Des civils évacuent la ville de Kherson en Ukraine, encore sous le contrôle de Moscou, le 26 octobre 2022. Photo AFP
La Russie a annoncé hier avoir achevé en un mois la mobilisation de 300 000 réservistes. Selon le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, 218 000 réservistes sont en train d’être formés dans des bases militaires russes, 41 000 sont en formation mais dans la zone de conflit et 41 000 autres sont déjà déployés dans des unités militaires combattant en Ukraine. Pour Vladimir Poutine, qui a salué face à son ministre « le patriotisme » des soldats mobilisés depuis le 21 septembre, l’arrivée de ces hommes, qui étaient encore des civils il y a quelques semaines, doit permettre de consolider ses lignes face à l’armée ukrainienne qui a réalisé d’importants gains territoriaux dans l’Est et le Sud du pays depuis deux mois.
Les troupes de Kiev s’apprêtent d’ailleurs à livrer une féroce bataille pour reprendre la ville de Kherson et ses districts environnants. La cité de quelque 288 000 habitants avant-guerre est occupée depuis les premiers jours de l’invasion russe. L’administration d’occupation russe a juré d’en faire « une forteresse » pour résister à l’offensive ukrainienne dans toute cette région dont le Kremlin revendique l’annexion.
Le commandement militaire ukrainien a ainsi noté un « renforcement du groupe ennemi sur la partie de la rive droite » de la région de Kherson. Signe de l’intensité des combats près de Kherson, le dirigeant de la république russe de Tchétchénie Ramzan Kadyrov, dont les forces combattent en Ukraine, a annoncé la mort de 23 de ses soldats dans un bombardement ukrainien qui a fait aussi 58 blessés. Partisan de la ligne « dure » face à Kiev, Ramzan Kadyrov avait appelé à des frappes nucléaires et assure que ses troupes mènent en Ukraine une guerre sainte contre des « satanistes ». Face à l’offensive ukrainienne dans cette région du sud du pays, qui fait suite à de sérieux revers infligés aux forces russes sur d’autres fronts, « le travail organisant le départ des habitants vers la rive gauche du (fleuve) Dnipro, vers des régions sûres en Russie est achevé », a déclaré jeudi soir Sergueï Aksionov, le dirigeant de la Crimée, péninsule avoisinante de Kherson annexée en 2014 par Moscou.
« Je suis heureux que ceux qui voulaient quitter rapidement et en toute sécurité le territoire bombardé par les forces armées ukrainiennes aient pu le faire », a-t-il indiqué sur Telegram, publiant une photo de lui aux côtés du directeur adjoint de l’administration présidentielle russe Sergueï Kirienko. Mercredi, un responsable de l’occupation russe dans la région, Vladimir Saldo, a affirmé qu’au moins 70 000 résidents avaient quitté leurs domiciles à Kherson en moins d’une semaine. L’Ukraine qualifie quant à elle ces transferts de population de « déportations ».
Nouvelle aide américaine
Pour soutenir la contre-offensive de Kiev, les États-Unis ont annoncé hier une nouvelle tranche d’aide militaire à l’Ukraine, pour une valeur totale de quelque 275 millions de dollars. Cette vingt-quatrième tranche d’assistance militaire directe au pays est destinée à « répondre aux besoins urgents de sécurité et de défense de l’Ukraine », a indiqué au cours d’un point de presse une porte-parole du ministère américain de la Défense, Sabrina Singh. Washington va envoyer des missiles de précision pour les systèmes d’artillerie Himars déjà livrés à Kiev, ainsi que des obus compatibles avec les autres systèmes dont disposent les forces ukrainiennes, et une variété de munitions et d’armements antichars. Alors que le nouveau propriétaire de Twitter et PDG de SpaceX Elon Musk a menacé de cesser de financer son réseau satellitaire Starlink, qui joue un rôle prépondérant dans les communications des forces armées ukrainiennes face à l’invasion russe, le Pentagone va pour la première fois livrer quatre antennes satellitaires à Kiev. Celles-ci « ne sont pas des antennes Starlink », a précisé Sabrina Singh. Sans vouloir se substituer aux antennes Starlink, la porte-parole constate « que les infrastructures et les réseaux électriques ukrainiens sont la cible des Russes, et ces antennes apportent une capacité supplémentaire sur le terrain à un moment crucial ». Cette nouvelle tranche porte à quelque 17,9 milliards de dollars l’aide totale des États-Unis à Kiev depuis le début de l’offensive russe le 24 février.
