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La Suisse a fracassé son plafond de verre

La Suisse a fracassé son plafond de verre

Les Suisses peuvent exulter : ils ont vaincu la France, favorite de l’Euro, et ont brisé un plafond de verre vieux de… 83 ans  ! La Suisse n’avait plus gagné un match à élimination directe en foot depuis le Mondial 1938. Justin Setterfield/Pool/AFP

Attention aux éclats de verre ! Après 83 ans d’attente, la Suisse a enfin franchi un tour à élimination directe dans une grande compétition de foot, lundi soir en éliminant la France de l’Euro, un exploit qui valide la progression et le travail d’une génération en or. La Nati est prête à pousser plus loin encore et visera contre l’Espagne, vendredi à Saint-Pétersbourg, la première demi-finale de son histoire.

C’était le quatrième 8e de finale de la Suisse de rang, et après tant de désillusions, elle a enfin franchi le cap. Malgré le penalty du 2-0 manqué par Ricardo Rodriguez, malgré les deux buts d’avance des champions du monde à 3-1 à un quart d’heure de la fin, malgré la brûlure des défaites précédentes, malgré les polémiques sur les coupes de cheveux, les tatouages ou les sempiternelles questions de géopolitique interne entre Suisse alémanique, romande et tessinoise, malgré les discussions sur les joueurs de toutes origines. « J’ai toujours dit que cette équipe mérite davantage que ce qu’on écrit sur elle, on a parlé d’arrogance... » savoure le capitaine Granit Xhaka, suspendu contre l’Espagne, sa « seule blessure » lundi soir. D’origine albanaise, comme Xherdan Shaqiri, il insiste sur « ce que la Suisse nous a offert » : « Chacun de nous ici est très, très fier de jouer pour la Suisse, c’est unique », martèle le milieu d’Arsenal.

Dans ce melting-pot s’est forgé le premier titre d’importance pour le football helvétique, le Mondial 2009 des moins de 17 ans au Nigeria. « Cette équipe est l’héritière de cette génération, avec notamment Rodriguez, Seferovic et Xhaka », explique Charles Roessli, ancien joueur de Rennes et entraîneur de Sion. Ce titre, acquis dans un stade en folie contre le pays organisateur, battu 1 à 0 sur un but de Haris Seferovic, auteur d’un doublé contre la France lundi, « a été très important dans la mentalité des joueurs suisses, il y a eu un exode dans les grands championnats, ils ont progressé », poursuit le technicien. « Quand ils ont éliminé le Brésil de Neymar et Coutinho en quarts, se souvient Roessli, ils affirmaient qu’ils voulaient être champions du monde, c’était nouveau, et ça s’est vu dans la manière dont ils ont remonté deux buts à la France. » La Suisse « ne s’est pas adaptée, elle a joué son jeu, elle a coupé la transition attaque-défense des Français en étant extrêmement réactive », s’est réjoui le technicien, pour qui la Nati a « réussi avec un effectif beaucoup moins riche, pas une addition, mais une interaction de talents ».

La Suisse n’avait plus gagné un match à élimination directe depuis 1938 et la Coupe du monde en France, un 8e de finale à rejouer contre l’Allemagne (1-1 a.p., puis 4-2). Le héros s’appelait André Abegglen, avant-centre du FC Sochaux, buteur au premier match et auteur d’un doublé au second.

La Nati a ensuite enchaîné les désillusions, dont une en 8es de finale du Mondial 1994 aux États-Unis, contre l’Espagne de Luis Henrique (3-0), alors joueur et qu’elle va recroiser sur le banc à Saint-Pétersbourg. Dans l’après-guerre, « quatre fois on a échoué », résume l’ancien international suisse Stéphane Henchoz, « une fois avec les honneurs, mais les trois autres fois, franchement »... « De tous les matches à élimination, c’était l’Argentine le meilleur, on fait un très bon match, on perd à la 118e minute », sur un but d’Angel Di Maria en 8es de finale du Mondial 2014 au Brésil, rappelle l’ancien défenseur central de Liverpool. Il y a trois ans, lors du Mondial 2018, les Suisses croyaient tenir contre la Suède l’occasion rêvée d’atteindre les quarts de finale. Après son nul historique en poules contre le Brésil (1-1), la Nati était favorite, mais a sorti « une mauvaise performance », tranche Henchoz, et s’est inclinée 1 à 0.

Mais depuis lundi et une soirée historique à Bucarest, tous ces mauvais souvenirs se sont envolés !

Emmanuel BARRANGUET/AFP

Attention aux éclats de verre ! Après 83 ans d’attente, la Suisse a enfin franchi un tour à élimination directe dans une grande compétition de foot, lundi soir en éliminant la France de l’Euro, un exploit qui valide la progression et le travail d’une génération en or. La Nati est prête à pousser plus loin encore et visera contre l’Espagne, vendredi à Saint-Pétersbourg, la première demi-finale de son histoire. C’était le quatrième 8e de finale de la Suisse de rang, et après tant de désillusions, elle a enfin franchi le cap. Malgré le penalty du 2-0 manqué par Ricardo Rodriguez, malgré les deux buts d’avance des champions du monde à 3-1 à un quart d’heure de la fin, malgré la brûlure des défaites précédentes, malgré les polémiques sur les coupes de cheveux, les tatouages ou les sempiternelles...
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