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Politique - Décryptage

Aoun-Hariri : une rupture sous les projecteurs

Ni le rôle du président du Conseil désigné ne consiste à « remplir des cases vides » ni celui du chef de l’État ne se limite à apposer sa signature au bas d’un décret, tout en n’ayant pas son mot à dire sur le contenu. Entre ces deux négations, la formation du gouvernement est en suspens, et avec elle le Liban tout entier retient son souffle.

Que s’est-il donc passé pour qu’entre le président Michel Aoun et le Premier ministre désigné Saad Hariri les choses en arrivent à ce point de rupture ? Surtout après la 17e rencontre de jeudi qui avait été qualifiée de « positive » et annonciatrice d’un possible accord sur une formule gouvernementale ?

Selon les milieux proches de Baabda, même si l’atmosphère de la 17e rencontre était cordiale, le chef de l’État avait préféré limiter le débat aux questions générales sur le programme du futur gouvernement, lorsqu’il avait senti que le Premier ministre désigné avait ramené sa fameuse formule inchangée, qui datait du 9 décembre et qu’il avait déjà rejetée en lui expliquant ses réserves et ses points de désaccord.

Pour Baabda, et cela a été déjà dit, il y avait un sentiment de plus en plus fort que Saad Hariri ne voulait pas former un gouvernement pour des raisons qu’il ne divulguait pas, et qu’il cherchait par conséquent à gagner du temps... en attendant un développement quelconque, probablement régional ou international. L’équation était donc aux yeux de Baabda la suivante : soit la formule que le Premier ministre désigné présente est acceptée, ce qui renforcerait sa position politique sur le plan local, régional et international, soit il n’y a pas de gouvernement. Or, tout au long des 17 rencontres avec le chef de l’État depuis sa désignation pour former le gouvernement le 22 octobre dernier, Michel Aoun n’a cessé de faire comprendre à son interlocuteur que cette attitude ne portera pas ses fruits et qu’il n’accepte pas d’être marginalisé, d’autant que la Constitution lui donne le droit d’être un partenaire véritable dans la formation du gouvernement. De plus, ce qui a aussi dérangé le chef de l’État et son camp, c’est qu’après chaque rencontre avec le Premier ministre désigné, ce dernier laissait entendre dans les médias que c’est Michel Aoun, et à travers lui Gebran Bassil, qui assume la responsabilité du blocage en exigeant le tiers plus un des ministres. Il faut toutefois préciser à cet égard que dans le cadre de l’initiative du directeur de la Sûreté générale, le chef de l’État avait renoncé à ce tiers, acceptant aussi un gouvernement de 18 membres.

Face au refus de Saad Hariri de prendre en considération la position présidentielle et même d’en discuter, en revenant toujours avec la même mouture, Michel Aoun a donc choisi de lui envoyer, par colis recommandé, une lettre dans laquelle il explique la méthode qu’il préconise de suivre pour former le gouvernement, en commençant par un partage confessionnel des portefeuilles dans un cabinet de 18, de 20 ou de 22 membres, avant de passer aux parties politiques qui doivent choisir les ministres. Il s’agissait certainement d’un procédé inhabituel de communication entre un président et un Premier ministre. Mais aux yeux des milieux proches de Baabda, il était justifié après le refus répété de Saad Hariri de tenir compte, ou même de discuter, des points soulevés par le chef de l’État. Ce dernier savait qu’il prenait ainsi le risque d’irriter le Premier ministre désigné, mais il ne pensait sans doute pas que les choses en arriveraient là.

