Un prêtre prie lors d’un enterrement de victimes de l’armée russe à Boutcha, le 18 avril 2022. Yasuyoshi Chiba/AFP
La Russie a déclaré hier avoir mené une dizaine de frappes sur l’est de l’Ukraine qu’elle entend « libérer », le chef de la diplomatie russe évoquant le début d’une « nouvelle phase » de la guerre qui dure depuis bientôt deux mois.
Au lendemain de l’annonce par Kiev d’une nouvelle offensive d’ampleur de Moscou dans l’est de l’Ukraine, les forces armées ukrainiennes ont confirmé que les Russes avait « intensifié leur offensive » tout le long de la ligne de front dans l’est du pays.
Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a affirmé qu’une « nouvelle phase de l’opération » militaire russe avait commencé. « Je suis convaincu que cela sera un moment très important pour cette opération spéciale », a-t-il déclaré à la presse indienne. Le ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou a dit suivre le « plan de libération » des « républiques » séparatistes prorusses de Donetsk et Lougansk (est de l’Ukraine), établi par le président russe Vladimir Poutine qui a reconnu leur indépendance. Les forces aériennes russes ont tiré des « missiles de haute précision » et neutralisé 13 places fortes de l’armée ukrainienne, a affirmé son ministère, appelant les Ukrainiens à la reddition.
Les autorités locales ukrainiennes ont appelé les habitants à fuir cet « enfer », malgré l’absence de couloirs humanitaires.
Ces dernières semaines, après avoir échoué à prendre le contrôle de la région de Kiev, la campagne militaire russe s’est réorientée sur le bassin du Donbass, partiellement contrôlé par les forces prorusses depuis 2014.
La « bataille pour le Donbass » a commencé, a affirmé lundi soir le président ukrainien Volodymyr Zelensky. « Une très grande partie de l’ensemble de l’armée russe est désormais consacrée à cette offensive. »
Selon un haut responsable américain du département de la Défense, la Russie a augmenté sa présence militaire dans l’est et le sud de l’Ukraine, portant à 76 le total de bataillons dans le pays.
« C’est l’enfer »
Des militaires ukrainiens ont été vus se diriger par bus vers Kramatorsk, la capitale du Donbass, tandis que les autorités locales appelaient la population civile à évacuer. « C’est l’enfer », s’est ému lundi soir sur Facebook le gouverneur ukrainien de la région de Lougansk, Serguiï Gaïdaï. Les combats « sont incessants » dans plusieurs villes. « Partez ! » a-t-il ordonné hier à ses concitoyens. « Des milliers d’habitants de Kreminna n’ont pas eu le temps de partir et maintenant, ils sont otages des Russes. » Kreminna, qui comptait environ 18 000 habitants avant la guerre et est située à une cinquantaine de kilomètres au nord-est de Kramatorsk, est tombée aux mains des Russes, selon lui.
Des combats ont lieu également à Roubijné (15 km à l’est de Kreminna) et à Popasna (75 km au sud), selon M. Gaïdaï, qui a évoqué un bilan de 200 morts.
L’armée russe « concentre ses efforts » pour s’emparer de Marioupol (Sud-Est), Popasna, Roubijné, Severodonetsk, tout près de Lyssytchansk où la situation est « très, très tendue », selon le maire de la ville.
Dans la région voisine de Donetsk, celle de Lougansk, les Russes bombardent « en direction de Mariïnka, Otcheretyne et Avdiïvka », a signalé hier son gouverneur, Pavlo Kyrylenko, sur Telegram.
Faute d’accord avec les Russes, aucun couloir d’évacuation de civils n’a pu être organisé mardi dans le pays, et ce pour la troisième journée consécutive, avait indiqué la vice-Première ministre ukrainienne Iryna Verechtchouk.
La Russie a cependant annoncé peu après avoir ouvert un couloir censé permettre aux forces ukrainiennes ayant décidé de se rendre de sortir de Marioupol, port stratégique sur la mer d’Azov, assiégé depuis début mars par les troupes russes.
