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Culture - Théâtre

Boire, fumer et aimer nuisent dangereusement à la santé...

Dans un Beyrouth totalement déboussolé, la petite salle du théâtre Monnot propose l’un des plus célèbres monodrames lyriques sur une rupture amoureuse : « La voix humaine » de Jean Cocteau, sous le titre « Allo », (très) librement adaptée en arabe et interprétée par Angela Khalil, dans une mise en scène de Hagop Der Ghougassian.

Boire, fumer et aimer nuisent dangereusement à la santé...

Angela Khalil dans le monologue de Cocteau adapté librement en arabe et mis en scène par Hagop Der Ghougassian. Photo DR

Un petit espace vide tenant lieu de chambre où domine une grande table en bois lustré avec un téléphone, un minuscule lampadaire et un désordre occasionné, on le saura plus tard, par une femme délaissée en proie à une dépression avancée… Apparaît l’actrice, cheveux dénouées telle une Madeleine en pleurs, dans un froufrou de nuisette rouge vermillon digne d’une maison de plaisir…

Ce personnage mythique d’une femme lançant ses derniers cris d’amour rageurs, désespérés, vindicatifs, a été créé par Jean Cocteau dans sa tragédie en un acte pour une actrice seule en scène, La voix humaine (1930). Ce monologue d’une femme conversant pour la dernière fois au téléphone avec son amant a été joué au théâtre, au cinéma et à l’opéra. L’occasion pour plusieurs actrices en haut de l’affiche de s’illustrer. On nomme au moins Édith Piaf, Simone Signoret, Anna Magnani, Tilda Swinton…Dans une langue arabe qui manque souvent d’élégance, Angela Khalil (bien trop jeune pour ce rôle !) se gave de whisky, amoncelle les mégots de cigarette dans le cendrier et se ruine l’estomac avec des sédatifs et des anxiolytiques. Et balance, dans une pathétique hystérie gestuelle et verbale, sa douleur d’être abandonnée. Le téléphone est sa dernière ressource pour s’accrocher à celui qu’elle aime, déjà bien parti... Présence masculine qu’on n’entendra pas un seul moment dans ce monologue de la souffrance, de la dérive et de la solitude où les silences sont autant de coups de poignard dans une liaison qui s’évapore.

La mise en scène de Hagop Der Ghougassian est sobre avec un éclairage net, constant, sans zones d’ombre. L’idée de libération du téléphone qui résonne dans le vide est intéressante. Elle permet ainsi à l’actrice de se donner à sa performance et à ses gesticulations, faites de désarroi, d’insurmontable chagrin dû à un cœur en miettes, totalement brisé.

Parler d’amour, même malheureux et blessé, change les Libanais du mal de vivre dans lequel ils sont profondément engoncés. Vieille de presque cent ans, cette œuvre, où le téléphone était un outil unique et majeur de communication, a encore la primeur de l’universalité des intermittences du cœur. En serait-il ainsi dans l’avenir, avec internet, le cellulaire, le courrier électronique ? Ne risque-t-elle pas d’avoir pris une ride ?

Mais avec les jeunes, souffle inextinguible et sang neuf d’un pays, le théâtre a encore pas mal de ressources pour le divertissement, la curiosité, l’enrichissement et l’apaisement par la culture. Tout lever de rideau est une invitation pour une vision nouvelle de la vie…

Théâtre Monnot

Salle acte 1, ce jeudi 31 mars le soir, ainsi que du 1er au 3 puis du 7 au 10 avril, avec possibilité de prolongation à annoncer ultérieurement. Billets en vente à la librairie Antoine.


Un petit espace vide tenant lieu de chambre où domine une grande table en bois lustré avec un téléphone, un minuscule lampadaire et un désordre occasionné, on le saura plus tard, par une femme délaissée en proie à une dépression avancée… Apparaît l’actrice, cheveux dénouées telle une Madeleine en pleurs, dans un froufrou de nuisette rouge vermillon digne d’une maison de...

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