Le président turc Recep Tayyip Erdogan lors du sommet du G20 à Bali, en Indonésie, le 16 novembre courant. Goh Chai Hin/AFP
Il existe une « faille » dans les sanctions à travers la Turquie, a mis en garde le Centre for Research on Energy and Clean Air (CREA), basé en Finlande, dans un rapport paru hier, alors que l’Ukraine a été visée mardi par d’intenses bombardements russes sur des infrastructures et qu’un missile d’origine inconnue est tombé en Pologne. « Est-ce que cela serait possible si les Russes n’avaient pas accès à des financements? Tout le monde comprend que non », a souligné Oleg Ustenko, le conseiller économique du président ukrainien Volodymyr Zelensky.
« Il est ridicule qu’ils reçoivent toujours près de 700 millions (d’euros) par jour de leurs énergies fossiles », a-t-il ajouté par visioconférence lors d’une présentation du rapport à la COP27 en Égypte. Il a appelé à la mise en place d’un plafonnement du prix des énergies russes et à l’interdiction immédiate de tous les produits raffinés provenant de Russie. « Cela devrait être interdit tout de suite par l’Union européenne et tous nos alliés, comme les États-Unis et le Royaume-Uni, mais aussi tous les autres, y compris naturellement la Turquie », a-t-il dit.
Selon le rapport, la Russie a collecté 21 milliards d’euros de ses exportations fossiles en octobre, en baisse de 7 % par rapport à septembre et au plus bas depuis le début de l’invasion en Ukraine. Certes, les revenus de tous les produits ont reculé, à l’exception du gaz naturel liquéfié (GNL). Les revenus tirés des exportations vers l’UE ont pour leur part chuté de 14 % à 7,5 milliards. Bruxelles a décidé d’un embargo progressif sur ses importations de pétrole et de produits pétroliers, à quelques exceptions près. Les 27 ont aussi déjà mis fin à leurs achats de charbon, mais le gaz russe, dont ils sont très dépendants, n’est pour l’instant pas concerné.
Le CREA met toutefois en garde contre une nouvelle route détournée par laquelle le pétrole russe trouve le chemin des pays occidentaux. « Une nouvelle route pour le pétrole russe vers l’UE émerge via la Turquie, où une quantité croissante de brut russe est raffinée », préviennent les auteurs, dont le travail doit être présenté à la COP27. Le pays a en effet augmenté ses importations de brut de Russie depuis l’invasion de l’Ukraine. Et les exportations de produits pétroliers de Turquie vers les ports européens et américains ont bondi de 85 % en septembre-octobre, comparé à la période juillet-août, indique le rapport. « Alors que l’UE va bannir les importations de brut de Russie au 5 décembre, cette faille pourrait devenir importante », souligne le CREA. Le centre de recherche juge ainsi « essentiel » que l’UE et les États-Unis mettent en place un embargo plus strict en renonçant aux produits pétroliers issus de raffineries qui acceptent du brut russe. Lauri Myllyvirta, analyste du CREA, a aussi souligné que la Russie dépend fortement du secteur du transport naval européen pour faire transiter ses énergies fossiles. « Au moins 50 % des exportations se font à bord de bateaux possédés par des sociétés de l’UE, ou assurés au Royaume-Uni ou en Europe », si bien que les Européens disposent d’un éventuel moyen de pression « énorme », a-t-il fait remarquer.
Source : AFP

