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Culture - Exposition

Jamil Molaeb, fils de Baïssour, dispense le bonheur de vivre...

Ses méga-toiles à l’huile et troncs d’arbre sculptés, et peints dans l’enceinte de la galerie Janine Rubeiz, sous le titre « Liban, beauté et culture », résonnent comme un impérieux rappel à l’ordre des choses. Voilà un bol d’oxygène et un refuge contre la morosité, la déchéance et la tristesse du pays du Cèdre.

Jamil Molaeb, fils de Baïssour, dispense le bonheur de vivre...

Le pinceau volubile de Jamil Molaeb raconte, comme les pages d’un roman touffu, des histoires qui s’imbriquent en une sorte d’écriture compacte, dense et serrée. Photo galerie Janine Rubeiz

Sa carrière de peintre et d’artiste plasticien s’étend sur plus d’un demi-siècle avec plus de vingt-cinq expositions à son actif. Aujourd’hui, à 73 ans, éternel jeune homme, Jamil Molaeb dispense à contre-courant la joie et le bonheur de vivre quand le pays est en plein chaos et effondrement. Il ne faut pas croire que l’artiste, même en son domaine à Baïssour où est érigé son musée au cœur d’une nature verdoyante, est un artiste loin de la réalité et de ses répercussions sur la société et les êtres. On n’est pas prêt d’oublier qu’il fut l’un des premiers peintres en octobre 2017 à traduire la thaoura en tableau !

Première exposition parisienne intitulée « La musique des couleurs » de l’artiste polyvalent de vingt-neuf ans Ribal Molaeb. Photo galerie Claude Lemand

Or, actuellement, comme las de ce qui arrive au Liban, il a décidé d’un retour en arrière et de revivre une normalité humaine, même virtuelle, à travers des œuvres picturales. Pour faire résonner les références jetées aux orties et réconcilier les êtres avec une vie conviviale, apaisante, constructive, dotée d’une saine relation d’humanisme, d’entraide, d’activité, d’altruisme, de respect et de paix.

Dans de grandes toiles à l’huile sur canevas, son pinceau volubile raconte, comme les pages d’un roman touffu, des histoires qui s’imbriquent en une sorte d’écriture compacte, dense et serrée. Écriture elliptique et presque hiéroglyphique. Surtout avec cette « moallaqua », une fresque murale à plusieurs panneaux qui a toutes les allures d’un poème suspendu de l’époque de la « jahiliya »…

Jamil Molaeb, une peinture ode à la beauté et à la culture du Liban. Photo galerie Janine Rubeiz

Architecture des villes et foule de personnages de tous poils où hommes, femmes et enfants s’ébattent au coude-à-coude dans cet espace donnant l’impression d’un univers à l’étroit. Un univers où les bêtes (chèvres, oiseaux, poissons, chevaux) ne sont guère exclues. Pas plus d’ailleurs que les rêves, la culture et la beauté qui tissent des liens solides, secrets et tenaces. Le port de Beyrouth, Molaeb ne l’a pas oublié : il ne parle pas de destruction ni d’explosion car le silo, objet de tant de discorde, est dessiné intact au bas de l’une de ses toiles…

Déplaçant son inspiration de ces toiles où grouille littéralement la vie, dans une parcimonieuse austérité de couleurs, si ce n’est de temps en temps une petite tâche vive comme le signal d’un lumignon, le bois, soigneusement poli et lissé (oliviers, pins, hêtres) offre sa couche extérieure à une peinture joyeuse et dynamique. Où les histoires des toiles sont un prolongement d’un imaginaire débridé entre anecdotes, récits du patrimoine et éclats animés de vie rurale ou citadine. Images aux confins du naïf qui habitent des totems ou des tourelles en bois pour parler dans un foisonnant discours pictural des traditions, us et coutumes.

