Un blindé russe détruit dans la région de Kharkiv, le 1er octobre courant. Vitalii Hnidyi /Reuters
L’Ukraine a annoncé dimanche avoir repris la ville de Lyman, dans la région de Donetsk annexée par la Russie, au moment où la Cour constitutionnelle russe a jugé légaux les traités d’annexion des territoires ukrainiens signés par Vladimir Poutine.
L’annonce est tombée en milieu de journée : « À partir de 12h30 heure locale, Lyman est totalement débarrassée (de l’armée russe). Merci à nos militaires », s’est félicité le président ukrainien Volodymyr Zelensky dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux.
« Je suis optimiste et très motivé. Je vois l’activité sur la ligne de front et les territoires que l’on reprend », s’est réjoui un soldat ukrainien de 33 ans posté près de Lyman, dans l’est de l’Ukraine, et qui se fait appeler par son nom de guerre « Fumée ».
Samedi, les soldats ukrainiens étaient entrés dans cette ville stratégique de la région de Donetsk, dont l’annexion vendredi par Moscou a été fermement condamnée par Kiev et les Occidentaux.
Anticipant cette importante victoire tactique, car Lyman est un nœud ferroviaire crucial, M. Zelensky avait assuré samedi soir que la semaine prochaine, « de nouveaux drapeaux ukrainiens flotteront sur le Donbass », où se trouve la région de Donetsk.
Puis il avait lancé, s’adressant aux soldats et aux responsables russes, et évoquant le président russe Vladimir Poutine : « Tant que vous tous n’aurez pas résolu le problème de celui qui a tout commencé, qui a déclenché cette guerre insensée contre l’Ukraine, vous serez tués un par un. »
La perte de Lyman, dans la région annexée de Donetsk, est un revers de taille pour l’armée russe, incapable à ce stade de contrôler la totalité des territoires qu’elle occupe en Ukraine.
Traités « conformes à la Constitution »
Malgré les difficultés rencontrées sur le terrain par la Russie depuis le début d’une contre-offensive réussie par Kiev début septembre, le processus légal de formalisation de l’annexion des régions ukrainiennes suit son cours à Moscou.
Après la signature des traités d’annexion, vendredi en grande pompe au Kremlin, par M. Poutine et les dirigeants des régions séparatistes et occupées, la Cour constitutionnelle russe les a jugés dimanche « conformes à la Constitution ».
Selon Viatcheslav Volodine, le président de la Douma, les députés de la Chambre basse du Parlement russe examineront lundi un projet de loi en vue de la ratification des traités. L’adoption de ce texte est prévue normalement dans la foulée, avant qu’il ne passe devant la Chambre haute du Parlement, le Conseil de la Fédération. L’annexion des régions ukrainiennes par la Russie n’est toutefois pas reconnue par la communauté internationale. Pour le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell, elle rend « beaucoup plus difficile, impossible, presque, la fin de la guerre ». « La Russie est en train de perdre » la guerre, « elle l’a perdue en termes moraux et politiques », mais « l’Ukraine n’a pas encore gagné », a-t-il jugé, appelant aussi l’Europe à renforcer son arsenal militaire.
Dans ce contexte, le président Emmanuel Macron s’est engagé dimanche à « travailler avec mes partenaires européens à de nouvelles sanctions » contre la Russie après l’annexion de quatre régions ukrainiennes, a rapporté l’Élysée. Lors d’un entretien téléphonique avec son homologue ukrainien, le chef de l’État « a réitéré (sa) ferme condamnation de l’annexion illégale par la Russie » des quatre régions, selon un communiqué. « Il a réaffirmé la détermination de la France à aider l’Ukraine à retrouver ses pleines souveraineté et intégrité territoriale, et à travailler avec ses partenaires européens à de nouvelles sanctions », poursuit l’Élysée.
En outre, l’Allemagne, le Danemark et la Norvège vont fournir à partir de l’année prochaine seize canons d’artillerie automobiles blindés à l’Ukraine, qui cherche à renforcer son arsenal militaire lourd pour repousser la Russie, a déclaré Berlin dimanche. Les trois pays fournisseurs se sont accordés pour financer ensemble la livraison de canons Zuzana-2, de fabrication slovaque, pour un coût de 92 millions d’euros, a précisé le ministère de la Défense à Berlin. L’Ukraine devrait commencer à les recevoir en 2023.
Népotisme dans l’armée russe
Les difficultés rencontrées depuis plusieurs semaines par les troupes de Moscou entraînent de vives réactions de la part des plus farouches va-t-en-guerre russes. Le dirigeant de la République russe de Tchétchénie et fidèle du Kremlin Ramzan Kadyrov a par exemple appelé samedi l’armée russe à utiliser « des armes nucléaires de faible puissance » en Ukraine après le retrait des Russes de Lyman. Il s’en est également pris au « népotisme » présent, selon lui, au sein des forces armées russes, une des raisons principales des difficultés militaires rencontrées depuis maintenant plusieurs semaines par les troupes de Moscou. « Il n’y a pas de place pour le népotisme dans l’armée, surtout dans les moments difficiles », a-t-il juré dans un message virulent posté sur les réseaux sociaux.
L’Ukraine a condamné d’autre part samedi la « détention illégale » du directeur général de la centrale nucléaire de Zaporijjia (Sud) Igor Mourachov, arrêté pour une raison encore inconnue vendredi par la Russie qui contrôle le site. Dans un communiqué, le chef de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) Rafael Grossi a évoqué une « grave préoccupation ». M. Grossi « devrait se rendre à Kiev et à Moscou la semaine prochaine (cette semaine) », peut-on aussi lire dans le communiqué.
Enfin, le pape François a « supplié » dimanche Vladimir Poutine d’« arrêter » la « spirale de violence » en Ukraine, tout en déplorant profondément les annexions « contraires aux droit international ».
Source : AFP

