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Monde - L’Opération « Spéciale » Du Kremlin

L’armée russe prend une centrale nucléaire, l’Ukraine vit « un enfer »

Moscou ne donne aucun signe d’espoir tandis que l’OTAN affirme ne pas pouvoir répondre à la demande de Kiev de création d’une zone d’exclusion aérienne, pour éviter de se laisser entraîner dans le conflit.

L’armée russe prend une centrale nucléaire, l’Ukraine vit « un enfer »

Des réfugiés dans une longue file d’attente à la gare centrale de Lviv, pour monter à bord d’un train à destination de la Pologne le 4 mars 2022. Le Conseil des droits de l’homme des Nations unies a voté hier à une écrasante majorité la création d’une enquête de haut niveau sur les violations commises à la suite de l’invasion russe de l’Ukraine. Daniel Leal/AFP

L’Ukraine a accusé hier la Russie de « terreur nucléaire » après l’attaque durant la nuit précédente de la centrale de Zaporojie, la plus grande en Europe, qui a fait craindre une catastrophe et provoqué une réunion d’urgence du Conseil de sécurité. « Nous avons survécu à une nuit qui aurait pu mettre un terme à l’histoire. L’histoire de l’Ukraine. L’histoire de l’Europe » : une explosion à la centrale de Zaporojie, dans le sud de l’Ukraine, aurait été l’équivalent de « six Tchernobyl », s’est effrayé le président ukrainien Volodymyr Zelenski.

Hier, l’armée russe occupait la centrale de Zaporojie où des frappes de son artillerie, selon les Ukrainiens, ont provoqué un incendie dans la nuit. En début de matinée, les autorités de Kiev indiquaient que le feu, qui a touché un laboratoire et un bâtiment de formation, avait été éteint et qu’aucune fuite radioactive n’avait été détectée. L’information a été confirmée par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) selon laquelle aucun équipement « essentiel » n’a été endommagé. Mais cet incendie a contribué à l’angoisse grandissante des Occidentaux face à un conflit qui embrase désormais toute l’Ukraine, avec une liste de plus en plus longue de villes bombardées, au neuvième jour de l’invasion russe.

Le Conseil de sécurité de l’ONU devait se réunir en urgence hier en fin de matinée à la demande du Royaume-Uni afin d’étudier les conséquences de ces bombardements, ont indiqué des diplomates.

« L’attaque contre une centrale nucléaire démontre le caractère irresponsable de cette guerre et la nécessité d’y mettre fin », a réagi le secrétaire général de l’OTAN Jens Stoltenberg, avant une réunion d’urgence des ministres des Affaires étrangères de l’Alliance à Bruxelles. Mais l’OTAN, a-t-il ajouté, ne peut répondre à la demande de création d’une zone d’exclusion aérienne, pour éviter de se laisser entraîner dans le conflit.

Zaporojie, située sur le fleuve Dniepr à environ 550 km au sud-est de Kiev, a une capacité totale de près de 6 000 mégawatts, assez pour fournir en électricité environ quatre millions de foyers. Elle a été inaugurée en 1985, quand l’Ukraine faisait encore partie de l’Union soviétique. Le 24 février, des combats avaient déjà eu lieu près de l’ancienne centrale de Tchernobyl, à une centaine de kilomètres au nord de Kiev, désormais aux mains des troupes russes.

Le président ukrainien en a appelé au « peuple russe ». « Vous ne pouvez pas rester silencieux. Vous devriez (...) descendre dans les rues et dire que vous voulez vivre. Vivre dans un pays sans contamination radioactive », leur a-t-il déclaré.

Dans l’immédiat, l’Ukraine table sur un troisième round de négociations avec la Russie ce week-end, a déclaré l’un des négociateurs ukrainiens, Mykhaïlo Podoliak, conseiller du chef de l’administration présidentielle.

Le dialogue n’est possible que si « toutes les exigences russes » sont acceptées, a toutefois averti Vladimir Poutine hier.

Un enfer

Mais sur le terrain, la pression se maintenait dans le reste de l’Ukraine. Les combats se poursuivaient à Tcherniguiv, au nord de Kiev, où l’Ukraine a accusé Moscou d’avoir bombardé jeudi une zone résidentielle et des écoles, faisant 47 morts selon un nouveau bilan. Des tirs ont été entendus à Bucha, au nord-ouest de la capitale, où étaient visibles des blindés russes détruits. À l’est, de la fumée s’élevait d’entrepôts bombardés, ont pu voir des photographes de l’AFP.

À quelque 350 km à l’est de Kiev, la situation est aussi devenue « un enfer » à Okhtyrka, et elle est « critique » à Soumy, selon les autorités locales.

Quant au port stratégique de Marioupol, au Sud-Est, où le maire a accusé jeudi les forces russes de vouloir instaurer « un blocus », la situation humanitaire est « terrible » après 40 heures de bombardements ininterrompus, y compris sur des écoles et des hôpitaux, a déclaré à la BBC le maire adjoint de la ville, Sergueï Orlov.

