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Culture - Hommage

Lotti Adaïmi, vénérable « frau » libano-allemande

Disparue il y a un an, cette peintre, musicienne et pédagogue était une figure de proue du paysage culturel libanais.

Lotti Adaïmi, vénérable « frau » libano-allemande

Lotti Adaïmi, 1932-2020. Photo d’archives L’OLJ

Son brusque départ, il y a un an, a laissé un grand vide, non seulement au Lycée libano-allemand et au Goethe Institute de Beyrouth, mais aussi à travers tout le Liban où Lotti Adaïmi était omniprésente par ses multiples activités musicales, picturales et pédagogiques.

Née en 1932 à Düsseldorf, dans l’ouest de l’Allemagne, elle s’était définitivement installée au Liban en 1963. Elle était tombée en amour non seulement de son mari, le docteur Fawzi Adaïmi, mais aussi du pays du Cèdre. Elle a fait de Jounieh, d’où elle aimait tant regarder la mer, son point d’ancrage, d’action et d’activité. Son lieu phare de combat, de cœur et de prédilection, qu’elle a peint, amoureusement, dans tous ses états.

Dans une villa magnifique dont le jardin suscitait l’enchantement de ses nombreux amis, les fleurs, surtout les géraniums qu’elle affectionnait, réservaient un accueil souriant et chaleureux à tous.

Blonde au teint clair, le regard vert, Lotti Adaïmi était une figure de proue du paysage culturel libanais avec son rire sonore et son accent français métissé de gutturales tonalités germaniques. Avec une énergie débordante, elle passait avec aise d’un domaine à l’autre, d’une discipline à l’autre.

Grâce à un demi-siècle d’intense labeur, elle a jeté les fondations d’une culture allemande aujourd’hui solidement établie au Liban, avec un centre culturel aux multiples branches sur le territoire, une école (Deutsche Schule), une université (l’Université libano-allemande LGU, fondée en 2007), un orchestre de chambre (Das Barock-Ensemble) au choix éclectique, entre post-Renaissance et d’audacieuses œuvres contemporaines. Lotti Adaïmi, c’est aussi et surtout une belle carrière de peintre, avec une multitude d’expositions privées et collectives, à Beyrouth comme à l’étranger, où elle proposait des toiles de dimensions moyennes, qui ont su combiner la rigueur allemande à l’exotisme et la sensibilité de l’Orient.

Tout lui parlait

Grâce à une formation polyvalente effectuée durant ses années de jeunesse passées entre Düsseldorf et Essen, cette artiste a pu embrasser, non en dilettante mais en vraie professionnelle, plus d’un art et d’une expression artistique. Tout parlait à Lotti Adaïmi : la peinture, la musique, la littérature, le tout conjugué à l’art de vivre tout court…

Son pinceau n’a jamais cessé de célébrer la vie. Aquarelles, gouaches, mixed media, huile, sa palette aux matériaux divers était pleine de ressources et d’inventivité. De l’abstrait au figuratif assorti d’un perceptible symbolisme, aux représentations en mosaïque, avec une touche de fantaisie dont elle seule avait le secret, cette artiste aura été une touche-à-tout toujours inspirée. Souvent plus applaudie et appréciée à l’étranger que dans son pays d’adoption.

De l’Europe, notamment en Allemagne, à l’Afrique en passant par les pays arabes où ses œuvres ont illuminé les cimaises, on retient parmi ses remarquables travaux des illustrations des vases Kütahya dont elle captait, en virtuose de l’agrandissement, des fragments enchanteurs aux tracés géométriques ou fleuris, avec des couleurs vives à l’instar de ces partitions de musique baroque dont elle raffolait…

Musicienne le jour, peintre la nuit

Violoniste, elle avait rassemblé autour d’elle un groupe de musiciens (jeunes et moins jeunes) qui se retrouvaient souvent pour les répétitions à son domicile. De Vivaldi à l’Estonien Arvo Pärt, le répertoire de cet orchestre dynamique, riche de 500 partitions, avait comme préférence des pages alternées, sautant les frontières et les siècles, passant de Lully à Schoenberg, via Pergolèse, Purcell, Telemann, Mozart, Prokofiev…

Lotti Adaïmi avait la faculté de donner un magistral cours d’allemand et d’enchaîner, juste après, avec son violon pour arracher la ligne mélodique d’une partition de Jean-Sébastien Bach ou diriger un orchestre de chambre. Tard dans la nuit, elle terminait sa journée, pinceau à la main, devant une toile, pour retracer les arabesques de l’architecture arabe ou ressusciter les légendes (Gilgamesh, Ishtar, Adonis, le Minotaure) d’un Orient et d’une Méditerranée dont elle aimait passionnément la lumière et la luminosité…

L’aspect intellectuel et artistique de son quotidien marathon ne l’empêchait pas d’épouser les plaisirs de la nature, du jardinage et du sport. Lotti Adaïmi initiait de longues marches et randonnées dans les zones les plus reculées, connues et inconnues, du Liban. De même qu’elle aimait nager, elle ne dédaignait pas non plus de partager une partie effrénée de ping-pong…

Véritable promotrice de la culture allemande en terre des cèdres, elle n’a jamais compté ses efforts. Lotti Adaïmi a donné une grande leçon de sagesse, de don, d’abnégation et d’ouverture d’esprit, mais aussi de joie à travers une vie de labeur.

En ces temps sombres, la liberté de faire ce que l’on aime, c’est le bonheur. Cette dame, exceptionnelle et émérite, a fait siens, contre vents et marées, ces mots de Paul Éluard : « Il y a toujours un rêve qui veille, un désir à combler, une faim à satisfaire, une main tendue, une main ouverte, des yeux attentifs, une vie, la vie à se partager. » 


Son brusque départ, il y a un an, a laissé un grand vide, non seulement au Lycée libano-allemand et au Goethe Institute de Beyrouth, mais aussi à travers tout le Liban où Lotti Adaïmi était omniprésente par ses multiples activités musicales, picturales et pédagogiques.
Née en 1932 à Düsseldorf, dans l’ouest de l’Allemagne, elle s’était définitivement installée au Liban en...

commentaires (1)

merci,Lotti ! tu as beaucoup fait pour l Allemagne au Liban !!

Marie Claude

16 h 39, le 27 février 2021

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Commentaires (1)

  • merci,Lotti ! tu as beaucoup fait pour l Allemagne au Liban !!

    Marie Claude

    16 h 39, le 27 février 2021

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