Des policiers français à Rambouillet, le 23 avril 2021. Photo d'illustration Bertrand Guay/AFP
Le procès de l'assassinat d'un prêtre par deux jeunes jihadistes en 2016 en France, un pays déjà frappé par de meurtriers attentats, s'est ouvert lundi à Paris pour juger trois proches des assaillants et l'instigateur présumé de l'attaque.
Les deux meurtriers âgés de 19 ans, Adel Kermiche et Abdel-Malik Petitjean, qui se réclamaient du groupe État islamique (EI), ont, eux, été tués par la police à leur sortie de la petite église de la banlieue de Rouen, dans le nord-ouest de la France, le 26 juillet 2016. Ils venaient d'y égorger le père Jacques Hamel, 85 ans, à la fin d'une messe devant trois religieuses et un couple, dont ils avaient aussi grièvement blessé le mari, octogénaire.
Seules comparaissent la cour d'assises spéciale de Paris trois personnes de leur entourage : Jean-Philippe Jean Louis, Farid Khelil et Yassine Sebaihia, renvoyés pour "association de malfaiteurs terroriste". Ils sont soupçonnés d'avoir su les projets des assaillants, d'avoir partagé leur idéologie ou tenté de rejoindre les groupes terroristes en Syrie. Un quatrième accusé, Rachid Kassim, l'instigateur présumé, sera jugé en son absence, a confirmé le président de la cour Franck Zientara. Ce propagandiste français de l'EI est présumé mort dans un bombardement en Irak en février 2017. Il est le seul inculpé pour complicité de l'assassinat du prêtre et de la tentative d'assassinat sur le paroissien, accusé d'avoir "sciemment encouragé et facilité le passage à l'acte" des deux jihadistes.
L'attentat, visant pour la première fois en Europe un prêtre dans son église, avait bouleversé bien au-delà des frontières françaises. Il était survenu douze jours après un attentat qui avait fait 86 morts à Nice, sur la riviera française, et après une année 2015 sanglante, marquée par l'attaque jihadiste contre l'heddomadaire satirique Charlie Hebdo et une supérette kasher en janvier (17 morts) puis par les attentats à Paris et en banlieue en novembre (130 morts).
"Comprendre"
Les victimes et leurs proches espèrent que l'audience, prévue sur près de quatre semaines, aidera à "comprendre" les événements. Présent lundi, Guy Coponet, le paroissien blessé dans l'attaque, aujourd'hui âgé de 92 ans et veuf, veut notamment savoir "comment des jeunes tout juste sortis de l'adolescence en sont arrivés à commettre de telles horreurs", selon son avocat Méhana Mouhou. Les trois religieuses aussi présentes à la messe ne sont pas, elles, en état de venir témoigner. L'une des soeurs du père Jacques Hamel, Roseline, a déclaré lundi attendre aussi "la vérité" sur "les moyens" qui n'auraient éventuellement pas été "donnés aux forces publiques pour éviter ce massacre". L'un des assassins, Adel Kermiche, était placé sous bracelet électronique au moment de l'attentat, après un départ avorté vers la Syrie. L'archevêque de Rouen, Mgr Dominique Lebrun, qui a déposé en 2019 un dossier de béatification du père Hamel au Vatican, attend "que la justice soit rendue" pour les victimes ainsi que pour les trois accusés "détenus depuis cinq ans". "Sont-ils coupables ? De quoi ?", interroge-t-il. Pour Béranger Tourné, avocat de Jean-Philippe Jean Louis, la réponse est claire: ils ne sont "que trois lampistes".
L'accusation décrit son client, âgé de 25 ans aujourd'hui, comme "très actif dans la jihadosphère", via l'administration d'une chaîne Telegram pro-EI et la création de cagnottes en ligne pour soutenir des personnes de "la mouvance islamiste radicale". Quelques semaines avant l'attentat, il s'était rendu en Turquie en compagnie d'Abdel-Malik Petitjean, dans le but, selon l'accusation, de rejoindre la Syrie. Farid Khelil, également en contact avec Rachid Kassim, aurait soutenu les velléités d'action violente d'Abdel-Malik Petitjean, son cousin. Khelil, aujourd'hui âgé de 36 ans, "n'était pas du tout au courant du projet criminel de son cousin" et "conteste avoir partagé son idéologie", rétorque son avocat Simon Clemenceau. Quant à Yassine Sabaihia, 27 ans, qui avait brièvement rejoint les deux terroristes à Saint-Etienne-du-Rouvray le 24 juillet, avant de repartir, "il ne savait pas ce qui était en train de se préparer", affirme son avocate Katy Mira.


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