Jamil Molaeb, une peinture ode à la beauté et à la culture du Liban. Photo galerie Janine Rubeiz

En toute simplicité, comme un parchemin dressé dans l’air qui déploie la richesse de ses contes et dires, c’est ainsi que se présentent le témoignage, la réflexion et la contemplation d’une existence active. Mais existence paisible, sans conflits, sans histoires… Fusion des communautés, interaction d’une humanité vouée à l’épanouissement, à l’harmonie et à la plénitude, notions absolument perdues de vue dans un pays en désintégration et chute libre.

Tournant le dos à tout pessimisme et idées sombres ou stériles, dans un esprit clair et léger, l’artiste s’érige une bulle où la liberté et les souvenirs sont des moments et des visions réconfortantes, consolatrices. Loin de toute attente vaine et d’une mélancolie incurable, Jamil Molaeb rédige une sorte de journal intime et accentue son regard sur les beautés d’une montagne, d’une lumière, d’une mer, d’une végétation, d’un monde animalier fabuleux, d’un corps de femme. Comme pour rejoindre l’idée de Dostoïevsky, Jamil Molaeb pense que « le monde sera sauvé par la beauté… ».

L’exposition « Liban : beauté et culture » de Jamil Molaeb, à la galerie Janine Rubeiz, se prolongera jusqu’au 30 décembre 2021.

Peinture signée Ribal Molaeb. Photo galerie Claude Lemand

De la musique à la peinture, l’univers poétique de Ribal Molaeb
Comme si le père et le fils se sont donné le mot pour exposer leurs œuvres respectives presque simultanément, mais sous des cieux différents. Tandis que les toiles et sculptures de Jamil Molaeb illuminent l’espace de la galerie Janine Rubeiz, le fils, Ribal Molaeb, jeune musicien, découvert par Daniel Barenboïm pour son talent précoce d’artiste et installé en Europe depuis l’âge de seize ans, offre aujourd’hui en révélation au public, jusqu’au 24 décembre 2021, vingt toiles (dimensions larges et moyennes), huile sur canevas, à la galerie Claude Lemand (70, avenue Jean-Moulin, au 14e arrondissement de Paris).

Pour sa première exposition parisienne, intitulée « La musique des couleurs », l’artiste polyvalent de vingt-neuf ans marque la correspondance entre notes des partitions et timbres des couleurs, à travers le rythme, la cadence et le mouvement du pinceau. Nous assistons à l’émergence d’un univers tissé sur l’équilibre et l’harmonie pour une expression picturale expérimentale, d’une audacieuse témérité. Pour ces œuvres, loin du tintamarre libanais et de son effondrement, à la fois chargées de lumière et pleines de vie, voilà les propos du galeriste, maître des lieux : « Ribal Molaeb m’a séduit par ses compositions novatrices et maîtrisées, ses couleurs riches, harmonieuses et éclatantes, son inspiration philosophique et spiritualiste, sa science musicale et picturale créatrice d’un univers poétique remarquable et singulier. »

Et qu’en pense le père, Jamil Molaeb, de son fils qui a mordu à l’hameçon de son enseignement ? « J’ai été surpris et emballé par sa technique des harmonies, répond le maître de Baïssour en regardant de loin voler bien haut sa progéniture, un enfant aussi doué pour les cordes d’un violon que pour le maniement d’une palette et qui buvait des yeux dans son atelier le secret de la peinture. Je peux dire qu’il est dans la lignée de Saliba Doueihy, Aref Rayess et Paul Guiragossian… ». Tout est dit !


Sa carrière de peintre et d’artiste plasticien s’étend sur plus d’un demi-siècle avec plus de vingt-cinq expositions à son actif. Aujourd’hui, à 73 ans, éternel jeune homme, Jamil Molaeb dispense à contre-courant la joie et le bonheur de vivre quand le pays est en plein chaos et effondrement. Il ne faut pas croire que l’artiste, même en son domaine à Baïssour où est érigé...

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