Un expert de l’ONU examine un immense amas de roquettes et de missiles russes qui se sont abattus sur la deuxième ville d’Ukraine, Kharkiv, le 7 décembre 2022. Aleksey Filippov/AF
Le président russe Vladimir Poutine a reconnu mercredi que le conflit en Ukraine était « long » et a relativisé le risque d’un recours à l’arme nucléaire.
« Nous ne sommes pas devenus fous, nous savons ce que sont les armes nucléaires », a déclaré M. Poutine, s’exprimant en visioconférence devant son conseil des droits humains, une organisation entièrement soumise au Kremlin.
Le président russe, qui a toujours nié vouloir conquérir de nouveaux territoires en Ukraine, a une nouvelle fois justifié l’offensive qu’il a lancée il y a plus de neuf mois.
« En ce qui concerne le long processus des résultats de l’opération militaire spéciale, bien sûr, c’est un long processus », a déclaré le président russe.
L’offensive lancée le 24 février était censée se solder par une victoire russe éclair, mais l’armée ukrainienne, galvanisée par les armes occidentales, a forcé la Russie à renoncer au printemps à Kiev, puis à l’automne à se replier dans plusieurs autres régions.
Répondant à l’un de ses interlocuteurs mercredi, Vladimir Poutine a néanmoins noté que « l’apparition de nouveaux territoires » était un « résultat significatif pour la Russie ». « La mer d’Azov est devenue une mer intérieure, c’est une chose sérieuse », a-t-il proclamé, en référence à cette mer bordant la Russie et le sud-est de l’Ukraine dont Moscou contrôle désormais tout le rivage.
En outre, M. Poutine a revendiqué en septembre l’annexion de quatre régions ukrainiennes bien que le contrôle russe n’y soit que partiel et les combats quotidiens. Ce mois-ci, l’armée russe a ainsi dû battre en retraite de Kherson, capitale de la région éponyme que la Russie considère comme sienne. Un repli humiliant qui a suivi celui en septembre du nord-est de l’Ukraine.
Le Kremlin avait toujours nié que son offensive contre l’Ukraine était destinée à conquérir de nouveaux territoires, affirmant vouloir défendre les populations russophones et mettre fin à l’alliance entre Kiev et l’Occident, jugée menaçante par la Russie.
Guerre nucléaire
Après plusieurs menaces émanant de responsables russes ces derniers mois, M. Poutine a laissé entendre mercredi que Moscou n’utilisera l’arme nucléaire qu’en réponse à une attaque de ce type. « Nous considérions les armes de destruction massive, l’arme nucléaire, comme un moyen de défense. Y recourir est construit autour de ce qu’on appelle la “frappe en représailles” : si on nous frappe, on frappe en réponse », a ajouté le président russe. Il a néanmoins relevé que « la menace d’une guerre nucléaire grandit », au regard de la confrontation Russie-
Occident autour de l’Ukraine, rendant responsables les Américains et les Européens.
Quelques minutes plus tôt, au cours de cette même réunion en visioconférence, M. Poutine est revenu sur la mobilisation de 300 000 réservistes, des civils donc, notant que seule une moitié était dans l’immédiat déployée en Ukraine. L’annonce de la mobilisation avait provoqué un exode de Russes vers l’étranger et a révélé les graves problèmes d’équipement de l’armée. M. Poutine a assuré mercredi ne pas prévoir de nouvelle vague à l’heure actuelle.
Sur le front, les bombardements se poursuivaient mercredi avec notamment six civils tués et cinq blessés dans une frappe russe sur la ville de Kourakhové, près de Donetsk, dans l’Est où se concentrent actuellement l’essentiel des combats. « Un marché, une gare routière, des stations-service et des immeubles d’habitation ont été les cibles de frappes », a dénoncé le président ukrainien Volodymyr Zelensky.
Zelensky dénonce un « écocide »
La veille, à Donetsk même, sous contrôle de séparatistes prorusses depuis 2014, six civils avaient été tués dans des frappes ukrainiennes, selon les autorités locales.
Face à ses revers sur le terrain, le Kremlin a décidé depuis octobre de concentrer les attaques sur les installations énergétiques ukrainiennes, privant la population d’électricité, voire d’eau et de chauffage, au moment où les températures sont négatives.
L’armée russe a ainsi tiré un barrage de quelque 70 missiles sur les infrastructures ukrainiennes lundi, ne provoquant cependant que des destructions modérées selon Kiev, qui affirme avoir intercepté 60 de ces ogives grâce à sa défense antiaérienne, en partie fournies par ses alliés occidentaux.
Le conflit a aussi eu un lourd prix pour la faune d’Ukraine avec la mort de milliers de dauphins en mer Noire ces derniers mois, un « écocide » dénoncé mercredi par M. Zelensky. Selon lui, les Ukrainiens « recueillent les preuves de ces crimes et ont l’intention de tenir la Russie responsable ».
« Time Magazine »
Enfin, le président ukrainien, qui a incarné la résistance de son pays face à l’invasion de la Russie, a été désigné personnalité de l’année 2022 par le magazine américain Time, qui a aussi rendu hommage à l’« esprit de l’Ukraine ».
« Que la bataille pour l’Ukraine suscite de l’espoir ou de la peur, Volodymyr Zelensky a galvanisé le monde d’une manière que nous n’avions pas vue depuis des décennies », a écrit le rédacteur en chef du Time Edward Felsenthal, pour qui le choix cette année n’avait « jamais été aussi clair ». « Pour avoir prouvé que le courage peut être aussi contagieux que la peur, pour avoir incité les gens et les nations à s’unir pour défendre la liberté, pour avoir rappelé au monde la fragilité de la démocratie – et de la paix –, Volodymyr Zelensky et l’esprit de l’Ukraine sont la personnalité de l’année 2022 du Time », ajoute le magazine basé à New York.
Source : AFP


Quelle gifle pour Poutine que le « Time Magazine « a choisi comme homme de l’année Zelensky
21 h 11, le 08 décembre 2022