De fait, Saad Hariri a très mal pris l’initiative présidentielle et a violemment réagi. Il a donc contre-attaqué lors de la 18e rencontre entre les deux hommes lundi. Il est d’abord arrivé à Baabda avec un communiqué préparé à l’avance, ainsi qu’avec des photocopies de la formule gouvernementale qu’il avait présentée à Michel Aoun le 9 décembre pour les distribuer aux journalistes présents. Il avait donc décidé à l’avance de hausser le ton dans le cadre de cette rencontre, avant de faire une déclaration fracassante. D’ailleurs, au cours de l’entretien qui a duré près de 25 minutes, il a lancé au chef de l’État : « Ce n’est pas à vous de former le gouvernement. C’est moi qui le fais et vous, vous vous contentez de signer le décret. » Le chef de l’État était totalement interloqué. Mais Saad Hariri ne s’est pas contenté de le dire au cours de leur entretien, il a repris la même phrase dans sa déclaration à la presse à sa sortie. Ce qui a poussé le bureau de la présidence à lui répondre via un communiqué très sec.

Pour les milieux de Baabda, Saad Hariri aurait agi ainsi parce qu’il a essuyé ces quelques jours plusieurs camouflets. D’abord, il est clair que les autorités saoudiennes ne veulent pas l’appuyer dans sa mission, et le discours du secrétaire général du Hezbollah jeudi soir ne va pas dans le sens de ses prises de position. De plus, les derniers propos tenus par le leader druze Walid Joumblatt sont contraires à sa volonté d’imposer un gouvernement de fait accompli au chef de l’État, puisque le chef du PSP a insisté sur la nécessité de trouver un compromis. C’est donc pourquoi il a décidé de bloquer ouvertement le processus en rejetant une fois de plus la responsabilité sur le chef de l’État et son camp et en créant une crise communautaire sous prétexte de violation des droits des sunnites.

Du côté du courant du Futur, c’est évidemment le camp présidentiel qui a dépassé les bornes en envoyant la fameuse lettre considérée comme insultante pour le Premier ministre désigné, outrepassant tous les usages et coutumes en vigueur.

Quelle que soit la partie qui assume la responsabilité de la nouvelle crise, celle-ci est appelée à se prolonger dans l’attente d’une issue quelconque. Les ponts peuvent-ils être rétablis entre Michel Aoun et Saad Hariri après l’épisode de lundi ? La plupart des observateurs estiment qu’il faut du temps pour que les choses s’apaisent... Ce même temps que Saad Hariri essaie de gagner en attendant un feu vert étranger. Entre-temps, il faut éviter un dérapage confessionnel dans une rue déjà lourdement éprouvée.

Ni le rôle du président du Conseil désigné ne consiste à « remplir des cases vides » ni celui du chef de l’État ne se limite à apposer sa signature au bas d’un décret, tout en n’ayant pas son mot à dire sur le contenu. Entre ces deux négations, la formation du gouvernement est en suspens, et avec elle le Liban tout entier retient son souffle. Que s’est-il donc passé pour qu’entre le président Michel Aoun et le Premier ministre désigné Saad Hariri les choses en arrivent à ce point de rupture ? Surtout après la 17e rencontre de jeudi qui avait été qualifiée de « positive » et annonciatrice d’un possible accord sur une formule gouvernementale ? Selon les milieux proches de Baabda, même si l’atmosphère de la 17e rencontre était cordiale, le chef de l’État avait préféré limiter...
commentaires (10)

Le President ne fait qu'appliquer la Constitution M Hariri l'epoque de Ghazi Kannan est révolue! Vs faites le gouvernement avec le President comme prevu par Taef Vs n'echaperai pas au Forenzic Audit.

MALLAT Patrick 2791

17 h 32, le 25 mars 2021

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Commentaires (10)

  • Le President ne fait qu'appliquer la Constitution M Hariri l'epoque de Ghazi Kannan est révolue! Vs faites le gouvernement avec le President comme prevu par Taef Vs n'echaperai pas au Forenzic Audit.

    MALLAT Patrick 2791

    17 h 32, le 25 mars 2021

  • Le President ne fait qu'appliquer la Constitution M Hariri l'epoque de Ghazi Kannan est révolue! Vs faites le gouvernement AVEC le President comme prevu par Taef. Vs n'echaperai pas au Forenzic Audit.

