Le ministre russe des Affaires étrangères, Segueï Lavrov, arrive au sommet du G20 à Nusa Dua, sur l’île de Bali, en Indonésie, le 15 novembre 2022. Mast Irham/Pool/AFP
Entre les grandes économies du monde, les différences sont nombreuses. Néanmoins, la pression s’est accentuée sur la Russie hier au sommet du G20 pour qu’elle mette fin à une guerre au coût considérable. Le plus important rassemblement de dirigeants mondiaux depuis le début de la pandémie s’est ouvert sans Vladimir Poutine dans le cadre tropical de l’île indonésienne de Bali. Il se tient près de neuf mois après le début d’une guerre meurtrière qui a fait flamber les prix de l’énergie et de l’alimentation et a vu ressurgir la menace nucléaire. L’invasion de l’Ukraine ne figure pas à l’agenda officiel du G20 mais domine la réunion et expose les divisions entre les Occidentaux soutenant Kiev et d’autres pays, Chine en tête, qui refusent de condamner Moscou.
Pour autant, les 20 membres de ce club créé à l’origine pour gérer les questions économiques se sont mis d’accord sur un projet de communiqué, pourtant jugé peu probable ces derniers jours vu les lignes de fracture, mais aussi l’accord nécessaire de Moscou. Ce document, s’il est adopté par les dirigeants, constate les répercussions négatives de la « guerre en Ukraine » et reprend le terme de « guerre » rejeté pour l’instant par Moscou qui évoque une « opération militaire spéciale ». Il précise que « la plupart des membres condamnent fermement » le conflit, jugent « inadmissible » le recours ou la menace de recours à l’arme nucléaire, et appellent à prolonger l’accord sur les exportations de céréales. L’accord négocié en juillet sous l’égide de la Turquie, qui a permis de livrer quelque 10 millions de tonnes de céréales ukrainiennes, arrive à échéance vendredi et Moscou laisse planer le doute sur ses intentions, faisant craindre des famines à l’ONU.
Zelensky en appelle au « G19 »
De retour de Kherson, ville du sud de l’Ukraine tout juste reprise par son armée, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a proposé de prolonger « indéfiniment » cet accord. Il a été l’un des premiers à s’exprimer par visioconférence devant ce qu’il appelle le « G19 », excluant la Russie. Dans la salle était pourtant présent le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov, par lequel Vladimir Poutine s’est fait représenter. « Je suis convaincu qu’il est temps à présent que la guerre destructrice de la Russie s’arrête », a déclaré le président ukrainien, dans son habituel tee-shirt kaki. Il a également détaillé son plan pour ramener la paix et « sauver des milliers de vies » : ne pas faire confiance à la Russie, ne tolérer « aucune excuse au chantage nucléaire » face aux « folles menaces » de Moscou et réaliser un échange total de prisonniers. Le président russe Vladimir Poutine avait suscité l’inquiétude de la communauté internationale lorsqu’il a fait une allusion à la bombe atomique dans un discours télévisé le 21 septembre, se disant prêt à utiliser « tous les moyens » dans son arsenal face à l’Occident. Depuis, les États-Unis et leurs alliés se sont employés, publiquement et en privé, à mettre en garde la Russie, y compris lors d’un échange téléphonique entre le ministre américain de la Défense Lloyd Austin et son homologue russe Sergueï Choïgou.
Dialogue en coulisses
En dépit de la guerre, des responsables américains insistent sur le fait que les États-Unis et la Russie ont maintenu depuis le début de l’offensive russe le 24 février des « canaux de communication », notamment via l’ambassade américaine à Moscou, pour faire passer des messages ou concernant leurs relations bilatérales. Dans un rare face-à-face, William Burns, chef de la CIA et ancien ambassadeur des États-Unis à Moscou, a rencontré lundi en Turquie son homologue russe, Sergueï Narychkine. Washington a réitéré sa mise en garde à Moscou contre tout recours à l’arme nucléaire dans sa guerre en Ukraine et évoquant le sort de ses ressortissants détenus en Russie.
Le président américain Joe Biden a dit espérer mercredi dernier que le président russe soit davantage disposé à discuter d’un échange de prisonniers avec les États-Unis. « Mon espoir, c’est que maintenant que l’élection est finie, M. Poutine pourra discuter avec nous et sera disposé à parler plus sérieusement d’un échange de prisonniers », a dit le président américain lors d’une conférence de presse au lendemain des élections de mi-mandat aux États-Unis. La star du basket féminin Brittney Griner, arrêtée en février dans un aéroport de Moscou en possession d’une vapoteuse contenant du liquide à base de cannabis, a été condamnée à neuf ans de prison pour « trafic de drogue » et récemment transférée vers une colonie pénitentiaire non identifiée. Washington a indiqué à plusieurs reprises avoir soumis à la Russie une « offre significative » pour la libération de la sportive et de l’ancien militaire Paul Whelan, restée sans réponse jusqu’à présent. Selon des sources diplomatiques russes, un possible échange de prisonniers pourrait concerner Brittney Griner et un trafiquant d’armes russe détenu aux États-Unis, Viktor Bout, qui purge une peine de 25 ans de prison. Par le passé, Russes et Américains se sont entendus sur plusieurs échanges de prisonniers.
La Chine au milieu
Hôte de l’événement, le président indonésien Joko Widodo avait aussi appelé dans son discours d’ouverture à « mettre fin à la guerre » : « Nous ne devons pas diviser le monde en plusieurs camps. Nous ne devons pas laisser le monde basculer dans une nouvelle guerre froide. » Tous les regards sont tournés vers la Chine, grande puissance dont le président Xi Jinping s’est encore rapproché de Vladimir Poutine à la veille de la guerre, formant un front commun contre ce qu’ils décrivent comme les volontés hégémoniques occidentales. Pékin a refusé de condamner l’invasion de l’Ukraine lancée le 24 février. À la tribune du G20, Xi Jinping n’a pas épargné les Occidentaux, réclamant la levée des sanctions, telles celles visant la Russie, ou leur demandant d’en faire plus pour limiter les effets des hausses des taux d’intérêt mises en œuvre ces dernières semaines face à l’envolée des prix.
Cependant, il a également appelé à s’« opposer fermement » à une « instrumentalisation » des produits alimentaires et de l’énergie, dans une critique voilée à l’adresse de son allié russe. Lors d’une rencontre hier matin avec le dirigeant chinois, le président français Emmanuel Macron lui a demandé d’interférer auprès du maître du Kremlin pour le convaincre de revenir à la « table des négociations », selon l’Élysée. Lundi, le président américain Joe Biden, lors de son premier face-à-face avec Xi Jinping depuis son élection, avait obtenu l’accord de son homologue chinois sur le rejet de tout recours à l’arme nucléaire en Ukraine, repris dans le projet de communiqué. Face à la menace russe, nombre de pays veulent renforcer leurs capacités militaires et le Premier ministre Rishi Sunak est arrivé à Bali avec l’annonce d’une commande de cinq frégates de guerre, évoquant la « menace » russe.
Source : AFP


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