Rechercher
Rechercher

Culture - FOIRE

Les artistes libanais, cœur battant de la Menart Fair

Initiée par l’infatigable Laure d’Hauteville, cette nouvelle foire présente du 27 au 30 mai à Paris une sélection choisie de galeries et d’artistes incontournables du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord. L’art du Liban y occupe évidement une place notable.

Les artistes libanais, cœur battant de la Menart Fair

Joanna Abousleiman-Chevalier et Laure d’Hauteville, le duo directrice artistique et directrice-fondatrice de la Menart Fair. Photo Irène de Rosen

Qui dit Laure d’Hauteville pense aussitôt à la scène artistique libanaise, et plus précisément à la foire d’art de Beyrouth que cette Française amoureuse inconditionnelle du pays du Cèdre avait fondée en 2009, plaçant ainsi Beyrouth sur la carte des rendez-vous annuels de l’art international. Une Beirut Art Fair qu’elle avait accompagnée et développée avec succès durant une décennie jusqu’à sa dernière édition en 2019, tenue 3 semaines avant l’irruption de la crise et de la révolte d’octobre 2019. Les difficultés du Liban l’ayant contrainte à renoncer à sa foire beyrouthine pour un temps, Laure d’Hauteville a trouvé le dérivatif pour continuer à soutenir la scène artistique libanaise : lancer une nouvelle foire Menart Fair consacrée, comme son nom l’indique, à l’art de la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord. Une foire au format intimiste dont le premier rendez-vous se tiendra à Paris du 27 au 30 mai, dans les élégants salons de l’hôtel particulier, avenue Hoche, de la maison de ventes Cornette de Saint Cyr. Y seront réunies 22 galeries en provenance de 13 pays de la zone géographique Levant/Maghreb/golfe Persique, qui recevront durant ces 4 jours le public en mode physique mais sur rendez-vous. Plus de détails avec sa fondatrice.

Comment est née l’idée de la Menart ?

Ne pouvant plus organiser la Beirut Art Fair au Liban pour toutes les raisons que l’on connaît : crises, instabilité, explosion, confinement sanitaire… je me demandais comment la faire revivre autrement. Je voulais surtout communiquer sur le Liban positivement, montrer sa richesse artistique, sa scène extrêmement vivante. Et pour véhiculer cette image, j’ai d’abord œuvré à présenter depuis Paris les artistes libanais à travers des initiatives diverses et variées. Je leur avais notamment préparé une participation importante à la foire internationale Paris Photo 2020, mais celle-ci a été annulée pour cause de pandémie. Après en avoir pleuré durant 3 jours, j’ai alors décidé de créer ce qu’on appelle une « Boutiques-Art Fair », une petite foire regroupant 20 à 25 galeries qui ne présentent que des artistes de la région dite MENA (Moyen-Orient, Afrique du Nord) qui englobe le Liban. Cette foire de niche n’existant pas à Paris, j’ai pensé qu’elle pourrait d’une part aider à retracer l’histoire de l’art libanais dans un contexte global incluant le Levant, l’Afrique du Nord et les pays du Golfe. Et qu’elle permettrait d’autre part aux artistes libanais de pouvoir identifier les galeries internationales qui ont un intérêt particulier pour l’art de cette région…

Qui sont les Libanais qui y participent ?

Nous avons des artistes vivant en Occident, qui ont déjà la reconnaissance des institutions et des collectionneurs, ainsi qu’une véritable cote sur le marché de l’art international tels qu’Étel Adnan, Nabil Nahas, Simone Fattal, Joana Hadjithomas & Khalil Joreige… Nous avons aussi d’autres grands talents comme Hussein Madi, Ayman Baalbaki, Taghreed Darghouth ou Abdel Rahman Katanani, pour ne citer qu’eux, qui sont emmenés par leurs galeristes, en l’occurrence Mark Hachem et Saleh Barakat. Nous avons également la galerie Tanit, la première à avoir présenté des artistes de la région MENA dans les plus importantes foires internationales, ainsi que la galerie Cherif Tabet, spécialisée dans les artistes de la diaspora libanaise. Et côté design, la participation de la très reconnue Nada Debs à l’international.

