La vice-présidente américaine Kamala Harris et la patronne de la Chambre des représentants Nancy Pelosi arborant un drapeau ukrainien offert par le président Volodymyr Zelensky. Mandel Ngan/AFP
Le Kremlin a dénoncé jeudi une absence de « volonté d’écouter la Russie » après la visite du président ukrainien Volodymyr Zelensky aux États-Unis, lors de laquelle il a reçu de nouvelles promesses d’aides, preuve pour Moscou que Washington mène une « guerre indirecte » en Ukraine.
Lors de ce voyage, son premier à l’étranger depuis le début de l’offensive russe en février, M. Zelensky a été reçu en héros à Washington, s’entretenant avec son homologue Joe Biden et prononçant un discours sous les applaudissements des parlementaires américains.
Le chef d’État ukrainien a engrangé la promesse d’une enveloppe massive de soutien de près de 45 milliards de dollars et de nouvelles livraisons d’armes avec, pour la première fois, la fourniture du système de défense antiaérienne Patriot.
« Jusqu’à présent, nous pouvons constater avec regret que ni le président (américain Joe) Biden ni le président Zelensky n’ont dit quoi que ce soit qui puisse être perçu comme une volonté potentielle d’écouter les préoccupations de la Russie », a réagi jeudi le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov.
Selon M. Peskov, il n’y a pas eu lors de cette visite « de véritables appels à la paix » ou de « mises en garde » américaines à M. Zelensky contre « la poursuite du bombardement des immeubles résidentiels dans les zones peuplées du Donbass », région de l’est de l’Ukraine en partie contrôlée par des séparatistes prorusses et régulièrement visée par les forces ukrainiennes. « Cela montre que les États-Unis poursuivent leur ligne de guerre de facto et indirecte avec la Russie, jusqu’au dernier Ukrainien », a ajouté le porte-parole du Kremlin.
Mercredi, le jour de la visite de Volodymyr Zelensky aux États-Unis, le Kremlin a mis en garde contre de nouvelles livraisons d’armes américaines à l’Ukraine, qui n’auront pour effet que d’« aggraver » le conflit.
M. Zelensky avait, lui, affirmé que l’aide occidentale à son pays, qui est devenue un élément crucial du conflit, était un « investissement dans la sécurité mondiale et la démocratie », et « pas de la charité ». « Contrairement aux prédictions les plus funestes, l’Ukraine n’est pas tombée. L’Ukraine est vivante et combative », a encore déclaré Volodymyr Zelensky, vêtu d’un pull-over kaki siglé du trident ukrainien. Elle « tient ses positions et ne se rendra jamais ». Il a par ailleurs lié le combat contre la Russie à la menace que représente l’Iran, en parlant de deux États « terroristes », un thème cher au camp républicain qui reproche au président démocrate Joe Biden d’être trop complaisant face à Téhéran.
Il a ensuite remis à la présidente de la Chambre des représentants Nancy Pelosi et à la vice-présidente Kamala Harris, présidente du Sénat, un drapeau ukrainien venant de Bakhmout, une ville de l’est de l’Ukraine qui est actuellement le point le plus chaud du front, et couvert de signatures de soldats. En retour, elles lui ont offert un drapeau américain qui a été hissé au sommet du Capitole mercredi pour marquer sa visite historique dans la capitale.
Il avait auparavant été reçu à la Maison-Blanche par son homologue Joe Biden, qui a assuré lors d’une conférence de presse commune que les États-Unis soutiendraient son pays « aussi longtemps qu’il le faudra ». Le président américain a aussi promis de « continuer à renforcer la capacité de l’Ukraine à se défendre ».
Joe Biden s’est par ailleurs dit « pas du tout inquiet » pour la solidité de l’alliance occidentale face à l’invasion russe. « Je n’ai jamais vu l’OTAN ou l’UE aussi unies, a-t-il déclaré. Poutine pensait qu’il affaiblirait l’OTAN, à la place il a renforcé l’OTAN. »
Volodymyr Zelensky a aussi insisté sur le fait qu’une « paix juste » n’implique « aucun compromis » sur l’intégrité territoriale de l’Ukraine.
