L’Inter Milan, accroché dimanche dans la nuit sur le terrain du Torino (1-1, sur la photo), laisse filer l’AC Milan en tête de la Serie A (1re div. de football), à l’issue d’une 29e journée du championnat italien qui a permis de décanter la situation dans la bataille pour la Ligue des champions. Marco Bertorello/AFP
La règle des buts comptant double à l’extérieur en cas d’égalité, c’est fini et ça fait parler : sa récente abrogation suscite des réactions variées, entre nostalgiques de la calculette en Ligue des champions (C1) de football et partisans de la réforme, « plus claire » pour départager les équipes.
Le ballon rond européen vit une petite révolution avec la décision de l’UEFA (la Confédération européenne de foot) de supprimer cette règle historique, instaurée en 1965, à une époque où les voyages continentaux étaient un périple et les buts inscrits chez l’adversaire, une performance relevée. Depuis le début de la phase à élimination directe des Coupes d’Europe, à la mi-février, les principaux intéressés doivent s’habituer à ne plus considérer qu’une défaite (2-1) à l’extérieur est un bon résultat, car un succès (1-0) au match retour à domicile n’est plus synonyme de qualification... mais de prolongation.
« Quand les entraîneurs ont été consultés, j’étais dans la majorité qui était favorable au changement de règle, parce que cela rend les résultats plus clairs et plus compréhensibles », a tranché Thomas Tuchel, l’entraîneur de Chelsea. « Je n’ai jamais compris pourquoi (3-1) devait être un moins bon ou un meilleur résultat que (2-0) », a ajouté le technicien des champions d’Europe en titre, en déplacement demain mercredi à Lille en huitièmes de finale retour de la C1 (match aller 2-0). Un avis partagé par Unai Emery, ancien entraîneur d’un Paris Saint-Germain qui avait peut-être péché par excès de confiance en 2017 après sa victoire (4-0) face au FC Barcelone, sans but concédé à domicile... avant de subir la fameuse « remontada » (6-1) à l’extérieur au retour. « Maintenant, il faut gagner, c’est tout. Et c’est normal. C’est ce qu’il faut faire dans le football depuis toujours », a commenté l’Espagnol, aujourd’hui sur le banc de Villarreal et opposé à la Juventus Turin demain mercredi également (match aller 1-1).
Au moment de la réforme en juin 2021, le président de l’UEFA, Aleksander Ceferin, pointait une règle devenue source « d’injustice », notamment en prolongation lorsqu’un but de l’équipe visiteuse contraignait son adversaire à marquer deux fois. « C’est plus juste maintenant, parce que ça t’oblige à ne pas perdre, à gagner toujours », a abondé Diego Simeone, l’entraîneur de l’Atlético Madrid, qui défie Manchester United cette nuit (match aller 1-1). Pour Gian Piero Gasperini, entraîneur de l’Atalanta Bergame, qui a battu Leverkusen en Ligue Europa mais concédé deux buts à domicile (3-2), cette réforme « change les choses ». « Cette nouvelle formule me semble plus juste, sans doute plus difficile, mais plus juste car celui qui passe est celui qui a marqué un but en plus », note-t-il.
Autre argument avancé contre cette règle : son abandon promettrait des matches plus échevelés, car sans calcul, et des dénouements irrespirables en cas de prolongation et de tirs au but. « Ça va créer plus de suspense. Il y aura plus de rencontres qui iront en prolongation », fait valoir l’ancienne gloire du football allemand Karl-Heinz Rummenigge, ex-patron du Bayern Munich et membre du comité exécutif de l’UEFA. Un avis partagé par son compatriote Thomas Tuchel même si, pour l’instant, les huitièmes de finale (aller et retour) n’ont donné lieu à aucune prolongation. « Pour le moment, j’ai plutôt l’impression que cela permet d’être plus offensif parce qu’on pense plus à marquer en ayant moins peur de prendre un but », a noté Tuchel.