À Moscou, alors que le Kremlin appelait les Russes à « s’unir autour du président Vladimir Poutine », celui-ci a répété hier à son homologue bélarusse Alexandre Loukachenko « que les opérations se déroulaient selon le plan et seraient menées jusqu’au bout », selon un communiqué de la présidence russe. M. Poutine a aussi qualifié hier de « grossière fabrication » les accusations de bombardements urbains russes.

Dans des déclarations à la télévision russe jeudi, le maître du Kremlin n’avait donné aucun espoir d’apaisement, saluant le courage des soldats russes qui combattent selon lui contre « des néonazis » et « des mercenaires étrangers ».

L’offensive russe a été une nouvelle fois condamnée avec le vote hier matin au Conseil des droits de l’homme de l’ONU, à une écrasante majorité, d’une résolution en faveur d’une commission d’enquête internationale sur les violations des droits humains et du droit humanitaire en Ukraine. « Le monde entier est contre vous », a lancé l’ambassadrice ukrainienne auprès de l’ONU à Genève à l’intention du président Poutine.

À Kharkiv, deuxième ville d’Ukraine à 50 km de la frontière russe (Est), les forces russes ont fait usage d’armes à sous-munitions dont l’emploi pourrait constituer un crime de guerre « dans au moins trois quartiers résidentiels » le 28 février, a accusé l’organisation américaine Human Rights Watch (HRW). Le ministre ukrainien des Affaires étrangères Dmytro Kouleba a lui accusé des soldats russes de « violer des femmes dans les villes ukrainiennes occupées ».

Nouvelles lois répressives

Le Kremlin a durci dans le même temps sa répression de toutes les voix dissidentes face au conflit.

Depuis le début de l’offensive le 24 février, arrestations, fermetures des rares médias indépendants restants et nouveaux textes répressifs s’enchaînent, alors que le Kremlin et les grands médias russes présentent le conflit comme « une opération militaire spéciale » et bannissent le mot « invasion ». Hier, les autorités russes ont restreint l’accès aux sites de plusieurs médias indépendants : l’édition locale de la BBC, la radio-télévision internationale allemande Deutsche Welle, le site indépendant Meduza (basé à Riga), Radio Svoboda, antenne russe de RFE/RL, Voice of America.

Les députés russes ont également adopté un texte prévoyant des peines pouvant aller jusqu’à quinze ans de prison pour toute personne publiant des « informations mensongères » qui entraîneraient des « conséquences sérieuses » pour les forces armées.

Alors que Moscou fait face à des sanctions économiques sans précédent infligées par les Occidentaux, un autre texte prévoit de pénaliser les « appels à imposer des sanctions à la Russie ». Des perquisitions ont aussi eu lieu hier dans les locaux moscovites de l’emblématique ONG des droits humains Mémorial, la plus respectée du pays, après sa dissolution ordonnée par la justice, a indiqué Mémorial. De nombreux Russes tentent de quitter leur pays. Avec la suspension de la quasi-totalité des vols reliant la Russie à l’Europe, les trains reliant Saint-Pétersbourg à Helsinki arrivent bondés dans la capitale finlandaise, a constaté l’AFP.

Couloirs humanitaires

Les conséquences en chaîne de ce conflit continuaient de s’aggraver. Plus de 1,2 million de réfugiés ont déjà fui l’Ukraine, selon le dernier décompte de l’ONU. On ignorait pour l’instant si les « couloirs humanitaires », que des négociateurs russes et ukrainiens sont convenus d’organiser, se mettaient en place. Sur plusieurs places de l’Asie à l’Europe, les Bourses ont décroché hier. Paris a perdu 3,35 %, se dirigeant vers sa pire semaine depuis 2020, Milan a touché les -5 %. Autre signe de la faiblesse en Europe, la monnaie unique est passée sous le seuil symbolique de 1,10 dollar pour un euro, un niveau plus vu depuis les premiers mois de la pandémie de Covid-19. Le gaz naturel européen a lui dépassé 200 euros le mégawattheure, une première.

Source : AFP

L’Ukraine a accusé hier la Russie de « terreur nucléaire » après l’attaque durant la nuit précédente de la centrale de Zaporojie, la plus grande en Europe, qui a fait craindre une catastrophe et provoqué une réunion d’urgence du Conseil de sécurité. « Nous avons survécu à une nuit qui aurait pu mettre un terme à l’histoire. L’histoire de l’Ukraine. L’histoire de l’Europe » : une explosion à la centrale de Zaporojie, dans le sud de l’Ukraine, aurait été l’équivalent de « six Tchernobyl », s’est effrayé le président ukrainien Volodymyr Zelenski.Hier, l’armée russe occupait la centrale de Zaporojie où des frappes de son artillerie, selon les Ukrainiens, ont provoqué un incendie dans la nuit. En début de matinée, les autorités de Kiev indiquaient que le...
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"Le dialogue n’est possible que si toutes les exigences russes sont acceptées". On se demande bien sur quoi va bien pouvoir, dans ce cas, porter le "dialogue"!

Yves Prevost

07 h 27, le 05 mars 2022

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Commentaires (1)

  • "Le dialogue n’est possible que si toutes les exigences russes sont acceptées". On se demande bien sur quoi va bien pouvoir, dans ce cas, porter le "dialogue"!

    Yves Prevost

    07 h 27, le 05 mars 2022

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