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Monde - Brésil

Après les violences, quel avenir pour le bolsonarisme ?

Après les violences, quel avenir pour le bolsonarisme ?

Des partisans de l’ancien président brésilien Jair Bolsonaro priant devant sa résidence en Floride pour son rétablissement. Chandan Khanna/AFP

La démocratie brésilienne a résisté à la vague de contestation des partisans les plus radicaux de l’ex-président d’extrême droite Jair Bolsonaro, mais le bolsonarisme pourrait perdurer, estiment les analystes, qui n’excluent pas de nouvelles éruptions de violence.

L’armée n’a pas répondu aux appels insistants à prendre le pouvoir conquis dans les urnes par le nouveau président Luiz Inacio Lula da Silva, et les députés, sénateurs et gouverneurs, toutes tendances confondues, ont choisi de se ranger derrière la Constitution brésilienne.

Mercredi, les appels à une nouvelle « mégamobilisation » des bolsonaristes dans tout le pays pour « reprendre le pouvoir » sont restés sans effet, laissant entrevoir un essoufflement du mouvement après la condamnation mondiale de l’assaut contre les lieux de pouvoir, dimanche à Brasilia.

L’arrestation de centaines d’émeutiers et le limogeage de hauts responsables du gouvernement soupçonnés de collusion avec eux pourraient simplement avoir découragé les sympathisants de Jair Bolsonaro à descendre dans la rue, quelques jours après les images des dégradations qui ont profondément choqué au Brésil.

« Je pense que ce serait une erreur de croire qu’ils ont complètement abandonné », tempère cependant l’analyste Michael Shifter, chargé de cours au groupe de réflexion Inter-American Dialogue. « Le pays est encore amèrement polarisé et je ne pense pas que l’absence (dans les rues) des bolsonaristes moins d’une semaine après le 8 janvier doive être interprétée comme le signe que le pays s’est en quelque sorte rassemblé pour défendre la

démocratie », dit-il.

Un très grand avertissement

Lula l’a emporté d’une courte tête à la présidentielle d’octobre au terme d’une campagne qui a profondément divisé le pays. « Le fait que Bolsonaro ait perdu sa tentative de réélection malgré 58 millions de voix – et par la marge la plus étroite de l’histoire démocratique du Brésil – en dit long sur le risque sous-jacent de perturbation », estime Mariano Machado, analyste principal pour les Amériques de la société de renseignement sur les risques Verisk Maplecroft. « Le penchant pour un coup de force n’est pas majoritaire, mais il n’est en aucun cas résiduel », met-il en garde.

Lula lui-même a affirmé jeudi que l’assaut du palais présidentiel, du Congrès et de la Cour suprême « était un avertissement, un très grand avertissement (qui nous dit) que nous devons être plus prudents ». « Nous avons gagné une élection en battant Bolsonaro, mais le bolsonarisme est là et le bolsonarisme fanatique est compliqué car il ne respecte personne », a-t-il ajouté. Lula s’est même dit « convaincu » que les manifestants qui ont envahi le palais présidentiel à Brasilia avaient bénéficié d’une aide de l’intérieur. « Quelqu’un a facilité leur entrée ici », a-t-il affirmé, estimant que « le palais était rempli de bolsonaristes ».

Le combat continue

Jair Bolsonaro, qui n’a jamais reconnu explicitement sa défaite, a condamné les événements de dimanche, mais du bout des lèvres. Ses multiples mises en cause du système électoral ont infiltré les esprits de bataillons de fidèles qui pensent que le résultat de l’élection leur a été « volé ».

L’analyste Guilherme Casaroes, de la Fondation Getulio Vargas, estime que la fermeté de la réponse du gouvernement – arrestations massives, renforcement significatif de la sécurité et inculpation d’émeutiers pour « terrorisme » – pourrait dissuader les bolsonaristes de passer à nouveau à l’action.

« Bien sûr, vous pouvez encore avoir des groupes beaucoup plus petits qui optent pour des actions terroristes », juge M. Casaroes, soulignant que le mouvement agit sans structure de direction claire. Il estime cependant qu’une majorité est susceptible de « rentrer chez soi en espérant élire Bolsonaro en 2026 ou, comme cela se passe aux États-Unis, de migrer vers un leader plus modéré ».

Le sociologue Gerardo Monteiro, qui a coécrit un livre sur le bolsonarisme, estime également que le mouvement n’avait pas suffisamment d’« organisation pour une contre-offensive ». « La grande majorité (des bolsonaristes) sont des gens ordinaires, ils ne sont pas taillés pour la lutte... Ce mouvement n’a pas l’expérience nécessaire pour aller de l’avant », dit-il.

Pour Michael Shifter cependant, « ce mouvement est toujours là » et le Brésil doit s’attendre à « plus de bouleversements de faible intensité, de protestations et quelques violences. Je ne pense pas que cela va disparaître ». Il estime que de nombreux soutiens vont adopter une posture attentiste. « Cela ne veut pas dire qu’ils ont décidé que le combat ne vaut plus la peine d’être mené. » Pour les plus extrêmes d’entre eux, « le combat continue », prévient M. Shifter.

Mariëtte LE ROUX/AFP

La démocratie brésilienne a résisté à la vague de contestation des partisans les plus radicaux de l’ex-président d’extrême droite Jair Bolsonaro, mais le bolsonarisme pourrait perdurer, estiment les analystes, qui n’excluent pas de nouvelles éruptions de violence. L’armée n’a pas répondu aux appels insistants à prendre le pouvoir conquis dans les urnes par le nouveau président Luiz Inacio Lula da Silva, et les députés, sénateurs et gouverneurs, toutes tendances confondues, ont choisi de se ranger derrière la Constitution brésilienne.Mercredi, les appels à une nouvelle « mégamobilisation » des bolsonaristes dans tout le pays pour « reprendre le pouvoir » sont restés sans effet, laissant entrevoir un essoufflement du mouvement après la condamnation mondiale de l’assaut contre les...
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