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Idées - Commentaire

Retour des réfugiés syriens : l’UE face à ses contradictions

Retour des réfugiés syriens : l’UE face à ses contradictions

Une opération de « retour volontaire » à Ersal, en 2017. Archives AFP

Lors de la Conférence de Bruxelles pour le soutien à la Syrie et à la région en mai dernier, le Liban a réitéré son appel au retour des réfugiés de ce pays. Le même mois, Beyrouth a également annoncé officiellement au HCR que le pays ne pouvait plus accueillir de réfugiés syriens, en grande partie en raison de promesses financières non tenues et de la crise que traverse le pays. Enfin, lundi dernier, le ministre sortant des Déplacés Issam Charafeddine a déclaré qu’un « plan de l’État libanais » prévoyait de renvoyer 15 000 réfugiés syriens par mois dans leur pays sur une durée de temps indéterminée.

On peut dès lors se demander comment les principaux partenaires extérieurs, telle l’Union européenne (UE) qui finance l’essentiel de l’aide aux réfugiés, réagissent à ces développements. Et dans quelle mesure la vision de l’UE sur le renforcement de la résilience de ces réfugiés dans un État en détresse s’accorde-t-elle avec la politique libanaise actuelle ?

Dans son « Nouveau Pacte sur l’asile et les migrations », l’UE a fait du retour des réfugiés une priorité. Il s’agit principalement de renvoyer les réfugiés de l’UE vers ce que l’on appelle des « pays d’accueil régionaux », souvent dans la zone MENA. Mais, en partie à cause des mesures de dissuasion des migrations de l’UE, la plupart des réfugiés n’ont jamais quitté ces pays d’accueil. Dans un article publié en février dernier dans la revue Geopolitics, nous abordons certaines des questions soulevées par ces développements en explorant ce que l’UE fait pour maintenir les conditions de retour volontaire, sûr et digne dans les États d’accueil, en nous penchant en particulier sur le cas du Liban.

Bien que l’ONU ait conclu que les conditions d’un retour sûr dans leur pays d’origine ne sont pas réunies, les réfugiés syriens au Liban sont aujourd’hui confrontés à une pression croissante en ce sens. Depuis 2017, la Direction de la Sûreté générale a ainsi supervisé plusieurs opérations dites de « retour volontaire », largement critiquées par plusieurs organisations humanitaires en raison de leur manque de transparence sur le caractère sûr et digne du retour. En 2019, la Sûreté générale a commencé à appliquer des mesures plus sévères conduisant à l’expulsion de Syriens ayant pénétré « illégalement » au Liban. Ces retours forcés, qui ont été officiellement interrompus pendant la pandémie de Covid-19, ont eu lieu dans des circonstances très douteuses et auraient visé des personnes entrées au Liban avant même cette date. Cette insistance libanaise est conforme à sa politique de non-asile établie de longue date et à son auto-identification en tant que pays de transit qui considère le retour comme la seule solution durable.

Tension

L’UE a fait d’énormes investissements au Liban pour aider à renforcer la résilience face au déplacement en cherchant à la fois à améliorer l’autonomie des réfugiés et à renforcer la capacité du Liban à les accueillir. Ce paradigme de la résilience a été l’épine dorsale du « Pacte UE-Liban 2016 », grâce auquel l’UE s’est imposée comme l’un des principaux donateurs dans le pays, aidant le Liban à compenser les coûts d’accueil des réfugiés syriens. Depuis 2011, l’UE a alloué 2,4 milliards d’euros au pays : 670,3 millions en aide bilatérale, 716 millions en aide humanitaire et 1,1 milliard en « aide à la résilience. »

En fait, il existe de notre point de vue une tension entre la rhétorique politique de l’UE sur les retours au Liban et sa programmation politique pratique – une tension qui mine la capacité de l’UE à contribuer à des retours fondés sur les droits. Dans sa rhétorique, l’UE s’aligne sur les principes internationaux de retour dans la dignité et la sécurité, sans néanmoins jamais expliciter son propre rôle dans la réalisation de ces principes. Cette politique de renforcement de la résilience, qui préconise un séjour temporaire mais continu des réfugiés, ignore les facteurs qui poussent les Syriens déplacés à rentrer tout en faisant abstraction des réalités politiques au Liban, et notamment de la pression au retour exercée par le gouvernement.

