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Lifestyle - Patrimoine

Sauvetage complexe pour un joyau oublié de François Ier

Sauvetage complexe pour un joyau oublié de François Ier

Au château de Villers-Cotterêts, ancienne résidence royale datant du XVIe siècle, un bas-relief avec une salamandre (emblème de François Ier). Depuis un an, 250 ouvriers et artisans s’affairent pour restaurer ce monument du patrimoine architectural et historique. Cet été, ils seront 600 artisans de divers corps de métier à y travailler. Martin Bureau/AFP

Redonner son éclat Renaissance à une résidence royale défigurée : c’est l’énorme défi à relever d’ici à 2023 de la rénovation du château de Villers-Cotterêts, qui doit abriter la Cité internationale de la langue française voulue par le président français Emmanuel Macron. Dans ce château situé dans l’Aisne, à 85 km au nord-est de Paris, le roi François Ier avait émis en 1539 l’ordonnance imposant le français comme langue de l’administration : un acte fondateur dans l’histoire de France.

Depuis un an, 250 ouvriers et artisans s’affairent derrière des bâches de plastique qui couvrent murs et toitures. Avec un financement public de 185 millions d’euros, c’est le deuxième chantier du patrimoine, après Notre-Dame de Paris. Surmonté de la deuxième grue la plus haute de France. Cet été, à plein régime, ils seront 600 artisans de divers corps de métier à y travailler. La première tranche du chantier, avec la finalisation d’un parcours de visite racontant l’histoire de la langue française, doit être achevée au printemps 2022, l’ensemble un an plus tard. Cette ancienne résidence royale, gérée par le Centre des monuments nationaux (CMN), doit devenir un lieu à la fois de visites, de recherche, de formation, d’innovation...

En pleine forêt de Retz, dans ce Valois d’où est partie l’expansion du royaume de France, Villers-Cotterêts est à sa naissance au XVIe siècle une résidence appréciée des rois qui viennent y chasser et jouer au jeu de paume. Molière, Corneille et Racine y joueront plusieurs de leurs pièces. La famille d’Orléans, qui a hérité du château, va imposer ensuite ses rénovations architecturales au détriment de l’empreinte Renaissance d’origine.


La rénovation du château de Villers-Cotterêts, qui doit abriter la Cité internationale de la langue française voulue par Emmanuel Macron, est le deuxième chantier du patrimoine en termes de financement public après Notre-Dame de Paris. Depuis un an, 250 ouvriers et artisans s’affairent derrière des bâches de plastique qui couvrent murs et toitures. Le chantier doit être achevé d’ici à 2023. Martin Bureau/AFP


Dépôt de mendicité

Après la Révolution française, le château souffre profondément pendant deux siècles de plusieurs occupations : il sert de caserne, puis de dépôt de mendicité pendant 85 ans, puis d’hôpital militaire, de maison de retraite... « Il nous faut retrouver l’enveloppe architecturale d’origine, en retirant tous les ajouts incongrus, restaurer un monument dans un état de dégradation avancée en un temps très contraint », souligne Xavier Bailly, administrateur du CMN. Il désigne les plafonds ravagés par l’humidité, les bas-reliefs avec des salamandres (emblème de François Ier) presque effacées. « Comme les dents cariées, chaque pierre, chaque poutre est examinée pour décider si elle sera retirée ou sauvée », explique-t-il.

Ici, une poutre est renforcée par un piton métallique et comblée avec de la résine. Là, un chapiteau sculpté en calcaire provenant d’une carrière de la région attend d’être monté. Les façades Renaissance et trois joyaux – l’escalier du roi, l’escalier de la reine et la chapelle – doivent retrouver toute leur splendeur. Dans la chapelle, le plancher XVIIIe siècle ajouté par le duc d’Orléans sera retiré pour dégager la voûte d’origine sur charpente lambrissée. Pour le reste, les murs intérieurs ajoutés au fil des siècles sont abattus et l’espace est libéré pour des gestes architecturaux novateurs. « Comme il reste peu du passé, cela permettra aux visiteurs d’évoluer dans des espaces contemporains », souligne Marie Senghor, directrice générale adjointe du CMN. Ce gigaprojet, piloté par l’architecte en chef des monuments historiques Olivier Weets, doit réhabiliter 3 600 m2 de toitures, 280 fenêtres et 3 300 m2 de planchers.

Quand elle sera achevée en 2023, la Cité internationale de la langue française offrira, outre le parcours de visite permanent ouvert dès 2022, des salles d’exposition, un auditorium, douze résidences d’artistes. Et un « ciel lexical » : 600 m2 de verrière où des mots seront inscrits, dont certains s’éclaireront la nuit. Dans ce département en difficulté économique, le président français Emmanuel Macron voudrait que Villers-Cotterêts devienne « un pôle d’innovation avec des start-up travaillant sur la langue », indique-t-on à l’Élysée. Pour sa réussite, des partenariats sont noués avec l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), des chaînes de télévision comme TV5Monde et de nombreux autres acteurs francophones. En choisissant Villers-Cotterêts, municipalité passée au Rassemblement national (extrême droite), Emmanuel Macron entend « poser un projet de reconquête républicaine » et « un acte de décentralisation », souligne-t-on à l’Élysée.

Jean-Louis de LA VAISSIÈRE/AFP


Redonner son éclat Renaissance à une résidence royale défigurée : c’est l’énorme défi à relever d’ici à 2023 de la rénovation du château de Villers-Cotterêts, qui doit abriter la Cité internationale de la langue française voulue par le président français Emmanuel Macron. Dans ce château situé dans l’Aisne, à 85 km au nord-est de Paris, le roi François Ier avait...

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