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Politique - Décryptage

Les chances d’un déblocage restent très réduites

Les Libanais se dirigent vers un suicide collectif. Telle est la conclusion d’un diplomate en poste à Beyrouth, qui suit et essaie de comprendre les développements dans le dossier gouvernemental. Le léger vent d’optimisme qui avait soufflé au cours du week-end dernier, après la reprise par le président de la Chambre de sa médiation, s’est rapidement dissipé avec le retour du Premier ministre désigné. Même si personne ne le dit encore clairement, les chances que Saad Hariri forme un gouvernement dans les prochaines semaines se réduisent comme peau de chagrin.

Chaque nouvelle rencontre apporte avec elle de nouvelles conditions et montre des complications inattendues. Ce qui avait commencé le 22 octobre 2020 par des promesses d’agir aussi rapidement que possible – au point que Nabih Berry avait annoncé la mise sur pied du gouvernement « dans quatre ou cinq jours », le 29 octobre de la même année – s’enlise dans les sables mouvants de la politique intérieure, sans que personne ne puisse réellement mettre le doigt sur le problème.

Dans le camp Hariri, on a depuis des mois évoqué la question du tiers de blocage que réclameraient le chef de l’État et son camp. La présidence a eu beau publier trois communiqués officiels pour démentir ces allégations, en vain. Michel Aoun et Gebran Bassil sont régulièrement accusés de vouloir pour eux le tiers de blocage au sein du cabinet. Après avoir commencé par réclamer un gouvernement de 18 membres composé de trois tiers (six ministres pour le chef de l’État et son camp, six ministres pour lui et ses alliés et six autres pour Amal et le Hezbollah) – qui posait le problème de la représentation druze limitée à un ministre choisi par le PSP de Walid Joumblatt –, Saad Hariri a finalement accepté, sans l’annoncer officiellement, l’idée d’un gouvernement de 24 membres, divisé selon le même schéma en trois tiers, mais cette fois de 8 au lieu de 6.

Ce qui semblait un compromis acceptable par tous s’est heurté au problème du choix des deux ministres chrétiens restants (il doit y en avoir 12 : sept à Aoun et son camp, deux à Frangié et un au PNSS) et le courant du Futur a commencé à accuser le chef de l’État et le CPL de vouloir le tiers de blocage d’une façon détournée. Nabih Berry et le patriarche maronite Béchara Raï ont alors tenté de trouver des solutions de compromis en proposant que Michel Aoun et Saad Hariri présentent chacun de son côté des listes de 4 noms pour ces deux portefeuilles. À ce moment-là, soit une entente serait trouvée soit le président de la Chambre pourrait tirer les deux noms au sort (!). Dans le souci de parvenir à un compromis acceptable, personne ne songeait au ridicule de ces scénarios, alors que le pays est en train de sombrer.

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Mais depuis lundi, deux nouveaux obstacles sont apparus. Le Premier ministre désigné aurait ainsi déclaré au président de la Chambre au cours de leur dernier entretien qu’il trouve inacceptable de ne pas pouvoir nommer des ministres chrétiens, sachant que son père Rafic Hariri était un homme d’entente et d’ouverture et qu’à plusieurs reprises, il a constitué une garantie pour les chrétiens. Étant lui-même son héritier politique, il devrait pouvoir en faire de même. Nabih Berry aurait trouvé l’argument convaincant, mais il ouvre la voie à la réclamation de la part du chef de l’État de vouloir désigner à son tour des ministres musulmans... Le second obstacle consiste dans la demande de Saad Hariri que Gebran Bassil et le groupe parlementaire aouniste accordent leur confiance au gouvernement qu’il compte former. Ce qui ouvre aussi la voie à de nouvelles discussions interminables...

D’ailleurs, certaines parties se posent désormais la question suivante : si avant même d’être formé le gouvernement fait l’objet de tant de tiraillements, que serait-ce alors une fois qu’il devra travailler? Dans le contexte actuel de crise économique, sociale et monétaire sans précédent, le pays ne supporterait pas un cabinet où les ministres se barricadent les uns face aux autres...

De leur côté, les principaux concernés, à savoir le courant du Futur et le Courant patriotique libre, se rejettent la balle du blocage. Pour le courant du Futur, Aoun et son camp ne veulent pas de Saad Hariri comme président du Conseil désigné et font tout pour le pousser vers la sortie. Le chef du CPL a réaffirmé récemment que son camp souhaite que Hariri forme le prochain gouvernement. Mais pour Bassil et son camp, c’est Hariri lui-même qui ne veut pas former un gouvernement, souhaitant maintenir la vacance gouvernementale jusqu’à la fin du mandat actuel, pour des raisons soit internes soit externes qui pourraient être liées à l’attitude peu enthousiaste des dirigeants du royaume saoudien à son égard. C’est ainsi qu’à chaque fois qu’un obstacle est aplani, Saad Hariri, selon les milieux du CPL, pose de nouvelles conditions, pour rejeter ensuite la responsabilité du blocage sur le président et son camp...

Face à ces positions aussi radicalement opposées, la plupart des parties politiques ne semblent pas confiantes dans la possibilité de former rapidement un nouveau cabinet, en dépit des efforts de Nabih Berry et de l’appui donné par le Hezbollah. Ce dernier a en effet demandé au conseiller politique du secrétaire général Hussein Khalil et au responsable de l’unité de liaison Wafic Safa de participer aux réunions séparées avec Hariri et Bassil pour aider Berry et son conseiller Ali Hassan Khalil à arrondir les angles.

