La place de la Constitution, à Kharkiv, complètement détruite par un bombardement russe, hier. Sergey Bobok/AFP
Un cessez-le-feu sera au menu de nouveaux pourparlers russo-ukrainiens, jeudi, a annoncé hier la Russie, qui continuait dans le même temps de pilonner plusieurs villes en Ukraine, alors que l’Assemblée générale de l’ONU adoptait une résolution « exigeant que la Russie cesse immédiatement de recourir à la force contre l’Ukraine ».
Des émissaires ukrainiens se dirigent vers « le lieu des négociations » en Biélorussie pour une deuxième session de discussions, a déclaré hier la présidence ukrainienne. Ces pourparlers commenceront jeudi matin dans un lieu déterminé « ensemble » situé « non loin de la frontière avec la Pologne », a précisé le négociateur russe Vladimir Medinski. De premiers pourparlers lundi, également en Biélorussie, n’avaient donné aucun résultat tangible. Kiev réclamait l’arrêt immédiat de l’invasion, alors que Moscou semblait attendre une reddition.
Dans le même temps, l’Assemblée générale des Nations unies a voté hier une résolution qui « exige que la Russie cesse immédiatement de recourir à la force contre l’Ukraine » : seuls cinq pays s’y opposant et 35 s’abstenant dont la Chine, sur les 193 membres que compte cette organisation. Le résultat a été salué par une salve d’applaudissements. Les cinq pays ayant voté contre sont la Russie, la Biélorussie, la Corée du Nord, l’Érythrée et la Syrie. Dans ce texte, l’ONU demande à Moscou qu’il« retire immédiatement, complètement et sans conditions toutes ses forces militaires » d’Ukraine et « condamne la décision de la Russie d’accentuer la mise en alerte de ses forces nucléaires ». L’ambassadeur d’Ukraine à l’ONU, Sergiy Kyslytsya, avait auparavant dénoncé un « génocide » en cours dans son pays, perpétré par la Russie.
Macron sur l’Ukraine
Un peu plus tard, le président français, Emmanuel Macron, s’est exprimé sur la guerre en Ukraine, dans une allocution diffusée en soirée. « Nous ne sommes pas en guerre contre la Russie », a-t-il assuré, en affirmant que « nous sommes aujourd’hui aux côtés de tous les Russes qui, refusant une guerre indigne soit menée en leur nom, ont l’esprit de responsabilité et le courage de défendre la paix ». Le président français a dénoncé l’invasion russe comme une guerre « nourrie d’une lecture révisionniste de l’histoire de l’Europe ». « La Russie n’est pas agressée, elle est l’agresseur », « cette guerre n’est pas un conflit entre l’OTAN et la Russie » et « encore moins une lutte contre le nazisme, c’est un mensonge », a-t-il ajouté. M. Macron a affirmé sa volonté de « rester en contact » avec M. Poutine afin de « le convaincre de renoncer aux armes » dans l’invasion de l’Ukraine. Il a enfin prédit que les jours à venir seraient « vraisemblablement de plus en plus durs » en Ukraine.
Bombardements intenses de Kharkiv
Sur le terrain, au septième jour de l’offensive déclenchée par Vladimir Poutine en Ukraine, des troupes aéroportées russes ont débarqué à Kharkiv, la deuxième ville du pays, a affirmé l’armée ukrainienne. Après plusieurs bombardements dans le centre-ville la veille, qui ont fait au moins 21 morts selon le gouverneur régional, des bâtiments des forces de sécurité et de police ont été touchés, ainsi que l’université et la mairie de cette métropole du nord-est située à 50 km de la frontière avec la Russie. Les services d’urgence ont recensé au moins quatre morts et neuf blessés. « Il ne reste plus de zone à Kharkiv où un obus d’artillerie n’a pas encore frappé », a assuré Anton Guerachtchenko, un conseiller du ministre ukrainien de l’Intérieur.
Dans la capitale Kiev, quelque 500 km plus à l’ouest, dont les habitants qui n’ont pas fui se préparent depuis des jours à un assaut, un calme relatif régnait hier, après des frappes la veille sur la tour de télévision, qui a fait cinq morts.
La survie s’organisait dans le métro transformé en abri antiaérien. Dans la station Dorohozhychi, proche de la tour de télévision, des dizaines de familles se sont réfugiés. Beaucoup ont passé les six dernières nuits par terre, allongées sur des draps et des serviettes.
La tour domine le quartier du parc mémorial de Babi Yar, où furent abattus en septembre 1941, sous l’occupation nazie, plus de 33 000 juifs. Si aucun monument en hommage aux victimes de ce massacre n’a été atteint, le président Volodymyr Zelensky, d’ascendance juive, a accusé Moscou de chercher à « effacer » l’Ukraine et appelé les juifs « à ne pas rester silencieux ».