Des infrastructures visées
L’appui de Washington apparaît d’autant plus crucial que Moscou est accusé d’utiliser des drones iraniens sur le terrain ukrainien pour reprendre le dessus. Le chef de la diplomatie ukrainienne, Dmytro Kouleba, a demandé hier à son homologue iranien d’arrêter « immédiatement » de fournir des armes au Kremlin dans un entretien téléphonique. Le premier entre les deux dirigeants depuis que Kiev a accusé la Russie de frapper des villes ukrainiennes à l’aide de drones iraniens.
Les frappes subies par l’Ukraine ont atteint des infrastructures civiles et notamment énergétiques, provoquant la destruction d’au moins un tiers des capacités ukrainiennes dans ce domaine, juste avant l’hiver. En conséquence et afin d’éviter que tout le réseau de distribution ne se congestionne, des coupures de courant de quelques heures sont imposées quotidiennement dans de nombreuses régions. Des coupures d’électricité « sans précédent » sont prévues pour « ces prochains jours » dans la capitale et sa région, en raison d’importants dégâts infligés au système énergétique en Ukraine par de récentes frappes russes, a annoncé hier l’opérateur ukrainien privé DTEK, évaluant « un manque à hauteur de 30 % de la consommation pour Kiev ». « Malheureusement, des coupures plus sévères et plus longues seront mises en place ces prochains jours », a prévenu le département régional de ce groupe sur Facebook.
Source : AFP
Un gros poisson du renseignement russe arrêté en Norvège ?
Avec l’arrestation d’un individu se présentant comme un chercheur brésilien, les services de contre-espionnage norvégiens (PST) pourraient avoir mis la main sur un gros poisson du renseignement russe, une prise rare dans un contexte de fortes tensions entre Moscou et l’Occident. Admis au cours de l’automne 2021 comme conférencier à l’Université norvégienne de Tromsø, dans la région stratégique de l’Arctique, l’individu a été arrêté lundi par la police et placé, dans un premier temps, en internement pour violation des lois sur l’immigration, en vue d’une expulsion. Les services norvégiens estimant qu’il s’agissait en réalité d’un Russe agissant pour le compte des renseignements russes, une enquête a depuis été ouverte pour « espionnage illégal dirigé contre des secrets d’État de nature à nuire aux intérêts fondamentaux de la nation », des faits passibles de trois ans de prison. Hier, le PST a identifié le suspect comme étant Mikhaïl Mikouchine, un Russe né en 1978, officier du renseignement militaire russe (GRU), selon un chercheur du site d’investigation Bellingcat. Selon le PST, l’homme est un « agent illégal ». Il rejette les accusations portées contre lui. Sur fond de tensions aiguës avec l’Occident en raison de la guerre en Ukraine, l’ambassade de Russie en Norvège a de son côté dénoncé « l’espionnite » qui a cours selon elle dans le pays scandinave. Devenue le premier fournisseur de gaz de l’Europe depuis la réduction des livraisons russes, la Norvège a renforcé sa vigilance et la sécurité autour des ses installations stratégiques, notamment énergétiques. Ces dernières semaines, la police norvégienne a arrêté près d’une dizaine de citoyens russes accusés d’avoir fait voler des drones au-dessus du territoire, en violation d’une interdiction décrétée à cause de la guerre en Ukraine, ou d’avoir enfreint des interdictions de prendre des photos sur des sites sensibles.

