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Monde - Éclairage

Les enjeux d’une possible normalisation des relations turco-arméniennes

Ankara et Erevan ont récemment multiplié les déclarations allant dans le sens d’une volonté de dégel de leurs liens diplomatiques, rompus en 1993.

Les enjeux d’une possible normalisation des relations turco-arméniennes

Le président turc, Recep Tayyip Erdogan. Photo AFP

C’est un nouveau pas vers une possible normalisation des relations entre l’Arménie et la Turquie. Ces derniers jours, les deux puissances ont multiplié les déclarations en vue d’aller de l’avant pour ouvrir à terme leurs frontières et établir des liens diplomatiques. Réagissant aux propos tenus le 27 août par le Premier ministre arménien Nikol Pachinian, selon lesquels il y a des signaux positifs venus d’Ankara « en termes de paix dans la région », le président turc Reçep Tayyip Erdogan a déclaré deux jours plus tard que son pays était prêt à normaliser progressivement ses relations avec Erevan. « Même s’il y a des désaccords, les relations avec les voisins doivent être développées sur la base du respect de l’intégrité territoriale et de la souveraineté. Nous pouvons progressivement normaliser les relations avec l’Arménie, dont le nouveau gouvernement a annoncé sa volonté d’aller dans cette direction », a-t-il affirmé. M. Pachinian avait ajouté lors de son allocution que son gouvernement évaluera ces signaux et qu’il répondra « aux signaux positifs par un signal positif ».

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Ces déclarations s’inscrivent dans un contexte tendu. Il est marqué par la reconnaissance américaine le 24 avril dernier du génocide arménien commis par l’Empire ottoman en 1915 et que la Turquie continue de nier. Un rebondissement diplomatique qui s’est ajouté à la défaite de Erevan face à Bakou – soutenu politiquement et militairement par Ankara – à l’issue de la deuxième guerre ayant secoué l’enclave du Haut-Karabakh, de septembre à novembre 2020. « La Turquie a cependant été frustrée, alors qu’elle assume un rôle de maintien de la paix moins important que prévu, tenu par la Russie », observe Richard Giragosian, directeur du Regional Studies Center de Erevan. « Une possible normalisation des relations avec l’Arménie permettrait à Ankara – qui est exclu du groupe de travail russo-arménien-azéri habilité à négocier le rétablissement d’un réseau de commerce et de transport régional plus élargi – de regagner un siège à la table des négociations avec Moscou pour la reconstruction d’après-guerre », poursuit le chercheur.

Étendre son influence

Négocié sous l’égide de la Russie, l’accord de cessez-le-feu signé le 9 novembre entre les deux puissances belligérantes est parvenu à consolider le Kremlin en tant qu’arbitre régional – alors que 2 000 soldats russes ont été déployés dans le territoire disputé pour le maintien de la paix – tout en écartant la Turquie du jeu diplomatique. Une dynamique qu’Ankara espère inverser. « Pour la Turquie, l’ouverture de la frontière avec l’Arménie ouvre la voie vers le Caucase du Sud, ce qui équivaut à son tour à une diminution de l’influence russe », commente Emil Avdaliani, directeur des études sur le Moyen-Orient au sein du think tank Geocase basé en Géorgie.

Allié historique de l’Azerbaïdjan, qu’il considère au vu de ses liens culturels, linguistiques et politiques étroits comme « un pays frère », le pouvoir turc n’a eu de cesse de renforcer ses liens avec Bakou pour étendre son influence dans le Caucase et en Asie centrale. Ankara a notamment fourni aux combattants azéris du matériel militaire moderne tel que ses drones armés Bayraktar TB2, déjà utilisés en Syrie et en Libye, qui ont donné un avantage considérable aux forces azéries dans le Haut-Karabakh. Il s’investit en outre dans de nombreux dossiers régionaux, comme le montre ses récents efforts en vue d’obtenir la gestion de l’aéroport de Kaboul, en Afghanistan. Le 29 août dernier, Reçep Tayyip Erdogan a d’ailleurs réitéré sa volonté de mettre en place une plateforme de coopération régionale incluant Erevan aux côtés de Bakou, Moscou, Téhéran et Tbilissi.