    MALLAT Patrick 2791

    17 h 30, le 25 mars 2021

  • Mme Haddad nous informe que aoun savait que l'envoi de la méthodologie qu'il préconise pour la formation du gouvernement par colis recommandé (une idée de jreïssati a mon humble avis) irriterai le Premier ministre désigné, "mais il ne pensait sans doute pas que les choses en arriveraient là." Quel menteur vous a raconté ça Mme Haddad? Lorsque aoun traite publiquement Hariri de menteur et le provoque ensuite par sa méthodologie, vous pensez qu'il ne s'attendait pas à ce que les choses en arrivent là ? Non madame, il ne fait qu'essayer de le pousser à partir !!!

    DJACK

    13 h 34, le 24 mars 2021

  • Article qui révèle les faits tels quels et qui laisse conclure que Hariri comme Aoun sont aussi incompétents l'un que l'autre et se serve de machiavélisme alors que le peuple lui a besoin de patriotes consciencieux et capables pour les sortir de la. Plus le temps passe et plus nous nous dirigeons vers la guerre comme solution a la catastrophe dans laquelle se vautre le pays. A Dieu ne plaise!

    Pierre Hadjigeorgiou

    11 h 10, le 24 mars 2021

  • """Saad Hariri ne voulait pas former un gouvernement pour des raisons qu’il ne divulguait pas, et qu’il cherchait par conséquent à gagner du temps... en attendant un développement quelconque, probablement régional ou international""". Développement quelconque ? Le quel ? L’ouverture d’une enquête internationale, ou une autre explosion qui nous enfonce encore dans l’enfer. Si je lis bien, c’est une question de prérogatives. Nous sommes à combien de rencontres pour la formation de ce gouvernement.

    Charles Fayad

    10 h 18, le 24 mars 2021

  • j'ajouterais que Mme Hadad a indirectement confirme le jeu de la non verite applique par aoun & pti gendre, lorsqu'elle indique que le pres. aoun avait fait comprendre a hariri qu'il ne tenait plus au tiers diabolique, en contradiction avec ce qui fut maintes fois declare qu'il n'avait JAMAIS exige cela ! de la a croire le reste .....il y a tres loin

    Gaby SIOUFI

    09 h 55, le 24 mars 2021

  • ...." Quelle que soit la partie qui assume la responsabilité de la nouvelle crise..." Rafraichissante cette conclusion , une fois n'est pas coutume ! mme Hadad s'autorise a ne pas accabler tout ce qui n'est pas aounisto jobranistohezbien .

    Gaby SIOUFI

    09 h 52, le 24 mars 2021

  • LE PARTI PRIS ET LA DESINFORMATION A L,OEUVRE HABITUELLE. L,ENCENSEMENT ET LE MENSONGE. DANS LA MOUTURE DE 18 MINISTRES NON PARTISANS HARIRI A PUISE LES NOMS DES CPLIENS D,UNE LISTE QUE AOUN LUI AVAIT PRESENTEE ET QUE HARIRI A RENDUE PUBLIQUE. DONC CE QUI RESTE AU BLOQUEUR C,EST OU DE SIGNER LA MOUTURE OU DE DEMISSIONNER CONFORMEMENT A LA CONSTITUTION. DANS LES PAYS DU MONDE OU L,ON SE RESPECTE ON N,AURAIT PAS HESITE !

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    09 h 50, le 24 mars 2021

  • Une fois de plus, Scarlett Haddad la voix de son maître !!!

    Nadim Emile Melki

    08 h 49, le 24 mars 2021

  • Aoun ne veut pas de Hariri, et il a essaye’ publiquement d’empecher les depute’s de le designer. Aoun veut de ministres politiques , a l’encontre du projet Macron. Aoun veut le tiers de blocage, necessaire pour favoriser les sombres manigances du prince heritier Bassil. Mais en definitive Aoun fait ce que le hezbollah desire. Conclusion : pas de ministere prevu pour bientôt car hassan nasrallah n’en veut pas

    Goraieb Nada

    08 h 16, le 24 mars 2021

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