Le maire de la capitale, l’ex-boxeur Vitaly Klitschko, a fait état de combats dans des quartiers périphériques et appelé tous les habitants à la résistance : « Kiev tient et va tenir. »
L’armée ukrainienne, qui dit avoir fait des dizaines de prisonniers depuis le début de l’offensive le 24 février, a invité hier les mères de soldats russes capturés à « venir les chercher, à Kiev ». Pendant les guerres livrées par Moscou aux indépendantistes tchétchènes dans les années 1990, les mères de soldats russes s’étaient mobilisées pour ramener leurs fils prisonniers ou morts, alimentant l’opposition au conflit.
Des bombardements ont également frappé Jitomir, à 150 km à l’ouest de Kiev. Au moins trois personnes y ont été tuées et une dizaine blessées.
Premier bilan officiel des pertes de l’armée russe
L’armée russe fournissait pour sa part officiellement de premiers chiffres sur ses pertes en sept jours de combats. « 498 militaires russes sont morts (...) 1 597 de nos camarades ont été blessés », a dit son porte-parole Igor Konachenkov, devant les caméras de la télévision publique russe.
Dans le sud, les militaires russes ont affirmé totalement contrôler Kherson. Le maire de cette cité du sud de l’Ukraine, Igor Kolykhaïev, a évoqué une « catastrophe humanitaire », demandant l’aide des médias pour obtenir un « couloir humanitaire » afin d’évacuer les victimes et acheminer médicaments et nourriture. « Sinon la ville mourra », a-t-il écrit sur Facebook. À Marioupol, plus à l’est, plus de cent personnes ont été blessées mardi dans des tirs russes, a fait savoir la mairie.
Si elle prend le contrôle de ce port-clé, l’armée russe peut assurer une continuité territoriale entre ses forces en provenance de Crimée et celles arrivées des territoires séparatistes du Donbass plus au nord.
Les frappes sur Kiev et Kharkiv ont suscité une vive émotion dans le monde, entraînant une forte pression internationale et de sanctions économiques inédites. Parmi ces mesures, l’UE a confirmé hier que sept banques russes, dont la deuxième, VTB, seraient, à compter du 12 mars, exclues du système de messagerie Swift, rouage-clé de la finance internationale. La mesure épargne cependant la première banque russe Sberbank – dont la filiale européenne a déposé le bilan mercredi – et Gazprombank, bras financier de Gazprom. Les émetteurs américains de cartes de paiements Visa, Mastercard et American Express ont aussi annoncé des mesures pour empêcher des banques russes d’utiliser leur réseau. Et des géants de l’économie américaine – tels ExxonMobil, Apple, Boeing ou Ford – disaient couper les ponts avec la Russie.
Les autorités russes tentent d’éviter hémorragie financière et panique : le rouble a perdu en quelques jours plus d’un tiers de sa valeur en devises. Les avions russes ne peuvent plus atterrir que dans une poignée de pays. Emplois, salaires et prêts bancaires sont potentiellement menacés. Le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a reconnu « un sérieux coup » hier mais assuré que l’économie russe « resterait debout ».
En Russie, l’opposant Alexeï Navalny a, de sa prison, appelé ses concitoyens à manifester chaque jour, qualifiant Poutine de « petit tsar complètement fou ».
La fermeture mardi de deux médias indépendants de renom, la radio Echo de Moscou et la télévision en ligne Dojd, illustre quant à elle un nouveau tour de vis pour faire taire les dernières voix dissidentes et sources d’information alternatives sur le conflit.
Les Ukrainiens sont par ailleurs toujours plus nombreux à quitter leur pays : près de 900 000 sont déjà partis à l’étranger depuis le 24 février, a déclaré hier le Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés.
Source : AFP
La résolution de l’ONU bénéficie d’un vote favorable de la majorité des pays arabes
L’Assemblée générale de l’ONU a adopté hier une résolution qui « exige que la Russie cesse immédiatement de recourir à la force contre l’Ukraine », lors d’un vote approuvé massivement par 141 pays, 5 s’y opposant, et 35 s’abstenant, sur les 193 membres que compte l’Organisation. Outre l’Amérique du Nord et l’Europe, la résolution a bénéficié d’un vote favorable de nombreux États africains et d’une grande majorité des pays d’Amérique latine. Pour le Moyen-Orient, les Émirats arabes unis, suspectés d’avoir conclu un accord plus ou moins tacite avec la Russie en échange d’un vote favorable lundi de ce pays au Conseil de sécurité pour désigner les houthis comme « terroristes » et étendre l’embargo sur les armes à l’ensemble de ces rebelles, ont voté pour, rompant avec une position suivie depuis la semaine dernière au Conseil de sécurité. Les Occidentaux « ont été très déçus de l’abstention utilisée par les Émirats à deux reprises, vendredi et dimanche, lors de votes de résolutions au Conseil de sécurité relatifs à la guerre en Ukraine », confiait un diplomate occidental s’exprimant sous couvert d’anonymat. Hier, l’Arabie saoudite, l’Égypte, la Tunisie et la Jordanie ont également voté en faveur de la résolution. Le monde arabe était resté en retrait, le Koweït, victime d’une invasion de l’Irak en 1990, sortant du lot pour dénoncer explicitement Moscou.


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine