Dimanche soir, la Belgique a vaincu le Portugal a minima (1-0), mais a tout de même éliminé le tenant du titre de l’Euro de football pour se qualifier en quarts de finale. Lluis Gene/Pool/AFP
Si Angleterre-Allemagne reste une affiche à part, leur choc en huitièmes de finale de l’Euro de football ce soir à Wembley est aussi un « match de la peur », entre deux équipes pour qui l’élimination sera une contre-performance majeure.
Évoluant à domicile, devant plus de 40 000 supporteurs – moins de 2 000 Allemands sont attendus, presque tous vivant en Angleterre, en raison des difficultés de déplacement liées au Covid –, les Three Lions ont sans conteste une pression supplémentaire. Flatteur sur le plan comptable – sept points en trois matches et zéro but encaissé –, le bilan du premier tour reste très contrasté, avec notamment deux petits buts marqués par une attaque annoncée comme l’une des plus dangereuses du tournoi. Mais entre un Harry Kane très discret, une animation offensive encore tâtonnante et des joueurs au temps compté, comme Jack Grealish, Jadon Sancho ou Marcus Rashford, l’impatience gagne le public anglais.
Si la fédération anglaise a clairement affirmé vouloir maintenir Gareth Southgate à son poste quelle que soit l’issue du match, une élimination, alors que les demies et la finale auront aussi lieu à Wembley, effacerait tout le crédit né de la demi-finale du Mondial 2018.
Agents doubles
Dans ce contexte plus inquiet qu’enthousiaste, rien de tel qu’un duel contre le « meilleur ennemi » allemand pour remobiliser tout le monde. Chaque équipe a ses « agents doubles » : Sancho et Jude Bellingham évoluent en Bundesliga, alors qu’Ilkay Gündogan, Kai Havertz, Timo Werner et Antonio Rüdiger jouent en Premier League, et que Jamal Musiala et Leroy Sané ont aussi une connaissance intime du football anglais.
L’historique des confrontations dans les grands tournois ne plaide pas en faveur des Anglais, malgré la finale du Mondial 1966 remportée dans le stade ancêtre du Wembley actuel. « Nous, les joueurs, nous ne pensons pas vraiment beaucoup à l’histoire, ce qui compte pour nous, c’est maintenant et ici », a balayé le milieu de terrain Jordan Henderson. « On est concentrés sur le défi qui se présente, sur ce que l’Allemagne fait de bien, sur les secteurs que l’on peut exploiter, sur ce qu’on peut faire pour lui faire mal », a-t-il ajouté. La perspective d’abréger la carrière de Joachim Löw comme sélectionneur n’est cependant pas pour leur déplaire. Après quinze ans de service, chaque match peut être le dernier pour Löw et une élimination en huitièmes serait une sortie peu glorieuse, après l’échec au premier tour du Mondial 2018.
Quadruple championne du monde et triple championne d’Europe, la Mannschaft est condamnée à viser haut. « Nous avons franchi une première étape, mais ce n’est pas encore ce que nous voulons », a déclaré le capitaine Manuel Neuer. « Nous voulons retourner jouer à Londres » pour les demi-finales et la finale. L’ambition des joueurs tranche pourtant avec le pessimisme des commentaires. « Nous sommes passés, mais personne ne sait pourquoi ! » raillait le quotidien à grand tirage Bild au lendemain de la qualification, arrachée contre la Hongrie (2-2), alors que le site Sportbuzzer prédisait : « On n’ira pas loin comme ça. »
Pour espérer viser plus loin, l’Allemagne va devoir résoudre des lacunes en défense, où le système à trois centraux s’est révélé peu hermétique, avec déjà cinq buts encaissés. Plusieurs anciennes gloires du foot allemand plaident aussi pour que les clés soient laissées aux joueurs du Bayern Munich, avec Joshua Kimmich en milieu récupérateur et Leon Goretzka en piston, au détriment d’Ilkay Gündogan ou Toni Kroos. « Nous avons fait des erreurs, mais nous avons fait preuve de beaucoup de caractère, du point de vue de la mentalité, c’était formidable », s’était consolé Löw après la Hongrie, louant la solidarité et l’état d’esprit irréprochable de ses joueurs. Mais il faudra sans doute plus que cela pour faire dérailler une Angleterre qui espère éviter un énième rendez-vous raté avec l’histoire.
Duel des « sous-marins jaunes »
L’autre match de ce soir mettra aux prises la Suède et l’Ukraine. Ce duel des « sous-marins jaunes », à Glasgow, pour atteindre les quarts de finale de l’Euro est aussi celui de deux artilleurs au sommet de leur art, Emil Forsberg du côté des Scandinaves et Andriy Yarmolenko chez les Ukrainiens.
Hier soir, la France vivait dans l’espoir de chasser les soucis physiques, les doutes nés d’un début d’Euro contrasté et la menace de la Suisse qu’elle affrontait à Bucarest en huitièmes de finale, avec également l’espoir d’atteindre un quart de finale assurément relevé, contre l’Espagne ou la Croatie, qui étaient opposées à Copenhague hier soir aussi. Au lendemain de l’élimination dimanche du Portugal de Cristiano Ronaldo (tenant du titre), contre la Belgique (1-0), et de l’éviction surprise des Pays-Bas, face à la République tchèque (2-0), les autres favoris sont ainsi donc prévenus : le couperet peut tomber n’importe quand !
Source : AFP

