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Agenda - Événement

Hala Wardé et Mika rendent hommage à Etel Adnan à Venise

Hala Wardé et Mika rendent hommage à Etel Adnan à Venise

Hala Wardé et Mika rendant un hommage à Etel Adnan lors de la clôture de la Biennale de Venise d’architecture. ©HW Architecture

À l’occasion de la clôture de la 17e exposition internationale d’architecture La Biennale di Venezia, le pavillon libanais a organisé du 19 au 21 novembre 2021 une série d’événements afin de célébrer l’accueil enthousiaste de la critique et du public et de présenter les prochaines escales de l’installation conçue par l’architecte franco-libanaise Hala Wardé. La fondatrice du cabinet HW Architecture, qui a réalisé le Louvre Abou Dhabi avec Jean Nouvel, a conçu l’œuvre intitulée A Roof for Silence comme une partition musicale visant à faire résonner les disciplines, les formes et les époques en vue de provoquer une expérience sensible autour des notions de silence et de vide. Le projet est né à partir d’une œuvre de la poète et artiste Etel Adnan et puise son inspiration dans les mythes et légendes de seize oliviers millénaires du Liban.

La cérémonie de clôture du pavillon libanais s’est tenue le samedi 20 novembre en présence de quelques dizaines d’invités, dont le président de la Biennale Roberto Cicutto. Dans un cadre intime, l’architecte Hala Wardé a tenu à rendre un dernier hommage à Etel Adnan, disparue le 14 novembre à Paris, au cœur de la pièce architecturale centrale qu’elle a pensée et conçue pour abriter son poème en peinture Olivea, hommage à la déesse de l’olivier.

Les lumières du Magazzini del Sale, lieu qui a accueilli le pavillon libanais pendant les six mois de la Biennale, ont été éteintes pour l’occasion. Des dizaines de bougies étaient disposées au sol le long de la traînée de verre, métamorphoses fractales matérialisant à la fois l’impact de la déflagration du 4 août 2020 dans la ville de Beyrouth, les empreintes des creux des arbres et les antiformes.

Les convives étaient alors invités, dans une lente procession, à se diriger vers la pièce architecturale abritant l’œuvre d’Etel, un bâtiment de verre et de lumière de forme circulaire et octogonale couronné d’un toit semi-sphérique. Ils attendent au creux des oliviers de Bchaaleh projetés dans un film en triptyque. La voix d’Etel Adnan retentit alors ; la cérémonie s’ouvre avec la diffusion d’un extrait d’entretien dans lequel elle évoque ce que lui inspirent la peinture, la poésie et le silence: « La peinture m’a philosophiquement beaucoup appris. C’est un langage, comme la musique, les arbres parlent autant que les mots, même plus que les mots. Quand je dis plus (…) ils touchent des zones que les mots ne touchent pas. Donc la peinture parle, mais elle dit ce qui n’est pas nécessairement destiné à être dit avec des mots. Une peinture n’est pas faite pour être traduite dans les mots. Elle n’est pas faite pour être expliquée, pas plus que la musique. (…) Les arts nous ouvrent des mondes parallèles au monde que la parole atteint. Le silence atteint des mondes. Dans le silence, il y a un sens, souvent, sinon toujours. Donc il y a d’autres mondes que le monde atteint par les mots. »

Hala Wardé, accompagnée de l’artiste Mika, ont ensuite donné lecture d’un poème extrait de son livre Night :

« J’ai pénétré une fois dans la mémoire de

quelqu’un, je dis bien à travers son cerveau,

le siège de ses illuminations. C’était un lieu planté

d’oliviers et d’équations mathématiques.

À l’un de ces arbres était suspendue une peinture

de Van Gogh. Le sol de cette maison de souvenirs

avait jadis été le lit d’une rivière ayant déjà

traversé le cerveau de quelqu’un d’autre.

Mon esprit était constitué de tout cela. »

Etel Adnan


Hala Wardé, « A Roof for Silence », pavillon libanais à la 17e exposition internationale d’architecture. La Biennale di Venezia, 2021 ©HW Architecture

L’architecte a ensuite souhaité prononcer un mot plus personnel pour rendre hommage à l’artiste avec qui elle a noué une amitié de longue date et qui l’a accompagnée tout au long de l’aventure vénitienne :

« C’est à peine quelques jours avant que les lumières ne s’éteignent sur la Biennale de Venise, à laquelle elle avait prêté ses couleurs, qu’Etel Adnan a choisi de nous quitter. Nous voulons y voir un signe profond ; celui du chuchotement magique qu’auront été sa vie et son œuvre de création. Le silence sur lequel veillent, depuis plus de mille ans, les 16 oliviers peints par Etel est celui qu’elle a maintenant décidé de retrouver ; le silence, aussi, d’un pays encore assourdi par son implosion ; son silence à elle, et derrière lequel on continuera, à travers tous les chants du monde, à deviner sa voix. »

C’est sur ces mots sobres et émouvants, à l’image de la cérémonie d’une dizaine de minutes, qu’ont été clôturés le pavillon libanais et ce premier chapitre vénitien du projet A Roof for Silence. Ce dernier reprendra la route et se posera, sous différentes formes, lors de ses prochaines escales prévues du 15 avril au 4 septembre 2022 au Palais de Tokyo à Paris, et du 15 juin au 31 octobre 2022 au cœur de l’abbaye de Jumièges en Normandie.


À l’occasion de la clôture de la 17e exposition internationale d’architecture La Biennale di Venezia, le pavillon libanais a organisé du 19 au 21 novembre 2021 une série d’événements afin de célébrer l’accueil enthousiaste de la critique et du public et de présenter les prochaines escales de l’installation conçue par l’architecte franco-libanaise Hala Wardé. La fondatrice...