Un homme tenant des dollars à côté d'une pile de livres libanaises. Photo d'illustration REUTERS/Mohamed Azakir
L'Association des banques du Liban (ABL) s'est défendue mercredi de toute responsabilité dans la dépréciation record de la livre libanaise face au dollar, au lendemain d'un taux record qui a provoqué des manifestations de colère dans tout le pays qui ne cesse de sombrer dans une grave crise.
Au moment où la Banque centrale demande aux banques du pays d'augmenter leur capital afin d'échapper à une liquidation, des observateurs estiment que certains établissements se sont rués sur le marché noir pour s'approvisionner en dollars, ce qui aurait provoqué la forte dépréciation de la livre libanaise ces derniers jours.
Dans un communiqué publié mercredi, l'ABL a "démenti en bloc tout ce qui se dit ces derniers jours sur le rôle des banques dans la montée du taux du dollar sur le marché noir". "La demande de liquidités requises par la Banque du Liban en vertu de la circulaire 154 excède les 3,4 milliards de dollars pour le secteur. Serait-ce donc possible que les banques puissent capter un tel montant sur le marché noir local dont la taille n'excède pas les quelques millions de dollars ?", ironise l'ABL.
Selon elle, cette dépréciation est notamment due au "flou politique dans le pays (...) en l'absence de tout effort pour former un gouvernement", le pays étant sans cabinet depuis près de sept mois, "aux importations non subventionnées par la BDL, (...), à la raréfaction du dollar sur le marché local à l'ombre d'une baisse du mouvement de liquidités", ou encore "aux transactions en dollar sur les plateformes électroniques illégales". Dans ce contexte, le député Nabil Nicolas, affilié au Courant patriotique libre (CPL) de Gebran Bassil, a fait une demande d'ouverture d'une note d'information contre ces plateformes électroniques qui se trouveraient selon lui au Liban mais à l'étranger aussi. L'Association des déposants libanais a elle aussi déposé une demande d'ouverture d'une note d'information auprès du parquet financier contre "des dizaines de personnes qui manipulent le taux de la livre et menacent la santé de la monnaie nationale".
La livre libanaise a atteint mardi un plus bas historique sur le marché noir mardi, frôlant les 10.000 livres pour un dollar et suscitant la colère de la rue dans un pays en plein effondrement économique. Officiellement, la monnaie locale reste indexée sur le billet vert au taux de 1.507 livres pour un dollar, observé depuis plus de deux décennies. Mais sur le marché noir, elle connaît depuis l'automne 2019 une dégringolade sans précédent.

