L’Arménie a essuyé hier des « pertes » humaines et de positions dans des combats contre l’Azerbaïdjan près de la région disputée du Haut-Karabakh, une escalade qui fait craindre la reprise d’une guerre qui les a opposés l’an dernier.
Signe de l’inquiétude que suscite l’éruption de ces affrontements, le président du Conseil européen Charles Michel s’est entretenu avec les dirigeants de ces deux pays rivaux du Caucase, qu’il a appelés à une « désescalade urgente ».
Cette flambée illustre l’équilibre précaire qui règne dans la poudrière du Caucase, presque un an jour pour jour après la fin d’une sanglante guerre de six semaines qui a opposé l’Azerbaïdjan et l’Arménie au Haut-Karabakh.
Mardi, « une attaque des forces azerbaïdjanaises contre les positions des forces arméniennes a fait des morts et des blessés côté arménien », a déclaré le ministère arménien de la Défense dans un communiqué, sans donner de bilan chiffré. L’Arménie a également perdu le contrôle de « deux positions militaires » et 12 de ses soldats ont été faits prisonniers par l’Azerbaïdjan, selon Erevan, qui affirme en retour avoir infligé d’« importantes pertes » aux forces de Bakou. « Les combats se poursuivent, leur intensité n’a pas baissé », a ajouté le ministère arménien de la Défense, indiquant que les forces azéries utilisaient « de l’artillerie et des blindés ».
Ces combats ont éclaté en dépit de la présence dans cette région de soldats de la paix russes, déployés en novembre 2020 dans le cadre d’un cessez-le-feu négocié par Vladimir Poutine pour stopper la guerre l’an dernier.
Les affrontements actuels sont les plus intenses depuis la fin de ce conflit à l’issue duquel l’Arménie avait été contrainte de céder à l’Azerbaïdjan plusieurs régions formant un glacis autour du Haut-Karabakh.
Escalade des tensions
Peuplée majoritairement d’Arméniens, la région montagneuse du Haut-Karabakh, soutenue par Erevan, avait fait sécession de l’Azerbaïdjan à la chute de l’URSS, entraînant une première guerre dans les années 1990 qui a causé la mort de 30 000 personnes et fait des centaines de milliers de réfugiés.
L’Azerbaïdjan a rejeté mardi la responsabilité des derniers affrontements sur l’Arménie dont les forces se sont « livrées à une provocation de grande ampleur » en attaquant des positions de Bakou dans les districts de Kalbajar et de Latchine, à l’ouest du Karabakh, selon le ministère azéri de la Défense. Ces districts avaient été rétrocédés par Erevan à Bakou l’année passée.
L’Azerbaïdjan a affirmé que les soldats arméniens abandonnaient leurs positions militaires, « pris de panique ». « Les militaires azerbaïdjanais ont repoussé une contre-attaque des forces arméniennes (...). Les soldats arméniens, effrayés et confus, quittent leurs positions », a ajouté le ministère dans un communiqué.
Bakou a fait état de deux soldats azéris blessés dans les combats mardi. Le ministère azéri des Affaires étrangères a accusé Erevan de « provoquer délibérément une escalade des tensions ».
Ces affrontements interviennent après des semaines de crispations croissantes entre les deux ex-républiques soviétiques, qui font régulièrement état de flambées de violences et de victimes parmi leurs armées.
L’Arménie et l’Azerbaïdjan s’étaient ainsi accusés mutuellement de tirs à la frontière dimanche.
Arbitre russe
Samedi, les autorités arméniennes du Haut-Karabakh avaient indiqué, elles, que la seule route reliant l’Arménie à l’enclave séparatiste, dans le corridor de Latchine, avait été brièvement fermée en raison d’un incident entre les deux parties.
Après l’éruption des combats mardi, Erevan, qui est membre d’une alliance menée par Moscou, a appelé la Russie au secours. « Nous nous adressons à la Russie pour lui demander de protéger l’intégrité territoriale de l’Arménie », a ainsi imploré le secrétaire du conseil de sécurité arménien, Armen Grigorian.
La défaite de Erevan l’an dernier a été vécue comme un traumatisme par une grande partie de la population arménienne et continue de secouer la scène politique de ce pays aujourd’hui. Plusieurs milliers de personnes ont manifesté la semaine dernière à Erevan pour réclamer la démission du Premier ministre Nikol Pachinian, qualifié par l’opposition de « traître » pour avoir conclu une trêve avec Bakou.
De son côté, l’Azerbaïdjan a pu compter, lors de cette guerre, sur le soutien de la Turquie, qui lui a notamment fourni des drones de combat.
Source : AFP

