Rechercher
Rechercher

Culture - En librairie

Nada el-Hajj : Mieux reconstruire quand tout est détruit...

Le neuvième recueil de la poétesse, « Aaberou al-dahchati » (Traverser l’émerveillement, 109 pages, édition al-Moutawassit), fouille la profondeur de l’âme humaine pour se reconstruire et renaître en une terre brûlée...

Nada el-Hajj : Mieux reconstruire quand tout est détruit...

Nada el-Hajj a des mots bleus pour chasser la noirceur généralisée. Photo DR

Depuis ses débuts en 1988, avec des titres aux phosphorescences spirituelles claires, tel Salat el-rih (La prière du vent), Nada el-Hajj a choisi de parler de l’insaisissable, du furtif, de l’immatériel, de l’amour, de l’ombre, de la lumière, de la mort passage à une autre vie… Elle a ainsi manifesté son penchant pour un chant de la vie où s’imbriquent un mysticisme voilé, le désir d’explorer les êtres et les âmes, et surtout une féminité toute en douceur. Loin de toute imprécation, anathème ou vocifération.

Un parcours de plus de trois décennies et ses mots résonnent toujours comme un fervent cantique, incantatoire et envoûtant. Des mots qui s’écartent donc de ce qui est ronflant ou tonnant. Au contraire, ses mots, soigneusement choisis, sont ceux du partage, de l’altérité, de l’élévation, de la mansuétude, de la compréhension, de l’entraide, de la dépossession.

En une musique à la partition moderne et une métrique libre, mais à la cadence soutenue, Nada el-Hajj offre son dernier recueil Aaberou al-dahchati (Traverser l’émerveillement, 109 pages, édition al-Moutawassit) comme un poème en prose, un moment de transe, de libération et de recueillement dans un Liban en chute vertigineuse. Pays qu’elle ne nomme d’ailleurs jamais dans son recueil, mais où les signes et les symboles de destruction et de délabrement sont perceptibles.

Sous des allures de poésie rêveuse ou d’inspiration nourrie des grands soufis, penseurs ou poètes – ibn Arabi, ibn el-Roumi, al-Moukhtari, René Char et, furtif hommage à son père, Ounsi el-Hajj –, la poétesse jette dans son recueil une passerelle, comme une bouée de sauvetage, pour sortir de l’impasse ambiante et refaire le monde, en meilleur. Avec, en couverture, un dessin en cercles concentriques de Khaled al-Nassiri, symbole du rayonnement, de la chaleur solaire et de l’infinitude de l’eau avec sa fertilité.

Tout en les contournant, la poétesse tente de conjurer ce qui mine, inquiète et angoisse. Elle parle de ce pays lumineux où l’on accède par les étoiles qui scintillent, du soleil qui luit, d’un regard qui illumine la vie et les êtres.

Son message se résume en ces vers : « Ce continent est entre tes mains, illumine-le par la mèche de ta joie et passe d’une liberté à une autre jusqu’à ce que tu fondes dans le tout, unique, éveillé, sain, dans le giron du firmament. Ne laisse aucune trace sauf ce qui déborde de ton amour. Et n’aime que pour l’amour. »


Des mots bleus

Avec des mots bleus qui chassent la noirceur généralisée, elle sort en un coup d’éventail imparable tout son arsenal de vocables qui renforcent la confiance, la foi, la certitude, l’espoir et l’espérance.

Le lyrisme, l’évasion pour un ailleurs sans tourmente et la contemplation, en ces pages teintées de romantisme et de considérations philosophiques, ont des embardées et des reflets particuliers. Feu sous la cendre, attente d’un déluge annoncé, besoin de renaissance, intériorité aux aguets et conscience vive jaillissent de ce verbe enserré dans cinquante et un poèmes de longueurs inégales.

Un recueil comme une bouteille à la mer, à contre-courant de l’agitation actuelle, qui devait être lancé à la Foire du livre arabe de Beyrouth. Beyrouth hélas en mode de suspension et d’arrêt, car engoncé dans ses inextricables démêlés. Alors, porté par le vent de la poésie et de la littérature, l’ouvrage a volé vers la Foire du livre arabe au Caire, à Casablanca, Mascate, Dubaï et Abou Dhabi. Où il a fait excellente figure !

Dieu merci, pour refaire le monde, le mot, si on ne le confisque pas, a encore le pouvoir de voler de ses propres ailes…

« Traverser l’émerveillement » de Nada el-Hajj (109 pages, édition al-Moutawassit).


Depuis ses débuts en 1988, avec des titres aux phosphorescences spirituelles claires, tel Salat el-rih (La prière du vent), Nada el-Hajj a choisi de parler de l’insaisissable, du furtif, de l’immatériel, de l’amour, de l’ombre, de la lumière, de la mort passage à une autre vie… Elle a ainsi manifesté son penchant pour un chant de la vie où s’imbriquent un mysticisme voilé,...

commentaires (0)

Commentaires (0)

Retour en haut