« Les Silos de Beyrouth » d’Ayman Baalbaki (acrylique sur toile, 140 x 180 cm, 2021). Avec l’autorisation de l’artiste et de la Saleh Barakat Gallery

Une foire dans un hôtel particulier n’est-ce pas un peu restrictif ? À quel public s’adresse-t-elle ?

Lorsque j’ai lancé mon projet en décembre, tous les lieux culturels à Paris subissaient le confinement sanitaire et les seuls endroits d’art qui restaient ouverts étaient les galeries et les maisons de ventes aux enchères. D’où l’idée de mon associé Paul de Rosen de contacter Arnaud Cornette de Saint Cyr. Ce dernier a non seulement mis son célèbre hôtel de ventes avenue Hoche à notre disposition, mais également ses équipes et son réseau de collectionneurs. Grâce à lui, nous bénéficions donc de 600 mètres carrés avec moulures, cheminées, miroirs et verrières d’époque, parquet classé et… l’interdiction d’enfoncer des clous dans les murs. Un décor magnifique qu’il a fallu inclure dans la scénographie de l’exposition. Ce qui fait que nous avons délimité la surface des stands à 25 mètres carrés maximum par galeriste. Mais grâce à notre partenariat avec la plateforme Artsy, la foire sera également en ligne durant un mois plein. Ce qui permettra aux galeristes d’offrir un plus large éventail de pièces aux intéressés.

Lire aussi

« Comment en sommes-nous arrivés là ? » : quand l’art libanais interroge

La Menart n’est donc pas une foire restrictive, mais elle n’est pas non plus une foire classique. D’abord parce que la visite – gratuite – se fait uniquement sur rendez-vous, et au moyen d’une réservation via le lien suivant : https://menartfair2021public.eventbrite.fr. Et cela pour respecter la loi et les mesures de précaution sanitaires, qui limitent l’accès aux lieux fermés à un visiteur par mètre carré. Ensuite parce que le matin elle n’est ouverte qu’aux institutions, musées et gros collectionneurs auxquels nous avons adressé des invitations. Nous avons ainsi toute une liste de groupes déjà inscrits pour la visite, dont, entre autres, ceux du Palais de Tokyo, de la mairie de Paris, du Centre Georges Pompidou, du musée du Jeu de Paume, de la Fondation Cartier, de la Fondation LVMH, de la Fondation Yves Saint Laurent, du prix Marcel-Duchamp, du ministère de la Culture et de celui des Affaires étrangères… Les après-midi, par contre, c’est-à-dire de midi jusqu’à 19h, les portes sont ouvertes, sur réservation, par tranche horaire et à raison d’une capacité de 65 visiteurs maximum par heure, à toutes les autres personnes qui s’intéressent à l’art de la région Moyen-Orient/Afrique du Nord.

Selon quels critères avez-vous établi la sélection des pays, des galeries et des artistes ?

Avec Joanna Chevalier, qui est la directrice artistique de la foire, nous avons voulu taper très fort en ne présentant que le meilleur des artistes, pour être sûres que les galeries puissent vendre. C’est à travers nos regards croisés que nous avons fait la sélection. Ce qui est très drôle, c’est que moi la Française j’apporte ma connaissance de la scène artistique des pays du Levant et principalement du Liban où j’ai passé 30 ans de ma vie. Alors que Joanna, qui est d’origine libanaise (Abousleiman-Chevalier) mais vit en France depuis 4 décennies, apporte paradoxalement son regard de collectionneuse européenne. Moi, je lui indique les artistes essentiels, et elle me guide par rapport aux goûts et intérêts des Occidentaux. Notre choix des galeries participantes s’est ainsi constitué à partir de ces deux axes. Sans oublier l’introduction aux meilleures galeries maghrébines que nous avons pu avoir grâce à Paul de Rosen, grand amateur d’art du Maroc.

