Le chef de la France insoumise et de la gauche unie Nupes (LFI, PS, EELV, PCF), Jean-Luc Mélenchon, hier à Paris. Christophe Archambault/AFP
Tout juste rentré d’Ukraine, le président Emmanuel Macron a plaidé l’unité de la France hier au dernier jour de la campagne du second tour des élections législatives où il joue sa majorité parlementaire et, au-delà, sa capacité à gouverner. À l’opposé, le leader de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon a mis en garde contre une « pagaille » si les Français ne tranchent pas nettement demain, les incitant à aller voter. À J-2, le président français a dit revenir « concentré, marqué » par ce qu’il a vu en Ukraine la veille, plaidant dans cet entretien à la chaîne BFMTV le besoin « d’une France vraiment européenne qui puisse parler d’une voix claire et nette ».
Les oppositions n’ont cessé depuis mardi de lui reprocher son absence du sol français pour ce déplacement en Roumanie et en Moldavie puis dans le pays en guerre en pleine campagne électorale. « Il a considéré que les élections législatives étaient une formalité », a déploré hier Jean-Luc Mélenchon qui a pris la tête d’une alliance inédite de partis de la gauche venant menacer la majorité de M. Macron à l’Assemblée nationale. La polémique a pris un tour d’autant plus virulent que le président avait dramatisé l’enjeu juste avant de décoller mardi, mettant en garde contre des « extrêmes » qui viendraient semer le « désordre » en France. « Le président est dans son rôle » et « moi je suis à l’action ici, (...) à fond sur le terrain », a affirmé de son côté hier la Première ministre Élisabeth Borne, elle-même candidate, en exhortant les électeurs à donner « une majorité solide » demain à M. Macron.
Trois paramètres incertains
La campagne s’est achevée hier à minuit sur un ton envenimé, le camp du président Macron (Ensemble!) et l’alliance de gauche de Jean-Luc Mélenchon (Nupes), arrivés au coude-à-coude au premier tour le 12 juin, se livrant une bataille acharnée. L’enjeu du second tour est de savoir si deux mois après sa réélection le 24 avril pour un second mandat de cinq ans, le chef de l’État disposera d’une majorité absolue ou simple à l’Assemblée nationale à l’issue du scrutin. Au-delà, Emmanuel Macron joue ses projets de réformes en profondeur de la France, sur les retraites notamment.
De son côté, M. Mélenchon caresse l’espoir, si son alliance l’emporte demain, de devenir Premier ministre. Ce scénario paraît très improbable, mais les derniers sondages publiés hier suggèrent qu’Emmanuel Macron pourrait ne pas obtenir la majorité absolue à l’Assemblée nationale. Selon le baromètre Ipsos, Ensemble ! arrive en tête avec 265 à 305 députés, sans certitude donc d’obtenir la majorité absolue de 289 sièges. Un autre institut Elabe donne de 255 à 295 sièges pour le camp Macron. Côté Nupes (Nouvelle union populaire, écologique et sociale), Ipsos prévoit 140 à 180 députés. Elabe est plus optimiste, avec 150 à 200 élus. « Tout dépend de la dynamique de campagne, de l’abstention et du report de voix », explique le président de l’institut Elabe, Bernard Sananès.
Mélenchon agite le spectre de la « pagaille »
« Il faut que vous alliez voter. (...) Si vous ne tranchez pas net ce que vous voulez, ça sera la pagaille pendant des mois », a déclaré M. Mélenchon, s’adressant notamment aux jeunes. Car, comme au premier tour où un Français sur deux a boudé les urnes, l’abstention s’annonce à nouveau massive demain. Dans cette drôle de campagne, le sujet climatique, grand absent jusqu’alors, s’est invité dans le débat fort d’une canicule exceptionnelle en France.
M. Mélenchon a attaqué « l’inaction climatique » – l’État français a été condamné par deux fois par la justice – d’Emmanuel Macron qui croit, selon lui, « que le marché va tout régler ».
Parmi les enjeux du scrutin : un troisième bloc constitué de la formation d’extrême droite de Marine Le Pen espère atteindre la barre des 15 élus pour former un groupe dans l’Assemblée nationale. Ce serait seulement la seconde fois dans l’histoire du parti, pour qui le mode de scrutin majoritaire à deux tours n’est pas favorable. « Nous serons des députés combatifs, en espérant qu’Emmanuel Macron devienne un président minoritaire », a déclaré Mme Le Pen en campagne dans son fief du nord de la France, appelant elle aussi les Français à voter.
La droite classique table elle sur une soixantaine de députés pour jouer les arbitres dans la future Assemblée nationale. Et plusieurs ministres dont Clément Beaune (Europe) ou Amélie de Montchalin (Transition écologique) jouent leur avenir politique dans des courses serrées en région parisienne. Les Français hors métropole, dans les territoires comme les Antilles notamment ou résidant à l’étranger, votent dès aujourd’hui.
Source : AFP

