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Lifestyle - Biodiversité

La posidonie, un trésor sous-marin comparable aux forêts tropicales...

Au cœur de la réserve naturelle des bouches de Bonifacio, au large de la Corse, des coffres flottants sont installés dans les eaux turquoise de la Méditerranée pour permettre aux grands yachts de mouiller sans détruire les herbiers de posidonie avec leur ancre. La posidonie, ou « posidonia oceanica » pour les scientifiques, tire son nom du dieu grec de la mer, Poséidon, est verte et forme des forêts sous-marines aussi bénéfiques pour l’avenir de la planète que les forêts tropicales. Propre à la mer Méditerranée, cette plante est composée d’un faisceau de feuilles, de racines et de rhizomes – sorte de tiges rampantes généralement enfouies dans le sol –, et couvre plus d’un million d’hectares, de Chypre à l’Espagne, selon le Réseau méditerranéen pour la posidonie. Un chiffre minimal toutefois, tant il manque des données pour certains pays, notamment sur les rives est et sud de la grande bleue, souligne ce réseau regroupant scientifiques, autorités, défenseurs de l’environnement et représentants du secteur de la plaisance de divers pays.

Depuis 2020, la France interdit le mouillage des yachts de plus de 24 mètres sur certaines zones de la Côte d’Azur et de la Corse afin de protéger cette plante dont les prairies servent de nurseries pour poissons, mais aussi de puits de carbone et de protection contre l’érosion. Une décision « historique », selon Charles-François Boudouresque, un des scientifiques en pointe dans la défense de la posidonie. Les Baléares ont aussi adopté des interdictions de mouillage, mais elles sont moins fréquentées par les grands yachts, et donc moins tributaires de ce secteur économique que la Côte d’Azur ou la Corse. Les interdictions s’accompagnent toutefois de la mise en place de « mouillages écologiques » alternatifs, comme à Bonifacio.

Dans la baie de Sant’Amanza, refuge prisé des palaces flottants à l’extrême sud de la Corse, une grue posée sur une barge flottante coule un lest de béton de 46 tonnes à une quarantaine de mètres de fond sur une zone sableuse. Conçus pour « s’adapter aux fonds marins en les mimant », ces ancrages en béton ont une surface rugueuse pour « faciliter l’accrochage de la biodiversité ». Ils comportent des cavités pour accueillir les poissons et « ne freinent pas les mouvements d’eau », explique Line Babiol, de la société BRL Ingénierie, qui a épaulé la mairie de Bonifacio pour ce nouveau système. Des coffres flottants fixés en surface permettent aux bateaux faisant jusqu’à 60 mètres de mouiller sans risque et sans labourer la posidonie avec leur ancre dévastatrice de plusieurs centaines de kilos.

Quatorze systèmes de mouillage de ce type sont prévus dans cette baie aux plages paradisiaques pour continuer à accueillir de grands plaisanciers tout en protégeant 60 hectares d’herbiers de posidonie, indique Michel Mallaroni, directeur du port de Bonifacio et chef d’orchestre de ce projet. « L’enjeu est de maintenir l’attractivité de l’extrême sud de la Corse pour la grande plaisance tout en préservant l’environnement », résume-t-il. Bonifacio accueille 44 % de la flotte de grande plaisance fréquentant la Corse, avec une majorité de navires dépassant 24 mètres, selon Michel Mallaroni.

Exemple pour d’autres pays

Pour Yves-Marie Loudoux, capitaine de l’Ocean Sapphire, luxueux yacht de 41 mètres habitué des eaux corses et amarré au port de Bonifacio, ces mouillages écologiques sont « une solution qui était attendue » après les interdictions dans certaines zones. « Nous nous sommes retrouvés sans solution, refoulés dans des mouillages tout à fait inconfortables, trop loin des côtes et poussés à ne pas proposer d’escales en Corse, mais plutôt à aller en Sardaigne (Italie), juste à côté, pour que les clients puissent profiter de la baignade », explique le capitaine de ce yacht qui se loue 110 000 euros la semaine. « Plus il y aura ce type de mouillage, plus l’attractivité des sublimes côtes corses reviendra », ajoute-t-il. La Fédération des industries nautiques a évalué à 90 le nombre d’amarrages nécessaires sur les côtes corses, selon Michel Mallaroni.

Sur la Côte d’Azur, trois sites travaillent à l’aménagement de zones de mouillage comparables à celle de Bonifacio, précise le capitaine de vaisseau Thibault Lavernhe, porte-parole de la préfecture maritime. L’un devrait voir le jour « fin 2021, début 2022 » au large de la plage de Pampelonne, près de Saint-Tropez, où nombre de célébrités passent l’été, et un autre dans le parc national des Calanques entre Marseille et Cassis, d’ici à 2024. Le parc national de Port-Cros (Var), joyau naturel marin et pionnier des mouillages écologiques, a quant à lui disposé 68 bouées, dont cinq pour des bateaux de 15 à 30 mètres.

Jusqu’ici, la préfecture maritime – autorité garante en France d’une utilisation durable de la Méditerranée –

a fait de la pédagogie pour expliquer les nouvelles interdictions. « La plupart des plaisanciers lèvent l’ancre et vont mouiller dans des zones autorisées », souligne Thibault Lavernhe. Mais « nous avons identifié plusieurs cas de récidives, et à terme, il est prévu que des sanctions soient appliquées ». Peine maximale encourue : 150 000 euros d’amende et un an d’emprisonnement. « L’environnement n’a pas de frontières, souligne le scientifique et défenseur de la posidonie Charles-François Boudouresque. Il faudrait que d’autres pays méditerranéens s’inspirent de ces mesures de protection. »

Maureen COFFLARD/AFP

Au cœur de la réserve naturelle des bouches de Bonifacio, au large de la Corse, des coffres flottants sont installés dans les eaux turquoise de la Méditerranée pour permettre aux grands yachts de mouiller sans détruire les herbiers de posidonie avec leur ancre. La posidonie, ou « posidonia oceanica » pour les scientifiques, tire son nom du dieu grec de la mer, Poséidon, est verte et forme des forêts sous-marines aussi bénéfiques pour l’avenir de la planète que les forêts tropicales. Propre à la mer Méditerranée, cette plante est composée d’un faisceau de feuilles, de racines et de rhizomes – sorte de tiges rampantes généralement enfouies dans le sol –, et couvre plus d’un million d’hectares, de Chypre à l’Espagne, selon le Réseau méditerranéen pour la posidonie. Un chiffre minimal...
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