Renforcement de l’armée
La Russie a subi ces derniers mois d’importants revers sur le terrain : ses troupes ont été chassées de la région de Kharkiv, dans le Nord-Est, et de la ville de Kherson, dans le Sud. En réaction, Moscou a opté à partir d’octobre pour une tactique de bombardements massifs des infrastructures ukrainiennes, privant des millions de personnes d’électricité, d’eau et de chauffage en plein hiver.
Ces coupures ont notamment touché la capitale, Kiev, où la situation énergétique restait « difficile » jeudi, selon le chef de l’administration militaire de la ville, Serguiï Popko.
Le système Patriot fourni par les États-Unis doit justement renforcer « de manière significative » la défense ukrainienne face aux frappes russes, selon M. Zelensky.
En fixant les priorités de son armée pour 2023, Vladimir Poutine a promis, lui, de continuer à renforcer les capacités militaires de la Russie, y compris nucléaire. Il a ainsi annoncé l’entrée en service « début janvier » des nouveaux missiles hypersoniques russes de croisière Zircon et envisagé d’augmenter les effectifs de l’armée russe à 1,5 million de soldats. Son ministre de la Défense, Sergueï Choïgou, a dans le même temps assuré que les troupes russes combattaient « les forces combinées de l’Occident » et révélé que Moscou entendait installer des bases de soutien à sa flotte à Marioupol et Berdiansk, deux villes occupées du sud de l’Ukraine.
M. Choïgou s’est d’ailleurs rendu pour une inspection sur les positions russes en Ukraine, a indiqué son ministère jeudi sans préciser le lieu ou la date de cette visite. Il s’était déjà rendu dans la zone de l’opération quelques jours auparavant, signe d’une volonté d’un contrôle plus étroit de Moscou sur ses troupes sur place.
Les efforts de l’armée russe en Ukraine se concentrent actuellement sur la capture de la totalité de la région de Donetsk, dans l’est du pays, a indiqué jeudi son chef d’état-major Valéri Guerassimov. « La situation sur la ligne de front s’est stabilisée, les principaux efforts de nos troupes se concentrent sur l’achèvement de la libération du territoire de la République populaire de Donetsk » autoproclamée par les séparatistes prorusses, a indiqué M. Guerassimov. Selon lui, la ligne de front avec les forces ukrainiennes est actuellement longue de 815 kilomètres.
M. Guerassimov a affirmé avoir frappé plus de 1 300 « cibles d’importance critique » en Ukraine, ce qui a selon lui « permis de réduire considérablement le potentiel de combat des forces armées ukrainiennes ». Il s’est aussi félicité de l’utilisation « pour la première fois dans des conditions de combat » d’armes hypersoniques russes, telles que le missile Kinjal.
Sur le terrain, les combats et les bombardements se poursuivaient jeudi avec au moins un mort et 14 blessés dans tout le pays au cours de la journée écoulée, selon la présidence ukrainienne.
Côté russe, l’ex-patron de l’agence spatiale russe Roscosmos, Dmitri Rogozine, a été blessé dans une frappe ukrainienne sur un hôtel de Donetsk, fief des séparatistes prorusses dans l’est de l’Ukraine et doit se faire opérer. Selon Moscou, cette frappe, qui a aussi tué et blessé plusieurs autres personnes, a « probablement » été menée à l’aide d’un canon français Caesar, dont plusieurs exemplaires ont été livrés à Kiev par Paris.
Le seul porte-avions russe, l’Amiral Kouznetsov, actuellement en réparation dans le Grand Nord, a, lui, été victime d’un incendie qui n’a pas fait de victimes, ont rapporté les agences de presse russes.
Source : AFP


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