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Monde - France

Zemmour, un sulfureux éditorialiste au bord de la candidature

Un sondage début septembre le créditait d'environ 8% des intentions de vote au premier tour de la présidentielle, un score largement insuffisant pour passer au 2e tour, mais qui pourrait handicaper la candidate de l'extrême-droite Marine Le Pen.

Zemmour, un sulfureux éditorialiste au bord de la candidature

L'éditorialiste français Eric Zemmour. Photo JOEL SAGET / AFP

On l'exècre ou on l'adore. Il est loué pour son "courage" ou fustigé pour son "racisme". Cultivé, virulent, obsédé par l'identité française, l'immigration et l'islam, l'éditorialiste Eric Zemmour fait planer depuis des mois une possible candidature à la présidentielle.

A sept mois de l'élection, et alors que la France est déjà quasiment entrée en campagne électorale, le cas Zemmour agite de plus en plus le landerneau politique et médiatique.

Sortie d'un livre ("La France n'a pas dit son dernier mot") dans quelques jours, multiplication des interviews, début d'une tournée littéraire aux allures de campagne électorale... Eric Zemmour occupe avec un plaisir évident le centre de l'attention du moment, se délectant des angoisses provoquées par son éventuelle candidature dans les camps de droite et d'extrême-droite. Un sondage début septembre le créditait d'environ 8% des intentions de vote au premier tour de la présidentielle, un score largement insuffisant pour passer au 2e tour, mais qui pourrait handicaper la candidate de l'extrême-droite Marine Le Pen, finaliste en 2017, et pour l'instant bien placée pour accéder de nouveau au 2e tour.

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Agé de 63 ans, marié et père de 3 enfants, cet homme fluet au regard vert perçant, issu d'une famille juive algérienne modeste, a commencé sa carrière comme journaliste politique. Auteur de plusieurs livres, il commence à être connu du grand public au début des années 2000, dans des émissions "d'infotainment" à la télévision.

Mais c'est avec son arrivée en 2019 sur CNews, parfois qualifiée de "Foxnews française" et propriété du milliardaire français Vincent Bolloré, que "l'éditorialiste écrivain" a vu sa notoriété exploser. Tous les soirs à 19h, Zemmour décline dans de longs éditoriaux ses thèmes de prédilection -- immigration, musulmans, déclin de la France, "féminisation" de la société -- sans être interrompu ou contredit par l'animatrice et ses autres comparses éditorialistes. Ses "punchline" font florès, qu'il s'agisse de l'Afghanistan -- "Nous n'avons rien à faire chez les Afghans et les Afghans n'ont rien à faire chez nous" --, des musulmans -- "La France est en danger de mort. En 2050 nous serons une République islamique", ou de la mort de l'acteur Jean-Paul Belmondo -- "une incarnation de l'homme français, une époque où il n'y avait pas l'idéologie LGBT"...

Poursuites judiciaires

L'émission bat des records d'audience -- 700.000 telespectateurs en moyenne chaque soir -- et constitue, pour un candidat potentiel, un puissant outil de campagne. A tel point que l'autorité de régulation audiovisuelle a récemment demandé un "décompte" des interventions de M. Zemmour consacrées au "débat politique national". "Censure", a répliqué l'éditorialiste, qui se pose régulièrement en victime du "politiquement correct" et du "système" politique et judiciaire.

Car ses prises de positions lui valent depuis des années des dizaines de poursuites en justice. Plusieurs fois relaxé, il a toutefois été condamné à deux reprises pour provocation à la haine raciale. Mais elles lui assurent aussi sa notoriété, son aura sulfureuse et confortent ceux qui pensent qu'"il dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas". "C'est un lanceur d'alerte qui s'apprête à franchir le pas. Un patriote souverainiste qui place l'intérêt national au dessus de tout, qui a du courage", s'enthousiasme Stanislas Rigault, président de "génération Zemmour", un mouvement de quelque 2000 jeunes qui soutiennent la candidature du polémiste.

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Selon Bernard Sananes, président de l'institut Elabe, Zemmour a autant de soutien chez les cadres que chez les ouvriers, chez les électeurs de droite que chez ceux d'extrême-droite. Mais il attire aussi, selon M. Rigault, beaucoup de "primo-militants" jusqu'à présent peu intéressés par la politique. "Il y a une grande lassitude des Français vis à vis de leur personnel politique, certains recherchent un nouveau visage, une nouvelle figure disruptive, ce qu'était d'ailleurs un peu Macron en 2017", analyse Adelaïde Zulfikarpasic, directrice de BVA Opinion. "Pour autant, est ce que le phénomène va prendre dans l'opinion?" s'interroge-t-elle.

Ressorts émotionnels

"C'est un aventurier d'extrême-droite, favorisé par une conjoncture de crise et de peur", estime Gérard Noiriel. Cet historien a consacré en 2019 un livre à Zemmour, "le venin dans la plume", dans lequel il dresse un parallèle entre l'éditorialiste et Edouard Drumont, journaliste chantre de l'antisémitisme français à la fin du XIXe siècle.

"Tous deux viennent de milieux populaires, en tirent leur +légitimité+. Ils fonctionnent sur les mêmes ressorts de l'affect, de l'émotionnel. La France est la victime, et il y a un coupable: les juifs pour Drumont, les musulmans pour Zemmour", estime M. Noiriel.

Reste qu'il y a loin de la notoriété au succès électoral. "Aujourd'hui, M. Zemmour s'exprime sur les thèmes qu'il choisit, mais s'il est candidat, il devra répondre à des questions sur l'économie, l'éducation, le social", relève M. Sananès. "J'écoute Zemmour tous les jours fidèlement, avec un grand plaisir. C'est un intellectuel brillant, avec une culture et une pensée carrée. Mais ce n'est pas un bon candidat, il n'a rien de ce qu'il faut pour l'être, pas d'expérience, pas de parcours politique", estime Michel Auffray, ancien professeur de philosophie et patron de bar parisien.


On l'exècre ou on l'adore. Il est loué pour son "courage" ou fustigé pour son "racisme". Cultivé, virulent, obsédé par l'identité française, l'immigration et l'islam, l'éditorialiste Eric Zemmour fait planer depuis des mois une possible candidature à la présidentielle.A sept mois de l'élection, et alors que la France est déjà quasiment entrée en campagne électorale, le cas...

commentaires (3)

C'est le Philippe Henriot du régime actuel de la France. Il déverse sur les musulmans les insultes qu'Henriot déversait sous Pétain sur les gaullistes, les résistants et les juifs. Il a le même succès qu'Henriot qui a fini ministre de Pétain.

NASSER Rada Liliane

22 h 24, le 12 septembre 2021

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Commentaires (3)

  • C'est le Philippe Henriot du régime actuel de la France. Il déverse sur les musulmans les insultes qu'Henriot déversait sous Pétain sur les gaullistes, les résistants et les juifs. Il a le même succès qu'Henriot qui a fini ministre de Pétain.

    NASSER Rada Liliane

    22 h 24, le 12 septembre 2021

  • Il peut dire ce qu’il veut, il est intouchable, il porte une kippa…

    Gros Gnon

    18 h 31, le 12 septembre 2021

  • IL est vrai que Zemmour dit tout haut ce que les français n'osent exprimer que tout bas. Même s'il lui arrive d'émettre quelques approximations et excès de langage. Mais il est sûr qu'il ne ferait pas un bon candidat et ferait mieux de s'abstenir.

    Yves Prevost

    07 h 52, le 12 septembre 2021

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