Les députés libanais réunis en séance plénière au palais de l'Unesco, à Beyrouth, le 15 janvier 2021. Photo d'archives Hassan Ibrahim / Parlement libanais
Le président du Parlement libanais, Nabih Berry, a convoqué la Chambre pour une séance plénière vendredi à 14h au palais de l'Unesco, en réponse à la lettre qui lui a été adressée mardi par le chef de l'Etat, Michel Aoun, pour dénoncer le retard dans la formation d'un nouveau gouvernement, rapporte notre correspondante Hoda Chédid. La séance sera consacrée à la lecture de la missive du chef de l'Etat.
Pour sa part, le vice-président du Parlement libanais, Elie Ferzli, a affirmé mercredi qu'une autre séance pourrait se tenir en début de semaine prochaine. "Le président de la République a le droit d'adresser des lettres au Parlement, qui doit se réunir dans les trois jours. La Chambre a le droit d'émettre une recommandation ou une décision à propos de la lettre", a affirmé M. Ferzli, lors d'un entretien accordé à la radio Voix du Liban.
Dans un communiqué commun, les anciens Premiers ministres Tammam Salam, Fouad Siniora et Nagib Mikati ont de leur côté critiqué la lettre envoyée par le président à la Chambre, estimant qu'elle était "remplie d'erreurs" et qu'elle "transformait les faits pour faire porter la responsabilité du retard de la formation à Saad Hariri". Prenant la défense du chef du Courant du Futur, ils ont réitéré que la Constitution est "claire" en ce qui concerne le processus de formation du cabinet et qu'elle a été respectée par Saad Hariri, qui a "à chaque étape rencontré des obstacles et des revendications inconstitutionnelles". Ils ont indiqué que, selon eux, la lettre envoyée par le chef de l'Etat constitue une violation grave de la Constitution.
Le président Aoun, empêtré dans un conflit politique avec le Premier ministre désigné Saad Hariri, a adressé mardi une lettre à ce sujet au Parlement. Dans sa missive, le chef de l'État accuse M. Hariri d'être "incapable" de mettre sur pied un cabinet et estime que "les raisons du retard (...) et ne doivent pas prendre en otage indéfiniment le processus de formation du cabinet". Aussi a-t-il demandé au Parlement de se réunir en assemblée plénière pour débattre de sa lettre afin de "prendre une position, une mesure ou une décision appropriée à ce sujet".
Toutefois, la Constitution libanaise ne mentionne pas de délais pour la formation du gouvernement et ne prévoit pas la récusation du Premier ministre désigné s'il ne réussit pas à mettre sur pied son équipe dans un délai bien défini.
Le Liban est sans gouvernement depuis plus de neuf mois, après la démission du cabinet de Hassane Diab, dans la foulée des explosions meurtrières de l'année dernière au port de Beyrouth. Saad Hariri et Michel Aoun s'accusent mutuellement du blocage du processus et s'écharpent sur leurs prérogatives respectives en matière de formation. Ils ne se sont pas réunis depuis le 22 mars. Entre-temps, le Liban poursuit sa descente aux enfers, avec une crise socio-économique et financière qui ne cesse de s'aggraver depuis l'été 2019, alors que plus de la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté.

