Sur la piste de Eugene, tout comme pour le 100 m, le podium du 200 m a été 100 % américain. De gauche à droite : Kenneth Bednarek (argent), Noah Lyles (or) et le jeune Erriyon Knighton (bronze). Photo Ben Stansall/AFP
L’un à douze centièmes de seconde du record du monde, l’autre à onze : l’Américain Noah Lyles et la Jamaïcaine Shericka Jackson ont affolé le chrono pour fuser vers l’or mondial du 200 m à Eugene, dans l’Oregon, aux États-Unis.
« J’espérais vraiment que c’était un chrono rapide, mais quand je l’ai vu, je me suis dit : sérieusement ? » s’est étonné le désormais double champion du monde du demi-tour de piste (après 2019), qui en a déchiré son maillot de joie une fois la ligne d’arrivée franchie. « Après ça, je pense que le 200 m va accepter ma demande en mariage », a-t-il plaisanté. Avec ses 19 sec 31 – record personnel amélioré de près de deux dixièmes de seconde –, seuls la légende jamaïcaine du sprint Usain Bolt, détenteur du record du monde en 19 sec 19 depuis 2009, et un autre sprinteur de l’île caribéenne, Yohan Blake (19 sec 26), ont couru plus vite que Noah Lyles sur 200 m dans l’histoire. Mais plus l’icône américaine Michael Johnson, maintenant un centième de seconde moins rapide que Lyles (19 sec 32 en 1996), venu le féliciter en personne au Hayward Field. « J’étais sous le choc, j’avais échangé avec lui sur Twitter, mais je ne l’avais jamais rencontré en vrai, a raconté le vainqueur du jour. C’était la rencontre de deux générations. »
Sur la piste de Eugene, Lyles (25 ans) est monté sur un podium 100 % américain, comme Fred Kerley sur 100 m en début de compétition : il s’est imposé devant Kenneth Bednarek (19 sec 77) – relégué à près d’une demi-seconde – et le tout jeune Erriyon Knighton (19 sec 80), 18 ans seulement. Pour le sprinteur floridien, santé mentale chancelante depuis la pandémie et suivi par une thérapeute, c’est un « jour extraordinaire » : « J’ai montré que je pouvais être plongé dans une tempête d’idées sombres et m’en sortir », a apprécié le médaillé de bronze olympique du 200 m, pourtant arrivé à Tokyo en favori pour l’or. Knighton – promis au football américain et venu à l’athlétisme il y a trois ans seulement – avait, lui, marqué les esprits en courant en 19 sec 49 au printemps. Plus vite que Bolt au même âge. S’il n’a pas réédité une telle performance en finale, il monte néanmoins sur son premier podium mondial, un an après avoir terminé au pied du podium olympique.
Les fusées jamaïcaines n’ont pas réédité sur 200 m leur triplé du 100 m. De gauche à droite : Shelly-Ann Fraser-Pryce (argent), Shericka Jackson (or) et la Britannique Dina Asher-Smith (bronze). Photo Ben Stansall/AFP
La revanche de Shericka
Quelques minutes avant Noah Lyles, c’est Shericka Jackson qui s’était approchée – à onze centièmes de seconde précisément – du vieux record du monde du 200 m de l’Américaine Florence Griffith-Joyner (21 sec 34 en 1988), en 21 sec 45 (vent à +0,6 m/s). Soit le deuxième meilleur chrono de l’histoire, outre un record personnel amélioré d’un dixième de seconde. De quoi prendre sa revanche sur la mésaventure des Jeux de Tokyo, quand, prétendante au podium olympique, elle avait été éliminée dès les séries du 200 m après avoir coupé trop tôt son effort. « J’ai tellement pleuré de ne pas avoir été en finale. J’ai beaucoup appris de l’année dernière », considère, avec le recul, la Jamaïcaine.
À 28 ans, Jackson, ancienne coureuse de 400 m, s’est offert son premier sacre mondial individuel, devant la quintuple championne du monde du 100 m, sa compatriote Shelly-Ann Fraser-Pryce (21 sec 81), et la Britannique Dina Asher-Smith, championne du monde sortante (22 sec 02). « J’adore le sentiment de faire partie des sprinteuses les plus rapides du monde », a-t-elle souri discrètement. Après leur triplé sur 100 m, les fusées jamaïcaines n’ont cette fois occupé « que » les deux tiers du podium, la championne olympique en titre Elaine Thompson-Herah n’ayant terminé que septième (22 sec 39). Jusque-là, Jackson n’avait connu au niveau international qu’argent, sur 100 m à Eugene, et bronze, à quatre reprises (400 m aux JO 2016 de Rio ainsi qu’aux Mondiaux 2013 et 2015, et 100 m aux JO 2020 de Tokyo), hors relais.
À 35 ans et cap maintenu vers les JO 2024 de Paris, Shelly-Ann Fraser-Pryce – chevelure rose cette fois –
continue, elle, d’étoffer sa collection de médailles mondiales : il s’agit de sa treizième. Seuls l’icône américaine Allyson Felix, avec dix-neuf médailles, et deux de ses illustres compatriotes, Usain Bolt et Merlene Ottey, quatorze chacun, ont fait mieux.
Source : AFP

