48 heures et le 6 février pour 72 heures.
Les syndicats de cheminots doivent de leur côté se réunir vendredi pour s’accorder sur la suite du mouvement, la CGT souhaitant aller « au-delà de ce qui est programmé » le 31 janvier, « avant ou après » cette date, selon son secrétaire fédéral Laurent Brun sur RMC. En attendant, une manifestation est déjà prévue samedi à Paris, à l’appel d’organisations de jeunes militants des partis de gauche, soutenus par La France insoumise (LFI). Des blocages de lycées sont également envisagés « dès la semaine prochaine » par le Mouvement national lycéen (MNL), selon sa secrétaire générale Charlotte Moisan.
Source : AFP


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