Reste que certains sont plus réservés, comme Jürgen Klopp, l’entraîneur de Liverpool, qualifié pour les quarts de finale de la C1 aux dépens de l’Inter Milan (aller 2-0, retour 0-1). « Longtemps dans ma vie, j’ai suivi la Ligue des champions à la télé plutôt que de la disputer et j’aimais bien cette règle », a-t-il commenté. « Je ne sais pas exactement pourquoi ils l’ont enlevée, mais maintenant elle n’existe plus, c’est O.-K., dit-il. Mais je pense que cela n’aura pas d’impact majeur. » Quant à Massimiliano Allegri, entraîneur de la Juventus Turin, il est également dubitatif. « Ce que ça change ? Je ne le sais même pas moi. Sur l’approche du match, ça ne change pas », a soupesé l’Italien, alors que la Juventus a été éliminée en huitièmes de finale de la C1 ces deux dernières saisons à cause de cette règle, contre Lyon (aller 0-1, retour 2-1) et Porto (aller 1-2, retour 3-2 après prolongation).
Le mot de la fin est pour Tuchel, après la victoire (2-0) à l’aller contre Lille sans prendre de but à domicile : « Avec la règle du but à l’extérieur, ça aurait encore été un meilleur résultat », a-t-il plaisanté.
Haller à la poursuite de Lewandowski
Quoi qu’il en soit, le suspense reste entier avant les matches des huitièmes de finale retour de la Ligue des champions cette nuit à Old Trafford, où Manchester United et Cristiano Ronaldo reçoivent l’Atlético Madrid (1-1 à l’aller), et à Amsterdam, où l’Ajax de Sébastien Haller accueille le Benfica Lisbonne (2-2 à l’aller). L’abandon donc de la règle du « but à l’extérieur » en cas d’égalité sur les deux matches pimente encore un peu plus cette soirée européenne, en Angleterre comme aux Pays-Bas : en cas de nul à l’aller, il faut gagner au match retour, ou en passer par la prolongation !
Dans son stade, Manchester United n’aura pour seul avantage au coup d’envoi que le soutien de ses supporteurs, eux qui n’ont plus goûté aux joies d’un huitième de finale à domicile depuis 2018-2019, un soir de défaite (2-0) contre le Paris Saint-Germain. Les Red Devils s’étaient rattrapés (3-1) au retour et ce score suffirait encore à leur bonheur, cette nuit dans le « Théâtre des rêves », puisqu’il leur permettrait de rejoindre Liverpool, Manchester City, le Bayern Munich et le Real Madrid dans le cercle fermé des qualifiés. Cristiano Ronaldo, du haut de ses 37 ans, y gagnerait l’opportunité de disputer un 23e quart de finale de la Ligue des champions, en avril, égalant le record que détient actuellement Lionel Messi, éliminé avec le Paris Saint-Germain. Le vétéran portugais a montré samedi dernier qu’il restait redoutable, avec un triplé retentissant contre Tottenham (3-2) en Premier League (1re div. du championnat d’Angleterre).
À Amsterdam, le « serial buteur » s’appelle Sébastien Haller. L’attaquant franco-ivoirien de l’Ajax fait trembler les filets en Eredivisie (1re div. néerlandaise, avec 19 buts en 23 matches) comme en Coupe d’Europe, avec 11 buts en sept rencontres cette saison. À l’aller à Lisbonne, l’avant-centre de 27 ans avait provoqué l’égalisation (à 1-1) de Benfica en marquant contre son camp, avant de se rattraper en inscrivant le second but des Néerlandais trois minutes plus tard. À son objectif collectif – la qualification en quarts de finale, ce que les Ajacides recherchent depuis 2018-2019 – s’ajoute une quête personnelle pour l’ancien buteur de West Ham : rejoindre, voire dépasser, l’actuel meilleur buteur de la Ligue des champions, Robert Lewandowski (Bayern Munich), qui a porté son total à 12 unités la semaine dernière avec son triplé contre les Autrichiens du RB Salzbourg (7-1).
Source : AFP