Outre la place prépondérante qu’y tient l’art libanais, nous avons voulu que cette première foire qui expose des scènes artistiques parfois méconnues des collectionneurs et amateurs européens puisse mettre en lumière, à travers une sélection véritablement choisie de galeries, la fécondité, la singularité et l’originalité d’artistes confirmés des années 50, 60 et 70 parallèlement aux artistes contemporains.

Nous avons par exemple sélectionné d’Arabie saoudite deux galeries, Athr et Mono Gallery, qui présentent un art précurseur et dynamique, comblant le fossé culturel entre l’Orient et l’Occident. Pareil pour la Leila Heller Gallery en provenance des Émirats arabes unis. De Tunisie, nous avons choisi Elmarsa Gallery, qui attire avec des œuvres d’une grande modernité ; de Jordanie, Wadi Finan Art Gallery, toujours pertinente dans sa sélection ; d’Iran, la Shirin Art Gallery, qui défend une scène émergente, et du Qatar, dans le même registre, la Eiwan al-Gassar Gallery. Du Maroc, nous avons retenu la Galerie 38 qui propose un choix audacieux d’œuvres. Auxquelles s’ajoutent des galeries européennes et internationales telles que Galleria Continua, Galerie Nathalie Obadia, ou encore la galerie Bessières qui expose les œuvres photographiques du Libanais Serge Najjar…

« Shams », une œuvre du Libanais Ali Kandil & Atelier Relief (Diasec Print sur aluminium brossé, 120 x 120 x 12 cm, 2021). Photo DR

Comptez-vous faire de la Menart Fair un rendez-vous annuel à Paris? Ou l’envisagez-vous comme une foire itinérante qui se déplacerait aussi dans d’autres villes ?

Comment parler de Beyrouth ? C’est de cette interrogation qu’est née la Menart Fair. La réponse serait d’aller directement dans les divers pays qui ont envie de découvrir sa scène artistique. C’est pourquoi nous avons décidé de programmer cette foire annuellement dans trois villes de 3 pays différents, tout en conservant un rendez-vous établi à Paris. La prochaine destination de la Menart est déjà fixée à Bruxelles en décembre 2021. Ensuite, courant 2022, on travaille sur Londres. Et puis on verra… Mais une chose est sûre : dès que le Liban ira mieux, nous rouvriront la Beirut Art Fair, qui aura ainsi bénéficié de la mégacommunication offerte par les tournées de la Menart…

Les événements hors les murs

Outre trois conférences (dont une sur la pratique des artistes en exil) qui seront données via Zoom sur les réseaux sociaux, page Facebook et fil Instagram de la Menart Fair, un programme hors les murs se tiendra également en parallèle de la foire. Les visiteurs de la Menart Fair bénéficieront ainsi d’un accès gratuit aux expositions « Les Divas » à l’Institut du monde arabe et « Zone franche » à l’Institut des cultures d’islam, programmées à la même période. Ils auront aussi la possibilité de visiter Poush-Manifesto, un lieu qui accueille des résidences d’artistes en provenance du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, entre autres, ainsi que la Cité internationale des arts avec un focus sur les studios d’artistes de la région MENA. Sans oublier la galerie Bessières située dans un cadre exceptionnel en bord de Seine, sur l’île des Impressionnistes à Chatou, qui a décidé de mettre son vaste espace gracieusement à disposition des galeristes libanais de la Menart durant les deux semaines qui suivront la foire.


Qui dit Laure d’Hauteville pense aussitôt à la scène artistique libanaise, et plus précisément à la foire d’art de Beyrouth que cette Française amoureuse inconditionnelle du pays du Cèdre avait fondée en 2009, plaçant ainsi Beyrouth sur la carte des rendez-vous annuels de l’art international. Une Beirut Art Fair qu’elle avait accompagnée et développée avec succès durant une...

commentaires (0)

Commentaires (0)

Retour en haut