Contrairement à ce qui a été dit dans les médias, il n’y a pas de délai spécifique pour Saad Hariri, même si le président de la République souhaiterait être fixé sur cette question au plus tôt... pour pouvoir penser sérieusement à d’autres options.

Michel Aoun avait en effet décidé de s’adresser aux Libanais, mais il avait reporté la date de son discours pour attendre l’issue de la nouvelle médiation de Nabih Berry. Cette possibilité est donc encore envisagée, mais il y en a d’autres, comme la convocation d’une réunion élargie de dialogue, puisque le problème au sujet de la formation du gouvernement est devenu structurel. Il y aurait encore une troisième option, celle de présenter un projet de loi pour raccourcir le mandat du Parlement et procéder ainsi à des élections législatives anticipées... Mais cette option est considérée comme étant à hauts risques.


Les Libanais se dirigent vers un suicide collectif. Telle est la conclusion d’un diplomate en poste à Beyrouth, qui suit et essaie de comprendre les développements dans le dossier gouvernemental. Le léger vent d’optimisme qui avait soufflé au cours du week-end dernier, après la reprise par le président de la Chambre de sa médiation, s’est rapidement dissipé avec le retour du...

commentaires (8)

Il cherche toujours à faire une diversion. Le problème n'est pas de protéger les chrétiens mais de permettre aux déposants de récupérer leur argent, mais de permettre l'audit de la BDL, de faire revenir l'argent des gros déposants,.. Bientôt il nous parlerons de la lune qui n'est pas tout à fait ronde.

NASSER Jamil

17 h 19, le 02 juin 2021

Tous les commentaires

Commentaires (8)

  • Il cherche toujours à faire une diversion. Le problème n'est pas de protéger les chrétiens mais de permettre aux déposants de récupérer leur argent, mais de permettre l'audit de la BDL, de faire revenir l'argent des gros déposants,.. Bientôt il nous parlerons de la lune qui n'est pas tout à fait ronde.

    NASSER Jamil

    17 h 19, le 02 juin 2021

  • Deux doigts suffisent pour expliquer le problème= 1) Michel Aoun et son gendre et leur haine constamment affichée envers Saad Hariri 2) l'incapacité, due à sa personnalité trop conciliante, de Saad Hariri de faire face au tandem Beau-papa et beau-gendre qui se croient tout permis. Mais...ils semblent oublier que la roue de l'Histoire tourne...et qu'un jour tout peut basculer pour eux deux ! - Irène Saïd

    Irene Said

    15 h 34, le 02 juin 2021

  • Leur seule chance d’échapper à la potence c’est de plaider l’impossibilité de "haute" trahison quand on est tout petit...

    Gros Gnon

    14 h 37, le 02 juin 2021

  • Je présume que le diplomate qui annonce le suicide collectif s'est sûrement mal exprimé. Il n'y a pas de suicide collectif mais plutôt un massacre collectif. Le peuple se fait massacrer en masse, la patrie se fait détruire sur la tête du peuple et tout ceci par les assassins les plus vicieux: ses propres dirigeants, zaiims! Il est très important de distinguer entre suicide et assassinat...

    Wlek Sanferlou

    14 h 07, le 02 juin 2021

  • Chère journaliste, il ne suffit pas de publier des communiqués fallacieux pour prétendre à l’apaisement et à la formation du gouvernent sans tier bloquent. Les faits sont là et se passent de commentaires. Ils exigent un gouvernent de 24 pour obtenir plus que le tier bloquant et paralyser à nouveau ce pays pour le blanc des yeux des vendus. Alors assez de mensonges et de faire semblant personne n’est dupe. Pourquoi un gouvernement de 18 ministres non affiliés à des partis n’a pas trouvé grâce aux yeux de ce figurant de président? Pourquoi dire oui puis se rétracter pour bloquer le pays sur ordre de ses alliés vendus? Il n’y a pas de quoi fanfaronner et être fier, son jeu est connu de tous et cela commence à devenir une affaire d’état et de trahison pour laquelle ils devraient répondre avec son gendre le plus tôt possible. Épargnez-nous vos articles à la noix cela ne fait qu’aggraver leur cas.

    Sissi zayyat

    12 h 39, le 02 juin 2021

  • de discours en discours, de messages ecrits en lettres adressees aux MPs, de déblatération twitee en attaques verbales mediatisees nos chers mafieux se delectent de leur puissance de nuisance a l'encontre des citoyens libanais. meme dame hadad n'en peut plus mais de decrypter. m'est avis que lorsqu'on arrive a mettre le doigt sur la VRAIE PARTIE qui profite du vide on aura le coeur net quant aux chances de trouver la parade. qui j'en suis convaincu passera par mettre KELLON HORS CIRCUIT. " NOT IN MY WILDEST DREAM" je dirais.

    Gaby SIOUFI

    10 h 00, le 02 juin 2021

  • " l ' héritier ", ce mot n'est jamais utilisé par le CPL alors qu' en face le mot "gendre" tient lieu d'argument politique !!!

    NASSER Jamil

    09 h 36, le 02 juin 2021

  • ARTICLE PAS TRES MAUVAIS. MAIS MADAME NE PEUT PAS SE DEBARRASSER DE SON PARTI PRIS MEME SI CETTE FOIS JE NE VOIS PAS D,ENCENSEMENTS CRIANTS.

    CENSURE CRIMINELLE. NI ABONNEMENT NI SOUTIEN.

    09 h 28, le 02 juin 2021

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