Gains économiques et géopolitiques

Pour l’Arménie, une normalisation des relations avec la Turquie lui permettrait notamment de surmonter son isolement économique. En 1993, Ankara décidait de fermer sa frontière avec Erevan, prenant ainsi le parti de Bakou contre ce qu’elle qualifie d’« occupation » des territoires du Haut-Karabakh. Les liens diplomatiques étaient par la suite rompus entre les deux puissances et la frontière n’a pas été rouverte depuis. Si des accords historiques avaient été signés en 2009 entre Ankara et Erevan en vue de normaliser leurs relations, aucun des deux pays ne les avait finalement ratifiés. L’Arménie, qui avait d’abord protesté contre le rejet turc du terme « génocide », avait par la suite reproché à son partenaire de vouloir lier les efforts de réconciliation au conflit dans le Haut-Karabakh.

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« Si les frontières rouvrent, l’Arménie aura un nouveau marché pour ses produits et ses entreprises. Cela lui permettra également de diversifier son économie et de réduire sa dépendance vis-à-vis de la Russie », indique Emil Avdaliani – alors que Moscou est à la fois le principal client de Erevan, avec 28 % des exportations en 2019, et fournisseur avec 27 % des importations en 2019. Dans le sillage de la guerre au Haut-Karabakh, de nombreux Arméniens se sont cependant sentis abandonnés par leur allié russe, qui a négocié un traité de paix à leurs yeux à l’avantage de Bakou. Avec cette normalisation, Erevan pourrait également obtenir des gains géopolitiques. « Son rapprochement avec la Turquie s’inscrit peut-être dans le cadre d’une politique étrangère plus sophistiquée visant à la séparer de l’Azerbaïdjan et à exacerber leurs divergences », observe Richard Giragosian. Il n’est cependant pas certain que cette stratégie porte ses fruits, alors qu’une réouverture des frontières turco-arméniennes conférerait à Ankara un accès géographique direct à Bakou. Or, « l’amélioration de la connectivité est la pierre angulaire de la politique de la Turquie dans le Caucase du Sud », explique Emil Avdaliani.

Pour l’heure, la normalisation n’est abordée que dans le débat public, alors que l’épineux dossier du génocide arménien continue de hanter les rapports entre les deux pays. La question est désormais de savoir si elle pourra réellement avoir lieu prochainement. « Nous ne parlons que de normalisation, pas encore de réconciliation. Néanmoins, la normalisation est un fondement important ou une première étape pour une éventuelle réconciliation et même pour soutenir la reconnaissance du génocide », estime Richard Giragosian, qui s’attend à ce que les frontières entre les deux pays rouvrent dans les prochains mois, voire dans l’année ou deux à venir.


C’est un nouveau pas vers une possible normalisation des relations entre l’Arménie et la Turquie. Ces derniers jours, les deux puissances ont multiplié les déclarations en vue d’aller de l’avant pour ouvrir à terme leurs frontières et établir des liens diplomatiques. Réagissant aux propos tenus le 27 août par le Premier ministre arménien Nikol Pachinian, selon lesquels il y a...

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LES BOUCHERS DU GENOCIDE QUI CHERCHENT A NORMALISER AVEC LES PETITS ENFANTS DES VICTIMES DE LEUR GENOCIDE QU,ILS NE VEULENT PAS RECONNAITRE NI COMPENSER. UN CLOWN DE PLUS DANS LE CIRQUE DES CLOWNS MONDIAUX.

SOUTENONS L,OLJ. CONDAMNONS SES CENSURES.

11 h 28, le 06 septembre 2021

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  • LES BOUCHERS DU GENOCIDE QUI CHERCHENT A NORMALISER AVEC LES PETITS ENFANTS DES VICTIMES DE LEUR GENOCIDE QU,ILS NE VEULENT PAS RECONNAITRE NI COMPENSER. UN CLOWN DE PLUS DANS LE CIRQUE DES CLOWNS MONDIAUX.

    SOUTENONS L,OLJ. CONDAMNONS SES CENSURES.

    11 h 28, le 06 septembre 2021

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