Les politiciens libanais, qui sont favorables à des retours rapides, voient d’ailleurs dans les termes de « renforcement de la résilience » une sorte de couverture pour l’intégration imposée des réfugiés. Le terme « résilience » a ainsi toujours été considéré avec méfiance par les responsables locaux, qui lui préfèrent le terme « stabilisation » afin d’éviter toute connotation à long terme. Invoquant la présence profondément conflictuelle des déplacés palestiniens au Liban, considérée comme l’un des facteurs ayant contribué à la longue guerre civile du pays, les responsables considèrent l’intégration imposée comme une menace pour la stabilité et la souveraineté du Liban, ce qui justifie les retours prématurés.

Dans ce contexte, la soi-disant politique de « renforcement de la résilience » risque donc de contribuer à la précarité des réfugiés plutôt que de s’attaquer systématiquement aux causes profondes qui provoquent les retours. C’est notamment perceptible dans le plan « Lebanon Compact » signé en 2016 qui canalise l’aide au Liban en échange de la facilitation du séjour des réfugiés par le gouvernement. Le plan reconnaît la prévalence des principes de « non-asile » du Liban sur la création d’un environnement durable de protection des réfugiés, et s’engage par ailleurs à œuvrer pour un retour conforme au droit international et aux intérêts du pays d’accueil, sans reconnaître que ces deux perspectives ne vont souvent pas de pair. L’UE se trouve donc dans une position délicate oscillant entre deux positions politiques difficilement conciliables : consolider la résilience des réfugiés au Liban, tout en répondant au désir du Liban d’accélérer les retours.

Revoir le partenariat

De fait, la vision de l’UE concernant la « résilience des réfugiés » ne s’est jamais concrétisée. En raison de l’effondrement économique du Liban à partir de 2019, plus de 70 % des réfugiés syriens sont tombés sous le seuil de pauvreté et seulement 20 % ont été reconnus comme résidents légaux, malgré les promesses du gouvernement de leur faciliter l’accès aux documents administratifs. Dans ce contexte, réitérer l’importance de la résilience devient illusoire, tout en sapant l’appel même de l’UE à des retours sûrs et dignes.

En outre, si l’UE met en garde contre les retours prématurés en Syrie, elle a en pratique négocié avec le gouvernement libanais des outils politiques qui éludent la création d’un système d’asile fondé sur les droits – un système permettant aux réfugiés de partir dans la dignité et de ne rentrer chez eux que lorsque les conditions deviennent favorables. Cela fait le jeu de ceux qui font pression pour des retours précipités.

Si l’UE veut affirmer de manière convaincante que sa politique migratoire extérieure est plus qu’une forme d’endiguement qui sacrifie régulièrement les droits des réfugiés, il est grand temps de revoir son partenariat avec le Liban. Cela nécessite une réflexion critique sur la résilience en tant que paradigme privilégié des partenariats migratoires. Ce paradigme est politiquement fonctionnel dans la mesure où il reconnaît la temporalité tout en prônant l’autonomie. Mais il brouille ainsi la responsabilité quant aux résultats précis à en attendre et à la manière dont ces derniers interagissent avec des facteurs locaux allant dans le sens inverse – par exemple, les hypothèses d’autonomisation et d’autosuffisance des réfugiés, ancrées dans l’imaginaire de la résilience, pourraient désormais servir à présenter leur « déportation douce » en retour volontaire.

En fin de compte, l’UE devrait repenser la manière dont sa politique migratoire pourrait s’engager non seulement dans la création de solutions plus durables dans les États d’accueil, mais également dans les conséquences ultérieures de ces « solutions » afin de déterminer comment elles peuvent entraver ou au contraire faciliter les voies du retour volontaire des réfugiés dans la sécurité et la dignité.

Ce texte est une traduction synthétique et actualisée d’un article publié en anglais sur le site du LCPS.

Tamirace Fakhoury, Professeure associée de sciences politiques et d’études sur les migrations mondiales à l’Université d’Aalborg au Danemark et chercheuse principale au LCPS.

Nora STEL, Professeure adjointe en études des conflits à l’Université Radboud de Nimègue (Pays-Bas).


