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Monde - Brésil

Bolsonaro fait le ménage dans son gouvernement

Bolsonaro fait le ménage dans son gouvernement

Le président Jair Bolsonaro s’est séparé ces derniers mois de ses trois ministres les plus polémiques. Reuters/Ueslei Marcelino

Le président Jair Bolsonaro s’est séparé ces derniers mois de ses trois ministres les plus polémiques afin de tenter de redorer l’image du Brésil à l’étranger et d’éloigner la menace d’une destitution, estiment les analystes à un an et demi de la présidentielle.

Les départs successifs des ministres de l’Environnement, des Affaires étrangères et de la Santé s’apparentent cependant à des changements de façade, sans donner de vrai signe d’inflexion dans la politique du dirigeant d’extrême droite.

Pour Oliver Stuenkel, professeur de relations internationales à la Fondation Getulio Vargas, « le fait que ces trois ministres étaient très mal vus à l’étranger a beaucoup pesé dans la décision de Bolsonaro de s’en séparer ». Mais il cite aussi des « facteurs internes », comme dans le cas de Ricardo Salles, qui a démissionné mercredi du ministère de l’Environnement après avoir été soupçonné de favoriser l’exportation illégale de bois d’Amazonie. Bien avant ce scandale, qui a éclaté il y a un mois, M. Salles était déjà dans le collimateur de la communauté internationale en raison de la forte augmentation de la déforestation depuis le début du mandat de Jair Bolsonaro, il y a deux ans et demi. Mais les critiques n’émanaient pas seulement des écologistes : de nombreux représentants de l’agronégoce, qui exportent massivement leur soja ou leur viande, estiment que l’image désastreuse du gouvernement Bolsonaro en matière d’environnement est mauvaise pour leurs affaires.

La hausse de la déforestation est l’un des principaux points d’achoppement de la ratification de l’accord commercial entre l’UE et le Mercosur.

L’isolement du Brésil sur la scène internationale a en outre augmenté depuis l’élection du président américain Joe Biden, qui a fait de la lutte contre le réchauffement climatique l’une de ses priorités, contrairement à son prédécesseur Donald Trump, proche allié de Jair Bolsonaro.

« Pas de virage à 180 degrés »

Les écologistes n’attendent pas de changements majeurs de la part du remplaçant de Ricardo Salles. Joaquim Alvaro Pereira Leite était déjà secrétaire à l’Amazonie au ministère de l’Environnement et a longtemps été conseiller de la Société rurale brésilienne (SRB), un des principaux lobbys agricoles du pays. « On peut s’attendre éventuellement à quelques changements ponctuels, mais pas à un virage à 180 degrés », estime Thomas Favaro, du cabinet de consultants Control Risks.

Fin mars, le gouvernement Bolsonaro a perdu l’un des principaux représentants de son « aile idéologique », le ministre des Affaires étrangères Ernesto Araujo, qui menait une croisade contre le « marxisme culturel » ou le « globalisme ».

M. Araujo avait multiplié les déclarations controversées sur la Chine, premier partenaire commercial du Brésil, et ses détracteurs l’ont accusé d’avoir entravé les importations de vaccins contre le Covid-19 de ce pays à cause de ces dérapages.

Sondages défavorables

Deux semaines plus tôt, le président Bolsonaro avait limogé Eduardo Pazuello, son troisième ministre de la Santé depuis le début de la pandémie. Ce général de l’active était sur la sellette depuis des semaines en raison de sa gestion chaotique de la crise sanitaire, notamment en janvier, quand des dizaines de patients étaient morts en raison d’une grave pénurie d’oxygène à Manaus (Nord). Il a été remplacé par un médecin, Marcelo Queiroga, qui tente tant bien que mal de mettre en avant l’importance de la vaccination et de la distanciation sociale pour éviter la propagation du virus. Mais ses efforts sont régulièrement sapés par des propos polémiques du président Bolsonaro, qui a marqué récemment son opposition au port du masque alors que le Brésil est en proie à une troisième vague de contaminations.

Pour le politologue Thiago Vidal, du cabinet de consultants Prospectiva, les départs de MM. Araujo et Pazuello ont aussi pour but de tranquilliser le « Centrao », groupe hétérogène de parlementaires qui négocient leur soutien en fonction des avantages qu’ils peuvent en retirer. Leur soutien est crucial pour Jair Bolsonaro, notamment en cas d’ouverture d’une procédure de destitution au Parlement. La cote de popularité du chef de l’État est au plus bas et un sondage de l’institut IPEC publié jeudi le crédite de 23 % des intentions de vote au premier tour de la présidentielle de 2022, contre 49 % pour l’ex-président de gauche Luiz Inacio Lula da Silva.

Jordi MIRO/AFP

Le président Jair Bolsonaro s’est séparé ces derniers mois de ses trois ministres les plus polémiques afin de tenter de redorer l’image du Brésil à l’étranger et d’éloigner la menace d’une destitution, estiment les analystes à un an et demi de la présidentielle.Les départs successifs des ministres de l’Environnement, des Affaires étrangères et de la Santé s’apparentent cependant à des changements de façade, sans donner de vrai signe d’inflexion dans la politique du dirigeant d’extrême droite.
Pour Oliver Stuenkel, professeur de relations internationales à la Fondation Getulio Vargas, « le fait que ces trois ministres étaient très mal vus à l’étranger a beaucoup pesé dans la décision de Bolsonaro de s’en séparer ». Mais il cite aussi des « facteurs internes », comme...
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