Terry Tarpey récupérant l’ultime ballon du match devant les Turcs Cedi Osman et Furkan Korkmaz au bout de la prolongation. Annegret Hilse/Reuters
« Et le miracle s’accomplit. » Nul doute que les dieux du basket avaient choisi leur camp en ce samedi après-midi à Berlin. Menés de deux points à 12 secondes du terme, les Bleus s’apprêtaient à plier bagage au moment où Cedi Osman s’avance sur la ligne des lancers francs. Assis sur le banc, Guerschon Yabusele cache ses yeux à l’aide de ses deux mains, tout comme son voisin de droite, Théo Maledon, qui recouvre l’intégralité de sa tête avec son maillot. Une détresse à la hauteur de la gravité de l’instant : alors qu’il ne reste que 12 petites secondes avant le coup de sifflet final, le numéro 6 de l’équipe turque a l’occasion d’ouvrir à la « Sublime Porte » celle des quarts de finale en reléguant ses adversaires à deux possessions.
D’autant que le joueur de Cleveland a en prime l’assurance de récupérer le ballon à l’issue de ses deux tentatives, grâce à une faute antisportive une nouvelle fois bien sévère venant d’être sifflée à l’encontre de l’ailier tricolore Luwawu-Cabarrot. « On va se maudire de ce 3e quart-temps pendant très longtemps », prédit même George Eddy au micro de Canal+, avant qu’Osman n’envoie son premier lancer... puis son second... qui rebondissent tous deux aux quatre coins du cercle... sans jamais tomber dedans. « Alors peut-être ! » s’exclame le commentateur en exhortant les Français à intercepter l’ultime possession turque de la partie. Profitant de l’extrême fébrilité des hommes d’Ergin Ataman, Evan Fournier exauce ses vœux et ceux de tous les spectateurs français. Ballon en main, il se précipite vers le panier adverse mais subit une faute qui coupe la contre-attaque. Le chronomètre affiche 6 secondes et 9 dixièmes. La remise en jeu est donnée à Thomas Heurtel devant un banc turc désormais aussi livide que son homologue français quelques secondes auparavant. Heurtel retrouve Fournier aux abords de la zone des trois points, il élimine son vis-à-vis avant de tenter sa chance aux 6 mètres. Le tir du meneur des New York Knicks est légèrement trop court et rebondit sur la tranche du cercle turc... avant que l’inévitable Rudy Gobert ne récupère la balle en plein vol pour venir claquer un dunk rageur du haut de ses 2 mètres 18.
« On pensait que c’était fini »
77 partout. Les Bleus arrachent une prolongation inespérée. « C’est le dunk de sa carrière ! » exulte George Eddy à l’unisson avec les coéquipiers du pivot du meilleur défenseur de la NBA qui n’en croient pas leurs yeux : « Dès que j’ai senti que le shoot d’Evan serait un peu court, je me suis préparé à sauter, explique Rudy Gobert en après-match. Je savais que les Turcs allaient faire faute sur moi et que les arbitres n’allaient pas siffler. Donc j’ai tout donné pour récupérer le ballon en premier et arracher la prolongation. »
Auteur d’une nouvelle prestation de haute volée, que ce soit en attaque (20 points) ou en défense (17 rebonds), le vice-capitaine des Bleus a littéralement sauvé les vice-champions olympiques au terme d’une rencontre qu’ils avaient pourtant maîtrisée dans le premier acte.
Comptant jusqu’à 16 longueurs d’avance en première période, ils sont soudainement retombés dans des travers que l’on pensait corrigés après leurs deux dernières sorties face à la Bosnie-Herzégovine et la Slovénie : « Cette faiblesse est vraiment une vulnérabilité difficilement supportable, s’est agacé le sélectionneur français. Surtout dans un match couperet. Il faut que ça s’arrête parce qu’il ne peut pas y avoir de suite. » Coupables de plus d’une vingtaine de pertes de balle et surtout victimes d’un immense trou d’air lors du 3e quart-temps, au cours duquel les Bleus encaissent 26 points dont 19 d’affilée, ils ont laissé les Turcs reprendre confiance, qui ne se sont pas fait prier pour enchaîner les paniers à 3 points et reprendre l’avantage jusqu’à ce dunk salvateur de Gobert.
