« L’alternance entre les tunnels, la Méditerranée, les villages dans les criques, c’est magique », s’émerveille un usager du train de la côte Bleue. Photos Christophe Simon/AFP
Depuis Marseille, le train de la côte Bleue serpente à nouveau à flanc de falaise au-dessus de la Méditerranée. Construite en grande partie grâce à des ouvriers immigrés, cette ligne centenaire revit grâce à des travaux acrobatiques.
« Mesdames, Messieurs, ce train desservira les gares de l’Estaque, Niolon, Ensuès-la-Redonne... » Depuis fin avril, après huit mois d’arrêt pour travaux, la voix de l’agente SNCF égrène de nouveau les noms de ces villages en bord de mer qui ont inspiré les peintres Cézanne, Braque ou Derain, l’écrivain Blaise Cendrars ou les cinéastes Jean Renoir, Marcel Pagnol et Robert Guédiguian. Le train express régional bleu et blanc quitte Marseille, laissant derrière lui les barres d’immeubles, embouteillages et conteneurs du port de la deuxième ville de France. Il entre alors dans un paysage sauvage, entre le massif de la Nerthe et la mer. « L’alternance entre les tunnels, la Méditerranée, les villages dans les criques, c’est magique », s’émerveille Benoît Larcher, apiculteur français installé à Hambourg (Allemagne), qui a décidé avec sa compagne allemande, Wiebke Doscher, de visiter la côte ouest de Marseille en évitant de prendre la voiture. « Ce qui me touche le plus ce sont les contrastes de lumières et de couleurs, entre les blancs calcaires au départ de l’Estaque puis les ocres à Ensuès-la-Redonne et ce bleu (...) de la mer et du ciel », confie Éric Barron, cadre SNCF qui forme depuis des années les conducteurs de cette ligne de 32 km reliant Marseille à Miramas. Ce cheminot, qui adolescent randonnait le long des voies sur le sentier douanier, a également fondé l’association La voie de la côte Bleue pour défendre cette ligne transportant chaque jour entre 1 300 et 1 500 passagers.
« L’alternance entre les tunnels, la Méditerranée, les villages dans les criques, c’est magique », s’émerveille un usager du train de la côte Bleue. Photos Christophe Simon/AFP
Une ligne mythique
En un siècle environ, la France, qui bénéficiait d’un réseau ferroviaire parmi les plus denses d’Europe dans les années 1930, a vu environ 20 000 kilomètres de lignes se fermer au service voyageurs, selon le géographe Étienne Auphan. Si rien n’était fait, la ligne de la côte Bleue risquait une fermeture définitive en 2023, a rappelé le président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, Renaud Muselier. Mais cette ligne mythique, construite entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle, a finalement été sauvée par l’intérêt retrouvé pour le rail en période de transition écologique et par son riche patrimoine architectural. Vingt-trois tunnels, 18 viaducs : entre roche et mer, le chantier fut titanesque. Éboulis, chutes d’échafaudages ou de pierres, nombre d’ouvriers perdirent la vie, rappelle l’historien Louis Roubaud dans son livre Le chemin de fer de la côte Bleue vers les plaines de la Crau. Les constructeurs eurent recours massivement à des immigrés italiens, espagnols, portugais et kabyles d’Algérie, qui furent victimes de la « xénophobie traditionnelle », rappelle l’historien.
« L’alternance entre les tunnels, la Méditerranée, les villages dans les criques, c’est magique », s’émerveille un usager du train de la côte Bleue. Photos Christophe Simon/AFP
Dans son film Toni (1935), qui évoque la dure condition des immigrés en France, Jean Renoir a tourné une scène emblématique sur cette voie de la côte Bleue, sur l’impressionnant viaduc en acier de Caronte, à Martigues. Achevée en 1915, la ligne compte des « chefs-d’œuvre de pierre » comme le viaduc des Eaux salées, qui relie deux collines sauvages grâce à une arche unique, en plein cintre, de 50 m, conçue par Paul Séjourné, ingénieur concepteur du gigantesque pont Adolphe à Luxembourg. « Il est très important de valoriser ce patrimoine exceptionnel, mais sans oublier la dureté du travail de ceux qui ont construit la ligne », insiste Éric Barron. Quelque 105 ans plus tard, SNCF Réseau a renouvelé 24 km de voies, en partie avec des matériaux recyclés, et sécurisé viaducs et parois. Des travaux acrobatiques. « L’approvisionnement et l’évacuation des matériaux ont été réalisés par hélitreuillage et les travaux sur les versants rocheux faits en mode alpiniste », raconte Cécile Triolle, directrice de projet. « Au-delà du pittoresque et du touristique, cette ligne est un atout extraordinaire pour diminuer l’empreinte carbone » des habitants de la métropole marseillaise, estime Henri Cambacedes, premier adjoint de Martigues, qui plaide pour encore davantage de trains dans la journée.
Source : AFP


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09 h 45, le 29 août 2021