Un secouriste ukrainien lors d’un exercice dans la ville de Zaporijjia visant à anticiper un éventuel incident à la centrale nucléaire située près de la ville, le 17 août 2022. Dimitar Dilkoff/AFP
La centrale nucléaire ukrainienne de Zaporijjia, occupée par l’armée russe, avait « de nouveau perdu la connexion » au réseau électrique samedi, quelques heures après une proposition de médiation du président turc à son homologue russe dans cette crise. La déconnexion de la plus grande centrale nucléaire d’Europe, dans le sud de l’Ukraine, s’était déjà produite le 25 août. Elle est survenue « après de nouveaux bombardements dans la zone », selon l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), mais la centrale continue cependant de fonctionner « grâce à une ligne de secours » qui l’alimente, permettant ainsi le refroidissement du combustible nucléaire. La dernière ligne encore en fonctionnement « a été endommagée », a expliqué l’AIEA, rappelant que les trois autres avaient été « perdues précédemment pendant le conflit ». « Du fait d’une capacité insuffisante pour deux réacteurs, le réacteur numéro 5 a été arrêté », a précisé l’opérateur ukrainien Energoatom dans un communiqué sur Telegram, imputant les frappes aux forces russes. « Actuellement, le sixième réacteur marche », a-t-il ajouté. L’AIEA, dont six experts sont sur place, a confirmé : « Il produit de l’électricité pour le refroidissement (du combustible nucléaire) et d’autres fonctions de sécurité essentielles. » Une perte totale d’alimentation de la centrale – si le courant arrivant depuis l’extérieur est coupé et que les groupes électrogènes de secours ne fonctionnent pas – risquerait d’entraîner une surchauffe des installations, voire une fusion du cœur d’un réacteur, comme à Fukushima (Japon) en 2011. Depuis des semaines, des bombardements visent régulièrement le site, dont s’accusent mutuellement la Russie et l’Ukraine, au risque d’une catastrophe nucléaire majeure.
Combats près de la centrale
Plus tôt dans la journée de samedi, lors d’un entretien téléphonique, le président turc Recep Tayyip Erdogan avait déclaré à son homologue russe Vladimir Poutine « que la Turquie peut jouer un rôle de facilitation sur la centrale nucléaire de Zaporijjia, comme elle l’a fait pour l’accord sur les céréales » en juillet, avait indiqué la présidence turque dans un communiqué. Celui-ci ne précise pas si Ankara a proposé formellement sa médiation à Kiev. La Turquie veut présenter une proposition prévoyant, comme elle l’avait fait pour l’accord sur les céréales, la création à Istanbul d’un bureau dédié au dialogue entre des organisations internationales, la Russie et l’Ukraine pour trouver un point d’entente sur la question du contrôle technique et des inspections de la centrale.
Hiver de guerre
Sur le dossier, également épineux, du gaz, après l’annonce vendredi soir par le groupe russe Gazprom de la prolongation de la suspension de ses exportations à destination de l’Europe via le gazoduc Nord Stream, l’Union européenne avait affirmé samedi être prête à une coupure totale du gaz russe. Dénonçant « l’utilisation extrême de l’arme du gaz par la Russie », le commissaire européen à l’Économie Paolo Gentiloni a indiqué que les stocks de gaz de l’UE sont actuellement abondés « à environ 80 % ». Selon Gazprom, Nord Stream, qui relie la Russie au nord de l’Allemagne, doit être « complètement » arrêté jusqu’à la réparation d’une turbine. Le groupe russe n’a pas précisé de date de reprise. L’annonce de Gazprom est tombée après la décision vendredi des pays du G7 de plafonner le prix du pétrole russe. La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen avait aussi estimé vendredi qu’« il serait temps de plafonner le gaz russe ». Signe de la gravité de la situation, la Suède, appréhendant un « hiver de guerre », avait indiqué samedi qu’elle allait fournir des garanties financières aux entreprises énergétiques des pays nordiques et baltes, pour un montant de plusieurs « milliards de dollars », afin d’éviter une crise financière déclenchée par la pénurie énergétique en Europe. « Là où la Russie ne peut pas le faire par la force et les armes ordinaires, elle utilise l’arme de l’énergie », avait commenté le président ukrainien Volodymyr Zelensky dans son allocution du soir, appelant les Européens à « plus d’unité » et à renforcer les sanctions contre Moscou.
Source : AFP


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