Nouvel ultimatum
Dans cette ville où les autorités craignent la mort de 20 000 à 22 000 civils, les combats se concentrent autour du complexe métallurgique d’Azovstal. Des combattants ukrainiens y sont retranchés, mais aussi « au moins 1 000 civils, la plupart des femmes, des enfants et des personnes âgées, dans les abris souterrains » de l’usine, a affirmé hier le conseil municipal de Marioupol sur Telegram. « Il y a des combats en cours, des combats de rue (...) mais aussi des combats de chars », a affirmé M. Kyrylenko sur la chaîne américaine CNN, assurant que les forces ukrainiennes résistaient toujours.
La Russie, qui a appelé mardi les défenseurs de Marioupol à cesser « leur résistance insensée » après un premier ultimatum dimanche, est déterminée à s’emparer de ce port. Sa prise lui permettrait de consolider ses gains territoriaux le long des côtes de la mer d’Azov, en reliant le Donbass à la Crimée, et de libérer des troupes pour d’autres opérations.
Combats sur tous les fronts
Dans l’Est toujours, des divisions de missiles antiaériens Tor ont été transférées dans la région de Kharkiv et des systèmes antiaériens S-400 et S-300 ont été déployés dans la région russe de Belgorod près de la frontière avec l’Ukraine, selon l’état-major ukrainien. À Kharkiv même, deuxième ville d’Ukraine, de nouveaux bombardements ont fait hier trois morts et 16 blessés.
La Russie a aussi fait état de dizaines d’autres frappes de missiles dans le sud de l’Ukraine, autre ligne de front.
Moscou, qui occupe déjà la ville de Kherson, « concentre ses forces » pour avancer vers la région de Mykolaïv, plus à l’ouest, où les bombardements se sont intensifiés, a indiqué mardi Natalia Goumeniouk, porte-parole du commandement sud des forces armées ukrainiennes.
La ville occidentale de Lviv, proche de la frontière polonaise et longtemps épargnée, avait aussi subi de « puissantes » frappes lundi qui ont fait sept morts, d’après les autorités locales. Non loin de Lviv, un important dépôt d’« armements étrangers », provenant des États-Unis et de l’Union européenne, a été détruit, selon Moscou.
De son côté, le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a dénoncé hier l’offensive russe et demandé aux deux parties d’arrêter les combats pour une « pause humanitaire » de quatre jours, à l’occasion de la Pâque orthodoxe, « pour permettre l’ouverture d’une série de couloirs humanitaires ».
Prisonniers libérés, diplomates expulsés
Soixante-seize Ukrainiens ont été libérés dans un nouvel échange de prisonniers avec la Russie, a annoncé Kiev mardi, sans révéler le nombre de Russes libérés. Moscou n’a pas confirmé cet échange. La Russie a en revanche indiqué avoir expulsé 36 diplomates belges et néerlandais, en représailles à une mesure similaire prise par Bruxelles et La Haye.
Alors que les États-Unis ont annoncé lundi l’arrivée aux frontières ukrainiennes des premières cargaisons de leur nouvelle tranche d’aide militaire (d’un montant de 741 millions d’euros), le ministre russe Choïgou a accusé les États-Unis et les Occidentaux de « tout faire pour faire durer au maximum » la guerre, poussant Kiev à « se battre jusqu’au dernier des Ukrainiens ».
Par ailleurs, le président américain Joe Biden s’est réuni hier virtuellement avec les principaux alliés des États-Unis, a annoncé la Maison-Blanche, une réunion consacrée à l’Ukraine. Les dirigeants français Emmanuel Macron, britannique Boris Johnson, allemand Olaf Scholz, roumain Klaus Iohannis, polonais Andrzej Duda, italien Mario Draghi, canadien Justin Trudeau et japonais Fumio Kishida y participaient. Le secrétaire général de l’OTAN Jens Stoltenberg participait aussi à l’appel, ainsi que les présidents de la Commission européenne et du Conseil européen, Ursula von der Leyen et Charles Michel, a précisé la Maison-Blanche.
« Le soutien continu à l’Ukraine et les efforts visant à s’assurer que la Russie rende des comptes » étaient au menu des discussions.
Après les ambassades italienne et française qui se sont réinstallées à Kiev ces derniers jours, l’Espagne devrait bientôt les rejoindre et son Premier ministre, Pedro Sánchez, se rendra « bientôt » en Ukraine, ont indiqué des sources gouvernementales espagnoles. Le président ukrainien espère en outre obtenir pour son pays « dans les semaines à venir » le statut de candidat à l’adhésion à l’UE.
Source : AFP


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