« La défaite la plus douloureuse de ma carrière »
Pourtant orpheline de son meneur star Shane Larkin, la Turquie avait bel et bien la victoire au bout des doigts à 12 secondes près. Un dénouement d’une rare dramaturgie qui a naturellement terrassé l’entraîneur stambouliote : « Tout le monde est sous le choc. On a perdu un match en prolongations alors qu’on menait de huit point. C’est sans doute la défaite la plus douloureuse de ma carrière en 26 ans de coaching », assène Ergin Ataman en conférence de presse, le regard dans le vide. « Tu as l’impression de survivre à un match que tu aurais dû perdre », confirme Evan Fournier (13 points), qui ne réalise pas non plus comment l’équipe de France s’est sortie de cette situation.Vincent Collet et ses hommes devront se montrer bien meilleurs pour espérer se frayer un chemin jusqu’à leur objectif affiché, à savoir la médaille d’or. Mais leurs deux revers en phase de groupes (face à l’Allemagne et la Slovénie) les ont contraints à un parcours du combattant qui semble plus infranchissable que jamais au regard des failles affichées depuis le début de la compétition.
« On pensait que c’était fini, mais ça ne nous a pas empêchés d’y croire jusqu’au bout », conclut Rudy Gobert, également décisif au cours des 5 minutes de prolongations au cours desquelles la France a inscrit un petit point de plus que ses rivaux, portant ainsi le score final à 87-86. Cette force de caractère à toute épreuve ne sera pas de trop face à la redoutable Serbie de Nikola Jokic, tombeuse hier de l’Italie. Mercredi, le double MVP Nikola Jokic ne sera que la première des trois superstars NBA sur le passage des Bleus. Les hommes de Vincent Collet peuvent en effet retrouver en demi-finale la Slovénie de Luka Doncic, avant une finale face à la Grèce de Giannis Antetokounmpo, à condition bien sûr que tout ce petit monde, à commencer par les Bleus, ne prenne pas la porte avant.
Les outsiders ont fait de la résistance
Dans les autres huitièmes de finale, les favoris ont eu toutes les peines du monde à se défaire d’adversaires pourtant réputés inférieurs. Preuve s’il en fallait encore une que cet Euro 2022 est sans aucun doute le plus relevé de l’histoire.
Dans un succès plus long à se dessiner qu’attendu, les tenants du titre slovènes se sont détachés seulement dans le dernier quart-temps contre une vaillante équipe de Belgique, qui s’est même offert le luxe de passer brièvement devant au score (64-63). Trois jours après avoir signé la deuxième meilleure performance de l’histoire de la compétition (47 points) contre la France, Luka Doncic ne s’est contenté « que » de 35 points face aux quatrièmes du groupe A.
Une nouvelle grosse performance qui lui permet d’enchaîner un troisième match d’affilée avec au moins 35 unités au compteur. « Beaucoup de gens disaient que ce serait un match facile, mais je ne l’ai jamais pensé, a assuré l’arrière des Dallas Mavericks. On a passé la vitesse supérieure pour gagner dans la dernière reprise, mais ce n’était pas un match facile. » Très utilisé (pendant près de 36 minutes), le « Mozart » du basket moderne aura quatre jours pour récupérer avant son quart de finale mercredi face au vainqueur du huitième de finale entre l’Ukraine et la Pologne. Légers frissons pour l’Allemagne également.
La Nationalmannschaft de Dennis Schröder (22 pts) a vu le Monténégro de Kendrick Perry, meilleur marqueur du match avec 25 points, revenir dangereusement à trois points (80-77) en ayant pourtant entamé le dernier quart-temps avec une avance très confortable (67-50). Le pays hôte s’est finalement imposé 85-79 avant de retrouver en quarts la Grèce de l’autre superstar NBA, Giannis Antetokounmpo, vainqueur de la République tchèque.
Dans le dernier match de la journée, l’Espagne a également dû passer par une prolongation pour se dépêtrer du piège tendu par la Lituanie et ses fervents supporters, ayant comme à leur habitude garni les gradins de la Mercedes-Benz Arena de Berlin.
Guidés par leur meneur américain naturalisé Lorenzo Brown (28 points, dont 12 en prolongations), les Espagnols ont finalement renversé les Baltes (102-94) passés dans un trou de souris en huitièmes de finale. Une nouvelle qualification sur le fil pour la Roja, en reconstruction depuis les retraites des frères Pau et Marc Gasol et de Sergio Rodriguez, auxquelles est venue s’ajouter l’absence sur blessure de Ricky Rubio, qui figure toujours parmi les huit meilleures équipes de l’EuroBasket depuis 1977. Les champions du monde en titre défieront quant à eux le vainqueur de la rencontre opposant la Croatie à la Finlande.


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