Des obus qui ont frappé la ville de Kharkiv sont stockés par les Ukrainiens. Sergey Bobok/AFP
L’Union européenne a accusé hier la Russie de « chantage » au gaz après qu’elle eut fermé le robinet d’« or bleu » à la Pologne et à la Bulgarie, tandis que Moscou affirmait avoir détruit « une grande quantité d’armes » fournies par les Occidentaux à l’Ukraine.
Au moment où les Occidentaux intensifient leurs efforts pour armer les Ukrainiens face à la Russie, le ministère russe de la Défense a affirmé que « des hangars avec une grande quantité d’armes et de munitions étrangères, livrées aux forces ukrainiennes par les États-Unis et des pays européens, avaient été détruits avec des missiles Kalibr tirés de la mer sur l’usine d’aluminium de Zaporijjia », dans le sud de l’Ukraine. Le gouverneur de cette région a cependant démenti cette affirmation russe. « Aucun dépôt de munitions et d’armes n’a été touché à Zaporijjia », a-t-il assuré, ajoutant que l’usine atteinte « n’était plus opérationnelle depuis six ans ».
Les troupes russes bombardent par ailleurs ponts et voies ferrées pour ralentir les livraisons d’armes occidentales à l’Ukraine, avait souligné mardi un conseiller du ministre ukrainien de l’Intérieur, après la destruction d’un pont stratégique reliant ce pays à la Roumanie.
Ces frappes russes interviennent dans le contexte de la réunion mardi en Allemagne d’une quarantaine de pays, à l’invitation des États-Unis, pour coordonner une accélération des livraisons d’équipements militaires que l’Ukraine réclame pour repousser l’invasion russe. La chef de la diplomatie britannique Liz Truss a appelé hier, dans un discours à Londres, à « redoubler le soutien » à l’Ukraine et à se préparer à une guerre « sur le long terme ». « Armes lourdes, chars, avions – creuser dans nos stocks, accélérer la production, nous devons faire tout ça », a-t-elle notamment déclaré.
L’armée russe, qui intensifie depuis deux semaines son offensive sur le Donbass, a aussi annoncé avoir effectué des frappes aériennes contre 59 cibles ukrainiennes.
De son côté, l’armée ukrainienne a, fait rare de sa part, reconnu des avancées russes dans l’Est, dans la région de Kharkiv et dans le Donbass, une région industrielle que des séparatistes prorusses contrôlent déjà en partie depuis 2014.
Musique techno sous les bombes
Kiev a admis que les Russes avaient pris des localités s’égrenant du nord au sud, à l’ouest de zones déjà sous contrôle de l’armée russe, laissant penser que Moscou veut prendre en étau une large poche encore aux mains des Ukrainiens. Victime des bombardements dans cette région, une femme a été tuée mercredi lorsqu’un hôpital a été touché à Severodonetsk, a dit sur Telegram le gouverneur de la région de Lougansk Serguiï Gaïdaï.
Plus au nord, à Kharkiv, dont les quartiers nord et est sont à moins de 5 km de la ligne de front, au moins trois personnes ont péri et 15 ont été blessées, a déclaré le gouverneur Oleg Synegoubov sur Telegram, ajoutant : « Les Russes continuent leurs tirs d’artillerie et de mortier contre des quartiers d’habitation de Kharkiv et de sa région. »
Mais les bombes ne découragent pas trois jeunes bénévoles, Nazar, Alexiï et Oleg, qui, le coffre rempli à ras bord de vivres, musique techno à fond, livrent chaque jour de l’aide humanitaire dans des zones de cette cité régulièrement visées par les roquettes russes. « Notre principal objectif est de nourrir des enfants et des personnes âgées, ils en ont le plus besoin », a expliqué Nazar Tichtchenko, 34 ans.
Extension du conflit
Hors d’Ukraine, le groupe russe Gazprom a annoncé hier avoir suspendu toutes ses livraisons de gaz à la Bulgarie et à la Pologne, assurant que ces deux pays n’avaient pas payé en roubles, comme l’exige depuis mars le président russe Vladimir Poutine. Dénonçant un nouveau « chantage au gaz », la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a affirmé que ces deux pays membres de l’UE et de l’OTAN, très dépendants du gaz russe, étaient désormais approvisionnés « par leurs voisins de l’Union européenne ». « Il ne s’agit pas de chantage », mais d’une réponse à « des actes inamicaux », a rétorqué le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov, une allusion au gel des réserves de devises étrangères russes détenues à l’étranger.
Ces événements surviennent à un moment où de nombreuses chancelleries s’inquiètent du risque d’extension du conflit, après une série d’explosions, attribuées par Kiev à Moscou, dans la région séparatiste prorusse de Transdniestrie, en Moldavie. « Nous condamnons fermement de telles actions. Les autorités moldaves veilleront à empêcher la république d’être entraînée dans un conflit », avait déclaré mardi la présidente moldave Maïa Sandu, exhortant les Moldaves au calme. « La Russie veut déstabiliser la région de Transdniestrie, ce qui suggère que la Moldavie devrait s’attendre à recevoir des “invités” », avait de son côté déclaré le conseiller de la présidence ukrainienne Mikhaïlo Podoliak, parlant des soldats russes. Paris a réitéré son soutien à la Moldavie, face aux « risques de déstabilisation » et Washington a mis en garde contre « une escalade des tensions » autour de la Transdniestrie.
Hier, les autorités de ce territoire séparatiste ont déclaré qu’un village frontalier hébergeant un important dépôt de munitions de l’armée russe avait été la cible de tirs en provenance d’Ukraine.
Réfugiées en danger
Sur le front économique, la Commission européenne a proposé hier de suspendre pendant un an tous les droits de douane sur les produits ukrainiens importés dans l’UE. La proposition doit encore être approuvée par le Parlement européen et les 27 États membres. Le Royaume-Uni avait déjà annoncé lundi la suppression de ses droits de douane sur les produits importés d’Ukraine. Quant aux conséquences de la guerre sur les économies de l’UE, l’Allemagne a annoncé hier revoir à 2,2 % ses prévisions de croissance pour 2022, contre 3,6 % prévu en janvier, et s’attendre à une inflation presque deux fois plus élevée, de 6,1 %.
Le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres, attendu jeudi à Kiev après une visite à Moscou mardi, avait appelé de Russie les deux belligérants à travailler en coordination avec l’ONU pour permettre l’ouverture de couloirs humanitaires en Ukraine.
La meilleure façon d’aider les personnes prises au piège dans ce pays est de négocier des « pauses humanitaires » dans les combats plutôt que des corridors, trop difficiles à mettre en œuvre, a estimé hier le patron d’une importante ONG, le Conseil norvégien pour les réfugiés (NRC). Près de 5,3 millions d’Ukrainiens ont fui leur pays depuis l’invasion russe déclenchée le 24 février. Quelque 90 % des réfugiés sont des femmes et des enfants – les autorités de Kiev n’autorisant pas les hommes de 18 à 60 ans, en âge de porter les armes, à quitter l’Ukraine.
Outre les combats et les bombardements, les violences sexuelles sont, du fait des belligérants, de la famille d’accueil, voire des travailleurs humanitaires, une menace omniprésente pour les Ukrainiennes, s’est alarmée Colleen Roberts, du Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR) en Moldavie.
Source : AFP