Lors de la Conférence de Bruxelles pour le soutien à la Syrie et à la région en mai dernier, le Liban a réitéré son appel au retour des réfugiés de ce pays. Le même mois, Beyrouth a également annoncé officiellement au HCR que le pays ne pouvait plus accueillir de réfugiés syriens, en grande partie en raison de promesses financières non tenues et de la crise que traverse le pays....

commentaires (4)

Le jour où les pays de L’UE accueilleraient le tier de leur population dans leurs pays respectifs nous nous montrerons plus hospitaliers. En attendant, le peuple  libanais ne peut pas subvenir aux besoins de sa population affamée, sans eau ni électricité pour partager ce qu’il n’a pas avec des populations arrivées sans leur accord et privilégiées puisqu’elles bénéficient d’aide mensuelles en dollars frais que que les libanais n’ont même plus de moyens pour survivre puisque leur argent a été volé par les politiciens avec qui l’Europe et les pays occidentaux continuent de négocier pendant qu’ils continuent leur pillage du peuple et le massacre du pays. Nous ne reconnaissons aucune décision de ces pays là et nous exigeons le départ de tous les réfugiés dans les pays voisins plus vastes et plus prospères. Le Liban ne peut pas supporter toute la misère du monde, la sienne lui suffit amplement.

Sissi zayyat

11 h 40, le 10 juillet 2022

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Commentaires (4)

  • Le jour où les pays de L’UE accueilleraient le tier de leur population dans leurs pays respectifs nous nous montrerons plus hospitaliers. En attendant, le peuple  libanais ne peut pas subvenir aux besoins de sa population affamée, sans eau ni électricité pour partager ce qu’il n’a pas avec des populations arrivées sans leur accord et privilégiées puisqu’elles bénéficient d’aide mensuelles en dollars frais que que les libanais n’ont même plus de moyens pour survivre puisque leur argent a été volé par les politiciens avec qui l’Europe et les pays occidentaux continuent de négocier pendant qu’ils continuent leur pillage du peuple et le massacre du pays. Nous ne reconnaissons aucune décision de ces pays là et nous exigeons le départ de tous les réfugiés dans les pays voisins plus vastes et plus prospères. Le Liban ne peut pas supporter toute la misère du monde, la sienne lui suffit amplement.

    Sissi zayyat

    11 h 40, le 10 juillet 2022

  • Au moment où la majorité des réfugiés disent ne pas pouvoir rentrer dans leur pays car cela constituerait un danger pour eux, ils passent la frontière plusieurs fois par an parfois mensuellement (sans danger cette fois) afin de ramener à leurs mères quelques dollars précieux ou de visiter leur famille restée la bas. Là ils ne sont pas embêtés par les soldats du régime.Nous en connaissons même qui sont repartis installer leurs familles en syrie et retournés vivre au Liban pour toucher leurs allocations. Qu'on n'insulte pas notre intelligence de grâce.....

    C EL K

    15 h 25, le 09 juillet 2022

  • de grace, arretez faire de ces analyses depassees , non pas a cause des evenements actuels dus a l'invasion de l'Ukraine, mais bel et bien depasses depuis TOUJOURS ! ll n'y a jamais eu un seul cas ou les nobles et genereuses instances int'l, pays, groupe de pays( UE ), avaient ete telles que promises-financierement parlant aussi bien que moralement ni surtout politiquement ! PS. a moins que les menaces de notre cher ministre charafedine n'ait eu pour effet de leur faire peur... surtout faire peur a notre grand frere le fiston du heros des arabes et surtout des libanais patriotes, je nomme B assad .

    Gaby SIOUFI

    09 h 15, le 09 juillet 2022

  • Les Européens sont on ne peut plus clairs: le Liban est destiné a être leur dépotoir de réfugiés. Mais ce n'est pas un souci. En effet, une large partie des libanais désire accueillir encore plus de réfugies syriens et palestiniens, car ils ne voient pas en quoi ceux-ci sont différents d'eux-mêmes, ni en quoi ils gênent. Ils parlent la même langue et partagent les mêmes traditions, religion et cultures. Ou est le problème?

    Mago1

    00 h 22, le 09 juillet 2022

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